Marc-André Dion: le football, mon Ritalin

Plusieurs anciens joueurs du Rouge et Or dirigent... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Plusieurs anciens joueurs du Rouge et Or dirigent des clubs de football secondaires et collégiaux aux quatre coins de la province. Marc-André Dion est entraîneur-chef au Campus Notre-Dame-de-Foy depuis près de 12 ans.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) À 36 ans, Marc-André Dion en est déjà à sa 12e saison comme entraîneur-chef au Campus Notre-Dame-de-Foy. S'il fait figure de pilier dans le football collégial québécois, ses aspirations ne s'y limitent pas. Une victoire cet après-midi, un championnat à la fin de la saison et un poste dans les rangs universitaires dans l'avenir. Retracez les pas de cet ancien joueur du Rouge et Or qui a parcouru un long chemin depuis l'adolescent hyperactif qu'il était.

«J'ai un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité. Quand j'étais jeune, je n'étais pas nécessairement le plus doux. Je cherchais la marde et, souvent, je la trouvais...» confie Marc-André Dion, installé dans l'un des fauteuils de la salle des coachs du Notre-Dame.

Lundi matin de saison régulière, calme plat au rez-de-chaussée du pavillon Champagnat. Noirceur dans le vestiaire des joueurs. Sous sa barbe, Dion s'exprime sur un ton posé, comme toujours. Se concentrer durant une longue période demeure néanmoins un défi à ce jour, admet-il.

«Dans le temps, je prenais du Ritalin et ç'arrêtait de faire effet vers 16h. Ça paraissait. Disons que la pratique de fin de journée était un bon moyen de me défouler», se rappelle l'ex-plaqueur, dont l'agressivité au jeu a fait le succès.

Grand-papa dans la LNH

Le natif de Fleurimont, à Sherbrooke, vient d'une famille de hockey. L'aréna d'Asbestos porte le nom de son grand-père, Connie Dion, gardien dans la Ligue nationale et la Ligue américaine dans les années 40. Son père, Michael Dion, a été directeur général des Faucons de Sherbrooke, dans le junior.

«J'aurais aimé jouer au hockey, mais j'aurais fini plus comme goon qu'autre chose. Je ne pense pas que mon père aurait été aussi fier», laisse tomber en riant celui qui souligne l'assiduité du paternel comme spectateur à tous ses matchs, encore aujourd'hui.

Reste que le football occupe une place particulière dans la famille. Michael Dion a mis sur pied le programme de ballon ovale au Séminaire de Sherbrooke, dans les années 70. Où il a eu comme joueur un jeune Jacques Chapdelaine. Plus tard entraîneur-chef du Rouge et Or de l'Université Laval, où il a dirigé Marc-André un an, puis des Alouettes de Montréal, tout récemment.

«C'est sûr que j'allais au Séminaire, mon père et mon oncle travaillaient là. Et j'avais déjà un bon gabarit, alors j'ai tout de suite commencé à jouer au football», explique Dion, qui a grandi en suivant les Gaiters de l'Université Bishop's, une décennie avant la naissance du Vert & Or.

Il se souvient avoir assisté à la demi-finale canadienne entre Bishop's et Western, en 1994, au Coulter Field. Terrain qu'il foulera plus tard durant trois ans comme joueur étoile de la ligne défensive des Cougars du Collège Champlain de Lennoxville.

Le foot, facteur de réussite

L'école n'a jamais été le fort de Dion. Toute sa vie, il a «passé sur la fesse», comme il dit. Les cours d'été faisaient partie de son horaire estival normal. Mais il adorait jouer au foot. Y était bon. Ce qui lui a permis d'obtenir un baccalauréat en éducation physique et de remporter deux Coupes Vanier avec le Rouge et Or. 

Et surtout de faire de sa passion un métier. Il est le deuxième plus ancien au poste d'entraîneur-chef dans les rangs collégiaux québécois après Peter Chryssomalis, en charge au Collège Vanier depuis 2004. Quand Dion portait encore le chandail 99 du Rouge et Or et était un morceau important de l'une des meilleures défensives de l'histoire du football universitaire canadien, en route vers une deuxième Coupe Vanier consécutive.

«J'avais appris pendant la saison que le coach du CNDF allait partir. La job n'était pas encore disponible qu'ils avaient déjà mon CV. J'ai beaucoup insisté... Je tiens ça de ma mère, être insistant.»

Retraité du jeu au soir du 27 novembre 2004, nouveau diplômé universitaire le 17 décembre, il a passé l'entrevue le 27 décembre et occupait le bureau début janvier. «Tu es habillé propre, assis devant un téléphone et un ordinateur. Bienvenue dans la vraie vie! Je ne savais pas comment faire ça. Ç'avait fessé!» s'esclaffe-t-il, au souvenir de son entrée dans la vie d'adulte.

Québec est devenue son chez-lui. Incroyable pour un gars qui détestait la capitale étant jeune. «Parce qu'on allait toujours marcher dans le Petit Champlain, pis moi, j'haïs ça à mourir, marcher! Mes parents ne me croyaient pas quand j'ai dit que je m'en venais à Québec.»

Il s'est même marié dans le Petit Champlain. Avec Marie-Hélène Picard, ingénieure minière chez SNC-Lavalin et soeur de Dominic Picard. Son ex-coéquipier du Rouge et Or fait partie de ses amis proches avec Pascal Masson, Jean-François Roméo et François Letarte, d'autres anciens du foot de l'UL. Masson et Roméo travaillent avec lui au CNDF.

