«Radu» face à lui-même

Alexander Radulov a reçu des offres plus alléchantes... (La Presse, André Pichette)

Agrandir

Alexander Radulov a reçu des offres plus alléchantes que celle du Tricolore. «Ça démontre à quel point je veux être de retour et que je veux jouer! Oui, j'avais des offres d'autres équipes, mais Montréal était l'équipe où je me voyais le plus.»

La Presse, André Pichette

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Pleins feux

Sports

Pleins feux

Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Champion de la Coupe Gagarine en 2011, trois fois champion marqueur de sa ligue, quatre fois joueur le plus utile de la saison régulière, six fois membre de l'équipe d'étoiles. L'ancienne vedette des Remparts Alexander Radulov a dominé la KHL pour la plupart des huit dernières saisons. À 30 ans, son rendez-vous manqué avec la LNH s'est toutefois mis à le hanter. Persuadé par sa famille de refaire le saut de ce côté-ci de l'Atlantique, l'attaquant du Canadien de Montréal dit en avoir long à prouver à la planète hockey, à l'aube de la nouvelle saison dans le circuit Bettman. Mais jamais autant qu'à lui-même.

Le regard d'Alexander Radulov quitte momentanément son interlocutrice pour se poser sur l'écran installé au mur de la loge de l'homme d'affaires Jacques Tanguay, au Centre Vidéotron. Le nouveau capitaine des Remparts, Matthew Boucher, vient de marquer son premier but de la saison et célèbre à la manière Radulov, le bâton virevoltant, puis rengainé, ce qui arrache un sourire édenté à l'éternel numéro 22 des Diables rouges.

Même vieille d'une décennie, la légende de «Radu» est toujours bien vivante à Québec, ville folle de hockey à qui il a offert son dernier titre, avec la Coupe Memorial de 2006. Ici, les amateurs le connaissent à la fois pour sa personnalité flamboyante et ses exploits sur la glace, dont ses 93 buts et 134 passes en 127 matchs, alors qu'il n'était encore qu'un adolescent hyperactif ne baragouinant pas un mot d'anglais.

Il est d'autant plus difficile de réconcilier le spectaculaire attaquant des Remparts avec le controversé personnage, qui a quitté Nashville pour le Salavat Yulaev de Ufa (KHL) avant d'avoir complété son contrat de recrue en 2008 et qui a été suspendu pour avoir raté un couvre-feu pendant les séries de la LNH, alors qu'il finissait d'honorer son engagement, en 2012.

Encore aujourd'hui, Radulov n'aime pas évoquer ces événements, qui ont mis fin à son association avec les Predators et l'ont éloigné de la LNH pendant huit saisons. «Je ne veux pas vraiment dire ce que j'en pense... C'est ça qui est ça! Mais je ne vais pas mentir non plus et dire que je n'ai pas raté un couvre-feu. Cela dit, ça ne s'est pas passé comme ils ont dit que ça s'était passé. J'ai raté le couvre-feu par 15 minutes à cause de la longue distance à parcourir jusqu'à l'hôtel. Oui, j'ai gaffé. Je ne dis pas que je ne l'ai pas fait, mais ce n'était pas ce qui a été dit», s'est-il défendu.

Quatre ans plus tard, Radulov explique par un manque de maturité l'épisode qui a mené à ses deux départs pour la KHL. Avec les erreurs vient l'expérience, et avec l'expérience vient la maturité, croit-il.

«C'est comme ça pour tout le monde, que ce soit dans le hockey ou dans sa vie personnelle. On apprend seulement avec l'expérience. Quand tu fais quelque chose qui n'est pas bien, tu essaies de ne pas le répéter. C'est ce que j'essaie de mettre en pratique.»

Alexander Radulov a joué de 2004 à 2006... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

Agrandir

Alexander Radulov a joué de 2004 à 2006 avec les Remparts de Québec.

Photothèque Le Soleil

Ébranlé par l'incident à l'époque, Radulov avait tout de même ressenti le besoin de rentrer chez lui, en Russie, où il avait signé un contrat de quatre ans avec le CSKA de Moscou.

«J'avais trouvé toute cette histoire-là difficile à vivre. Je ne savais pas si je serais jamais capable de ravoir un contrat ici. J'ai reçu une bonne offre dans la KHL, alors je suis parti et je suis resté en Russie. Peut-être que oui, j'ai précipité cette décision à cause de ce que j'avais fait... Mais je n'aime pas regarder en arrière et dire que j'aurais dû faire les choses autrement. C'est arrivé, alors c'est arrivé. Maintenant, j'essaie d'avancer.»

Le rêve du Colorado

De retour en Russie, c'est un Radulov une fois de plus insatisfait de sa situation qui admet avoir pensé, à mi-chemin de son entente avec le club de l'Armée rouge, revenir dans la LNH. L'arrivée de son ancien entraîneur chez les Remparts, Patrick Roy, avec l'Avalanche du Colorado, lui faisait l'effet de la Terre promise.

«On n'a pas eu de discussions, mais c'était une option, oui. J'étais sous contrat avec Moscou pour quatre ans. Après deux ans, j'aurais pu y aller s'ils me libéraient, mais il n'y avait aucune chance qu'ils me laissent aller. C'était plus un rêve qu'autre chose...»

Le prolifique attaquant russe, qui a cumulé 169 buts et 323 mentions d'aide en 391 matchs dans la KHL, a donc respecté son entente jusqu'à la fin et ainsi bouclé un séjour de huit ans dans la Ligue continentale couronné de tous les honneurs imaginables. Lui restait-il encore quelque chose à prouver dans le circuit Chernyshenko?

