Petit joueur au grand parcours

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Au mois d'août dernier, Le Soleil avait profité du passage de Jonathan Marchessault, un natif de Cap-Rouge, pour le photographier près de l'emblématique tracel.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Du haut de ses 5'9", Jonathan Marchessault a toujours vu grand. En septembre, il entamait pour la première fois en plus d'une décennie un camp d'entraînement avec des garanties, fier du premier contrat à un volet de sa carrière dans la LNH. Un mois plus tard, l'attaquant de 25 ans trône au sommet des marqueurs des Panthers de la Floride.

Difficile à croire en le regardant faire la pluie et le beau temps aux côtés de Jaromir Jagr et Aleksander Barkov dans le premier trio des Panthers. Pourtant, d'aussi loin qu'il puisse se souvenir, Jonathan Marchessault a toujours chaussé ses patins à la fin de l'été sans savoir s'il aurait une place dans la formation avec qui il s'apprêtait à fouler la glace.

Son parcours est parsemé d'échecs et de réussites : coupé du bantam AA à 13 ans avant de faire sa place dans l'équipe midget espoir du Séminaire Saint-François, l'année suivante; coupé du midget AAA à 15 ans pour finalement se tailler un poste-surprise chez les Remparts un an plus tard. Puis trois autres années chez les Diables rouges où Patrick Roy lui rappelait au début de chaque camp que sa place était loin d'être assurée.

À sa sortie des rangs juniors, en 2011, jamais repêché dans la LNH, on envoyait le natif de Cap-Rouge dans la Ligue de la côte Est, au mieux. Le petit attaquant a non seulement convaincu les entraîneurs du Whale du Connecticut, dans la Ligue américaine, de le garder dans leurs rangs, mais il s'est taillé une place au Match des étoiles de la LAH.

Ignoré au repêchage de la LNH, destiné au... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Ignoré au repêchage de la LNH, destiné au mieux à la Ligue de la côte Est à sa sortie des rangs juniors en 2011, Jonathan Marchessault a forcé la main des dirigeants du Whale du Connecticut (LAH) et s'est par la suite taillé une place au Match des étoiles de la Ligue américaine.

Photothèque Le Soleil

À chacune des quatre saisons suivantes, Marchessault s'est présenté à des camps de la LNH, à Columbus ou Tampa Bay, dans l'espoir de faire l'équipe. Sans succès.

Finalement rappelé en renfort chez le Lightning, l'an dernier, l'attaquant de 25 ans a suffisamment tiré son épingle du jeu pour se faire offrir, le 1er juillet, un contrat à un volet de deux ans et 1,5 millions $ par les Panthers. Déjà une aubaine pour la formation floridienne.

«La Floride voulait de l'offensive, et pour moi c'était une question d'opportunité. Qui allait me donner l'opportunité d'être dans l'alignement 82 matchs cette année? Juste d'être étiqueté joueur de la Ligue nationale, je ne peux pas demander mieux», sourit Marchessault avant d'entamer le récit de sa longue route vers la LNH.

Croire que le dynamique hockeyeur de Cap-Rouge allait s'asseoir sur son nouveau contrat aurait été bien mal le connaître.

Freiné par sa taille

À 12 ans, chez les Gouverneurs de la Rive-Nord pee-wee AA, Audy-Marchessault (il a raccourci son nom à son mariage) se lie d'amitié avec un coéquipier du nom d'Alex Chiasson. «C'est un de mes meilleurs amis depuis ce temps-là.»

Treize ans plus tard, les deux sont des hockeyeurs de la LNH à temps plein. Rien de surprenant, le talent leur ayant toujours sorti par les oreilles. Sauf que le parcours de Chiasson vers la LNH a été une ligne droite. Sa transition des rangs universitaires américains à la LNH s'est faite en moins d'un an, à 22 ans. Marchessault ne vous le dira pas, mais son grand ami des Flames de Calgary, qui dépassait déjà les six pieds au secondaire, a toujours pu compter sur son gabarit pour l'aider à tomber dans l'oeil des entraîneurs et dépisteurs.

Dans le cas de Marchessault, c'est plutôt l'inverse. «Je pense que c'était encore pire dans le hockey mineur», se rappelle-t-il. «J'étais coupé littéralement pour une question de deux ou trois pouces. Mais je ne me suis jamais apitoyé sur mon sort.»

À son arrivée chez les Remparts, à 16 ans, le Carougeois prend conscience qu'aucune poussée de croissance tardive ne viendra corriger la situation. «J'ai compris que je ne deviendrais jamais plus grand que 5'9'', qu'il fallait que j'en revienne. Il fallait que je compense avec quelque chose. Je pouvais devenir plus vite et plus fort, améliorer mon lancer.

«Mon cheminement n'a pas été le plus simple, mais ça a fonctionné. Chaque année, du hockey mineur aux professionnels, les gens ne pensaient pas que j'allais réussir. Chaque année, je dépassais leurs attentes. Je suis toujours resté positif, ma taille n'est pas une excuse.»

Chez les Remparts par défaut?

Marchessault n'a jamais été repêché dans la LNH et si l'on se fie au principal intéressé, cela aurait également pu être le cas dans la LHJMQ, n'eût été un règlement de la Ligue midget AAA. «Il y avait un système midget AAA où tu avais le droit de protéger seulement cinq joueurs d'âge junior qui n'étaient pas repêchés. Le Blizzard du Séminaire Saint-François a demandé aux Remparts de me repêcher en 12e ronde parce que ça leur faisait quelqu'un de moins à protéger. Patrick [Roy] et beaucoup de monde des Remparts ne m'avaient jamais vu jouer.»

Au début de son premier camp avec les Remparts, en 2007, l'ensemble du groupe est séparé en deux équipes pour des matchs intra-équipes. «Je jouais sur un quatrième trio avec des joueurs d'énergie. J'étais juste content d'être là.»

Il termine le camp dans le deuxième trio et Roy décide de le garder. Seulement d'ici à ce qu'Angelo Esposito et Maxime Lacroix reviennent de leur camp professionnel, précise l'entraîneur. «J'ai marqué le premier but de la saison des Remparts à Val-d'Or, et un autre au troisième match pour faire gagner l'équipe en fusillade. Je suis resté pour de bon.»

«Il a probablement été plus dur avec moi... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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«Il a probablement été plus dur avec moi qu'avec n'importe qui ayant joué pour lui. C'est un entraîneur passionné, mais il pousse ses joueurs à un niveau que tout le monde n'est pas capable de prendre. Moi, j'étais assez fort mentalement» - Jonathan Marchessault, à propos de son passage chez les Remparts sous les ordres de Patrick Roy

Photothèque Le Soleil

Si, de l'extérieur, le reste de sa carrière junior a été un crescendo où Marchessault s'affirmait un peu plus chaque saison, le principal intéressé apporte quelques bémols. «Chaque année, Patrick me menaçait de me couper. C'était sa manière de me pousser.»

À 19 ans, il conclut la saison comme premier centre des Remparts, fort de sa meilleure récolte de points en carrière (71). Qu'à cela ne tienne, Roy le prévient dès l'été suivant qu'il n'aura possiblement pas de place pour lui à 20 ans. L'équipe vient d'acquérir deux centres, Joël Champagne et le Tchèque Tomas Filippi.

«Il m'a menacé de m'échanger. Finalement, je suis allé à l'aile avec Champagne et j'ai fini avec 95 points en saison et au premier rang des marqueurs en séries.» La polyvalence acquise en jouant à l'aile le servira bien dans sa carrière pro.

La saison résume bien le souvenir que l'attaquant garde de Roy. «Il a probablement été plus dur avec moi qu'avec n'importe qui ayant joué pour lui. C'est un entraîneur passionné, mais il pousse ses joueurs à un niveau que tout le monde n'est pas capable de prendre. Moi, j'étais assez fort mentalement. Pendant un bout, il était tellement sur moi que je pensais qu'il ne m'aimait pas. Mais dès que ma carrière junior s'est finie, j'ai souvent vu Patrick parce que je suis ami avec Fred [le fils de Roy] et on s'entend super bien. C'est une bonne personne.»

Collé à la Ligue américaine

Ayant pris la Ligue américaine par surprise dès sa première année professionnelle, Marchessault cherche, en 2012, quelle organisation lui donnera les meilleures chances de faire le saut dans la LNH. Son choix s'arrête sur les Blue Jackets de Columbus. «Il me disait que je ferais l'équipe ou que je serais le premier rappelé. Ils m'ont bullshité

Dans une saison marquée par un lock-out, il commence l'année entouré de Ryan Johansen, Cam Atkinson et David Savard chez les Falcons de Springfield, club-école des Jackets. «Du noyau de l'équipe, tout le monde est monté quand le lock-out a pris fin, sauf moi. J'avais encore une bonne année, j'ai fait un deuxième Match des étoiles, mais ils m'ont seulement donné deux matchs LNH dans l'année.»

Brad Larsen, son entraîneur à Springfield lui suggère de changer son style pour devenir plus physique. Un joueur d'énergie qu'il n'est pas. Marchessault est malheureux. L'année suivante, il demande à son agent, Paul Corbeil, de pousser pour un échange. Julien Brisebois, assistant dg du Lightning, confie à Corbeil que Tampa Bay a déjà tenté sans succès de faire l'acquisition du Québécois. «À la date limite des transactions, Paul a dit à l'assistant dg à Columbus que j'avais besoin d'un changement d'air.»

Marchessault est exaucé. Dans une transaction mineure, il prend le chemin de Syracuse, où évolue le club-école du Lightning. Un mois plus tard, sa femme accouche de leur premier enfant (James) alors que le couple vit toujours à l'hôtel.  «C'était rock'nroll», admet le père de famille.

Il impressionne à son premier camp à Tampa Bay, en 2014, mais est cédé à nouveau dans la Ligue américaine. Il ne disputera finalement que deux matchs de saison et deux autres de séries, dans la LNH. «Il n'y a pas eu de blessé en haut cette année-là.»

La profondeur de l'organisation à l'attaque joue en sa défaveur. À l'été 2015, il reçoit des offres de contrat de trois ans en Suisse et en Russie. Un autre enfant, Victoria, s'est ajouté entre temps. «Avec une jeune famille, dans la situation où j'étais, tu penses à l'Europe. Mais je voulais me donner une véritable chance dans la Ligue nationale.»

Cette chance, il l'obtient finalement en 2015-2016. Les blessures lui ouvrent les portes du vestiaire du Lightning après neuf matchs à Syracuse, en début de saison. «Ça a été une année vraiment positive. J'ai joué 45 matchs, j'ai eu une bonne production, mais Jon Cooper aimait beaucoup aller à 11 attaquants et 7 défenseurs et c'est souvent moi qui écopais.»

Jaromir Jagr (68) et Jonathan Marchessault... (AP, Alan Diaz) - image 4.0

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Jaromir Jagr (68) et Jonathan Marchessault

AP, Alan Diaz

Un an plus tard, une blessure à Jonathan Huberdeau lui a ouvert une place dans le premier trio des Panthers. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. «Ça m'a brisé le coeur de ne pas retourner à Tampa, c'est une organisation de première classe, mais ils n'avaient simplement pas de place. J'ai réussi à rester en Floride, où j'ai vraiment un beau style de vie. Je me loue une maison à cinq minutes de la plage. C'est facile pour ma femme et mes enfants et j'ai l'impression de faire partie d'une équipe qui commence à bâtir quelque chose de gros», confie celui qui a été élu troisième étoile du mois d'octobre de la LNH.

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