Le tabou de 2007

Comme entraîneur-chef, Dion montre un dossier de 64-48 en saison régulière, 29-16 depuis l'accession du Notre-Dame à la première division, en 2012. Mais le virage a vraiment eu lieu après la défaite crève-coeur au Bol d'or de 2007 (D2).

Un genou au sol aurait permis de gagner. Une pénalité et une malencontreuse initiative du quart-arrière de courir ont toutefois transformé un triomphe par trois points en défaite en prolongation. Sa «plus grande déception en carrière» et toujours «le sujet tabou du programme», atteste-t-il.

Tout a été fait pour ne pas répéter les erreurs du passé. Depuis, le CNDF est sur le point de conclure une huitième saison régulière gagnante au cours des neuf dernières années (55-27). Avec à la clé une conquête du Bol d'or de D2 en 2011 et une promotion en D1 en 2012.

Le Notre-Dame a même atteint le Bol d'or en D1, l'an dernier. Ne reste plus qu'à le gagner. L'avenir de Dion pourrait ensuite le mener ailleurs.

«Je sais qu'un jour je vais coacher à l'université, mais je ne sais pas quand. Je ne pourrai pas passer ma vie à me dire que je n'ai pas essayé», conclut celui qui a déjà décliné des offres universitaires de coordonnateur défensif. Toutefois, rien en provenance de l'Université Laval.

Des mini-Laval un peu partout

Marc-André Dion a eu deux grandes influences d'entraîneurs : Tony Addona, au collégial, et Glen Constantin. Avec sept Coupes Vanier en 15 ans, l'entraîneur-chef du Rouge et Or de l'Université Laval a mis son empreinte sur tout le football amateur québécois à travers plusieurs anciens joueurs devenus entraîneurs.

«Il y a des mini-Laval un peu partout», constate le patron du club de première division collégiale au Campus Notre-Dame-de-Foy. Il inclut le Notre-Dame dans le lot. «Quand je suis parti de l'Université Laval, j'avais mes propres valeurs, mais une bonne partie de ce que j'ai construit ici découle de ce que j'ai appris là-bas.»

Après avoir essaimé dans la région de Québec, les anciens du Rouge et Or dirigent dorénavant des clubs de football secondaires et collégiaux aux quatre coins de la province. Jusqu'aux Redmen de McGill, qui comptent trois anciens de l'UL parmi leur personnel.

«Il y a beaucoup de visages familiers», reconnaît Dion. «Ce n'est pas un hasard! La manière de jouer enseignée à Laval développe l'entraîneur en chaque joueur. Tu apprends à aimer autre chose que pratiquer le sport, mais aussi les X et les O, la vidéo, la préparation, les ajustements...

«C'est l'une des principales raisons pour laquelle le Rouge et Or a été aussi dominant pendant autant d'années», enchaîne-t-il. «Là, les autres équipes universitaires commencent à rattraper. Danny Maciocia a amené ça chez les Carabins, il venait des pros.»

Laisser courir...

Dion croit toutefois que la professionnalisation du football scolaire québécois a peut-être dépassé les bornes. «Il y a trop de foot dans chaque programme», pense le coach. «Pas trop d'équipes, mais le jeune fait juste jouer au foot, juste de la musculation, de la vidéo... Parce que c'est des mini-Laval!»

Dion fait son mea culpa. «Des fois, je trouve que mes joueurs sont un peu trop robots. On les coache tellement que des fois, l'instinct disparaît. Les entraîneurs doivent les laisser jouer un peu. Surtout à des positions comme porteur de ballon, il faudrait limiter nos interventions et les laisser aller. C'est instinctif. Comme un bon joueur de hockey, il faut le laisser faire ses feintes!»

Conrad «Connie» Dion en 1944-1945... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Conrad «Connie» Dion en 1944-1945

Photothèque Le Soleil

Un cendrier comme trophée

Dans son bureau de la maison, Marc-André Dion contemple le trophée du meilleur gardien de la Ligue américaine de hockey. Son grand-père, Conrad «Connie» Dion, a maintenu la meilleure moyenne de buts alloués durant la saison 1949-1950, avec les Bisons de Buffalo. «C'est un trophée, mais toute ma vie, j'ai pensé que c'était un cendrier! Le joueur de hockey sur le dessus est cassé, alors on dirait un cendrier», révèle le petit-fils, mi-amusé, mi-honteux. Cet exemplaire du Harry «Hap» Holmes Memorial Award côtoie une photo de grand-papa avec Maurice Richard. Une belle inspiration.

«Chez lui, c'était comme un musée, avec des photos et des trophées partout. Mais je ne lui posais pas de questions là-dessus. Pour moi, c'était juste mon grand-père», fait valoir Marc-André Dion. Décédé en 2014, à 96 ans, l'homme a marqué le paysage sportif de l'Estrie au hockey et au golf. Sa petite taille n'a pas empêché le cerbère natif de Saint-Rémi-de-Tingwick de garder les filets durant 43 matchs dans la Ligue nationale, en 1944 et 1945. Il a été le gardien gagnant dans la pire raclée par jeu blanc de l'histoire de la LNH, victoire de 15-0 des Red Wings contre les Rangers.

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