«Si tu penses que tu as tout fait, tu es mieux de prendre ta retraite! Parce que chaque jour où tu te présentes à l'aréna, tu veux progresser en tant que joueur, que tu aies 15 ans, 20 ans, 30 ans, 35 ans, peu importe! Tu veux grandir. Et c'est de cette façon que je pense.

«À un certain moment donné, j'ai eu l'occasion de revenir jouer ici et je me suis dit : "Oui, je veux y aller!" C'est aussi un gros défi pour moi, parce que le jeu a changé aussi, de voir comment je vais me tirer d'affaire dans la LNH. En fin de compte, c'est ce qui m'anime, dans le fond de mon coeur.»

Et le moment pour effectuer à nouveau le grand saut semblait idéal à Radulov, qui s'est entre-temps marié à Daria et est devenu père d'un petit garçon, Makar, âgé de 10 mois.

«J'ai réalisé que je voulais vraiment jouer dans la meilleure ligue et la ligue la plus compétitive, la LNH. Et c'est le temps ou jamais pour moi, parce que je ne rajeunis pas! Je suis déjà considéré comme plus vieux. Et je ne savais pas si j'aurais jamais une autre chance de revenir plus tard.»

La paternité a tout changé

Après consultation avec sa famille, Radulov était encore plus convaincu que c'était la chose à faire et qu'il était temps de venir finir ce qu'il avait commencé dans le circuit Bettman, il y a 10 ans.

«Quand mon contrat avec Moscou s'est terminé, je me suis assis avec ma famille, mon père [Valeri]. Ce sont eux qui m'avaient convaincu de venir jouer avec les Remparts, à l'époque. Et puis les gens avec qui j'ai parlé, ma mère [Vera], mon frère [Igor, attaquant avec le Yugra de Khanty-Mansiysk, KHL], ma femme et tous mes amis voulaient vraiment que je vienne jouer [en Amérique du Nord]. À un certain moment donné, je me suis mis à y réfléchir sérieusement et je me suis dit : "Pourquoi pas?"»

Par besoin de refermer une parenthèse laissée ouverte dans sa carrière, mais aussi pour se convaincre lui-même qu'il a le talent nécessaire pour réussir dans la LNH. «Je veux me prouver à moi-même que je suis capable. Parce que tu veux toujours avoir l'impression d'évoluer et de t'améliorer en tant que personne et en tant que joueur de hockey. Je suis aussi papa maintenant et je veux être bon dans ce domaine-là aussi. Ce ne sera pas facile de tout réussir, mais c'est ce que je vise. C'est tout ce qui m'importe.»

De son propre aveu, la paternité a tout changé pour l'attaquant russe, elle est même devenue sa principale source de motivation vers la réussite. «C'est difficile de mettre des mots sur ces émotions-là. C'est quelque chose qui se vit au quotidien et c'est fait de plein de petits moments. C'est devenu une grande partie de ma vie. J'adore voir Makar réagir quand il me voit. Je veux travailler plus fort que jamais pour lui...»

À Montréal pour gagner

Rêvant d'être réuni à Patrick Roy à partir du moment où ce dernier est devenu entraîneur-chef de l'Avalanche du Colorado, Alexander Radulov a dû rajuster son tir à l'ouverture du dernier marché des agents libres de la LNH lorsqu'il est devenu évident que la formation de Joe Sakic ne lui offrirait pas de contrat.

On connaît la suite. L'attaquant russe s'est entendu pour une saison avec le Canadien, un pacte évalué à 5 750 000 $, et devra donner le meilleur de lui-même soir après soir cette année, s'il espère recevoir une prolongation de contrat.

«Nous avons parlé à l'Avalanche. J'avais parlé à Patrick. Nous avons eu une conversation. C'était une option. Mais je suis heureux d'être avec le Canadien et je me plais beaucoup à Montréal jusqu'à maintenant. Je suis prêt à travailler fort pour connaître du succès là-bas», a indiqué l'ailier de 30 ans, qui devrait patrouiller le flanc droit de Tomas Plekanec.

Il s'agit de tout un pari pour Radulov, qui affirme avoir reçu d'autres offres plus alléchantes en termes de durée que celle du Tricolore. «Ça démontre à quel point je veux être de retour et que je veux jouer! Oui, j'avais des offres d'autres équipes, mais Montréal était l'équipe où je me voyais le plus et qui semblait la plus intéressée à moi. On a eu de bonnes rencontres avec Marc [Bergevin] et l'entraîneur [Michel Therrien]. C'était plaisant. C'est une belle organisation et j'avais envie de faire partie de ça.»

Réajuster son style

Avec la formation montréalaise, le natif de Nizhny Tagil, une ville de 362 000 habitants située dans l'Oural, ne se fixe pas d'objectifs quantitatifs en matière de production. «Mon but, c'est de me présenter tous les soirs et de gagner des matchs de hockey. Parce que c'est la seule façon de travailler pour un joueur de hockey. Ensuite, je vais y aller une étape à la fois. C'est une longue saison et beaucoup de choses peuvent arriver.»

En haut de la liste, Radulov devra réajuster son jeu du style de la KHL à celui de la LNH, avec ses petites patinoires et ses espaces restreints. Deux mondes! «Sur les petites patinoires, le jeu est plus rapide, il y a plus de contacts. On obtient donc plus de chances de marquer. Et puis ici, il y a la parité. C'est difficile de dire quelle équipe va gagner un soir donné. Là-bas, il n'y a pas la même profondeur dans la ligue. Certaines équipes sont plus jeunes ou ne sont pas aussi talentueuses. Ce sont quelques différences entre les deux ligues. C'est d'ailleurs une autre chose que je veux me prouver à moi-même, que je peux jouer aussi bien ici que là-bas.»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer