Mathieu Betts, de mythe à réalité

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Mathieu Betts possède un rare mélange : physique imposant, vitesse et instinct du jeu

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Son nom est annoncé dans le football québécois depuis des années. À son arrivée dans les rangs collégiaux et universitaires, les attentes étaient énormes. Mathieu Betts n'a jamais déçu. Peu importe ce que vous avez entendu sur l'ailier défensif étoile du Rouge et Or, le mythe correspond à la réalité. Le Soleil est retourné dans son passé pour vous faire découvrir cet athlète spécial.

«La première fois que je l'ai vu, c'était sur une vidéo de ses faits saillants au secondaire à Notre-Dame», raconte Glen Constantin, dont le Rouge et Or accueille le Vert & Or de l'Université de Sherbrooke, dimanche midi. «J'étais président d'honneur du banquet de la ligue juvénile, et Mathieu recevait un prix. Il jouait à une vitesse qu'on ne voit pas souvent à ce niveau-là. Je me suis tout de suite dit qu'il était spécial et qu'il allait être à suivre.»

L'impression laissée lors du premier contact de l'entraîneur-chef avec Mathieu Betts, qui deviendra son ailier défensif étoile chez le Rouge et Or, n'était que la pointe de l'iceberg. C'était avant qu'il s'impose dans des compétitions nationales et internationales. Avant qu'il terrorise les quarts-arrières durant trois ans au Cégep du Vieux Montréal et que nombre d'entraîneurs américains tentent de l'amener étudier au sud de la frontière. 

Constantin ne pouvait alors se douter que le jour où l'ailier défensif choisirait de poursuivre sa carrière chez le Rouge et Or, la nouvelle prendrait des allures de matin de Noël chez les partisans de l'équipe, même pour ceux, nombreux, ne l'ayant jamais vu joué. 

C'est qu'à l'arrivée de Mathieu Betts dans les rangs universitaires, il y a un an, son nom était déjà plus grand que ses 6'3" dans le football québécois. Les attentes étaient si grandes que ses 12 sacs du quart à son année recrue, à 0,5 sac du record universitaire canadien, ont été accueillis sans surprise. 

«Tel qu'annoncé», pour Constantin. «Pas surprenant», pour son entraîneur au collégial, Chérif Nicolas.

«Je suis plus surpris qu'il n'ait pas battu le record», assure Ugo Cavalancia, son coéquipier chez les Cactus de Notre-Dame, au secondaire, et chez le Rouge et Or. «Tout le monde a toujours eu de hautes attentes envers lui. On savait qu'il allait avoir un nombre de sacs ridicule dès sa première saison.»

Une tête de plus

Comment un joueur comme Mathieu Betts s'est imposé à tous les niveaux du football québécois, sans jamais connaître une année de transition en demi-teinte? Pour le comprendre, Le Soleil est retourné en arrière. 

L'histoire dans le football du Montréalais commence à sept ans, chez les Warriors de LaSalle. Joueur de hockey d'abord, le jeune Betts a rapidement la piqûre pour le ballon ovale. «Il adorait ça. Il tenait à ce que l'on soupe vite et qu'on arrive au moins une heure avant», se rappelle sa mère, Cynthia. «Quand il a commencé, il avait déjà une tête de plus que tout le monde. Il était porteur de ballon et tenait le ballon d'une main et jetait les autres joueurs au sol de l'autre. Il était toujours de la grandeur des jeunes deux ans plus vieux que lui à l'école.»

Au moment de choisir son école secondaire, il hésite entre deux collèges : Notre-Dame et Sainte-Anne. Or, la journée des tests d'admission du second entre en conflit avec celle d'un match de football. «Il les a appelés pour savoir si c'était possible de passer les tests à un autre moment. Ils ont refusé. Il a dit que ce n'est pas à cette école-là qu'il allait aller. Encore aujourd'hui, il n'a jamais manqué un match de football de sa vie, même pour une blessure», raconte sa mère en riant. 

Chez les Cactus de Notre-Dame, Betts ne tarde pas à s'imposer. Chacune de ses quatre saisons au secondaire se termine par un championnat provincial. Surclassé dans le juvénile en 3e secondaire, il est cependant cloué au banc après un premier match comme partant.

«L'entraîneur avait décidé de ne pas lui redonner sa chance cette année-là. Mais dès qu'il avait une occasion de voir du terrain, il faisait des jeux et on voyait le potentiel. Il est redevenu partant l'année suivante et il n'est jamais débarqué du terrain depuis», souligne son coéquipier Cavalancia. 

Dès l'année suivante, Betts devient un rouage important des Cactus avant de se tailler une place, au printemps, dans l'équipe provinciale en vue des championnats nationaux. Quelques années plus tard, ce sera l'équipe canadienne aux Championnats mondiaux. 

Calme désarmant

L'entraîneur juvénile de Betts à Notre-Dame, Jean-Philippe Perron, se rappelle un joueur au calme à toute épreuve. «Il avait un talent exceptionnel avec une éthique de travail irréprochable. C'est ce qui le rendait spécial. Il n'était impressionné par rien. Il savait où il s'en allait et il n'avait pas besoin de motivation additionnelle.»

Alors attitré à la couverture du football collégial pour le site Versus Football, le journaliste Anthony Côté-Leduc abonde dans le même sens. «On couvrait rarement du juvénile, mais je savais qu'il fallait que j'aille voir ce phénomène-là. Déjà les recruteurs collégiaux étaient pâmés sur lui. Physiquement, il était très mature pour son âge, mais j'en avais déjà vu d'aussi gros et forts. Ce qui m'avait le plus surpris, c'est mon entrevue avec lui après le match. En secondaire 4, il avait déjà sa voix grave et s'exprimait beaucoup mieux que certains joueurs universitaires et professionnels. Il avait 15 ans et il me parlait comme un gars de 25.»

La force mentale de Betts et sa maturité sont toujours sa marque de commerce. «Il est d'un calme désarmant», confirme Constantin. «Même sur le banc durant un match ou dans le vestiaire. Ce n'est pas un gars qui crie. Il est très compétitif, mais il joue au football pour le plaisir. S'il se fâche, ça va seulement paraître sur le terrain avec son intensité. Il va aller chercher trois ou quatre sacs en une demie.»

«C'est un génie du football. Il est brillant», assure son entraîneur chez les Spartiates du Vieux Montréal, Chérif Nicolas, qui met Betts sur sa courte liste des meilleurs joueurs qu'il a dirigés en défensive avec Meidhi Abdesmad et Andy Mulumba, tous deux dans la NFL. 

 «Tout se passe lentement pour lui sur le terrain. Il voit des choses que les autres ne voient pas et rien ne le stresse. Dans les gros moments, tu regardes son visage, il a l'air en total contrôle et détendu. Il est heureux sur le terrain comme parfois un joueur de 10 ans va l'être. Le dernier souvenir que j'ai de lui, en prolongation au Bol d'or, il n'avait tellement pas l'air stressé, ça inspirait confiance à tout le monde dans l'équipe. Tu le regardais et c'est comme s'il disait : "Je vais faire le jeu."»

Lors de ce fameux Bol d'or 2014, Betts l'a fait, le jeu. Un botté bloqué en prolongation. «On avait lancé une interception sur le premier jeu de la prolongation à Kevin McGee, qui était le maraudeur de Lennoxville, et il l'avait ramené jusqu'à notre ligne de deux. Il fallait arrêter l'offensive et j'ai bloqué le botté de placement qui leur aurait fait gagner le match», raconte l'ailier défensif. Dans les secondes précédant le botté, Betts avait observé qu'un joueur de ligne offensive peu expérimenté s'alignait en protection et avait changé de position pour l'attaquer, se rappelle Nicolas. Cette présence d'esprit, juste avant le jeu le plus important de sa jeune carrière, représente l'essence de son ancien protégé. Son instinct permettrait finalement aux siens de se sauver avec la victoire en troisième prolongation. «C'était beaucoup de pression qui tombait.Ce n'était pas dans mes plans de partir sans avoir gagné de championnat», se rappelle Betts. 

Durant toute cette dernière saison au Vieux Montréal, où il a égalé le record québécois de 15 sacs de Abdesmad, des universités américaines lui font de l'oeil. Nebraska et Illinois le joignent et Temple et Purdue l'emmènent visiter leur campus, lui offrant une bourse d'études. Les Carabins de l'Université de Montréal sont aussi dans le portrait. 

Imposant et rapide

Si Betts est courtisé chez nos voisins du sud, c'est principalement dû à ses capacités athlétiques. Selon Constantin et Nicolas, il n'y a aucun doute qu'il aurait pu connaître du succès aux États-Unis. Physiquement, l'athlète de 21 ans est un rare phénomène. Il n'a plus une tête de plus que ses adversaires, mais il se distingue par sa vitesse. Betts se rappelle lui-même avoir couru son dernier test de 40 verges, au collégial, en 4,61 secondes. Il lance le chiffre humblement, mais le temps est exceptionnel pour un colosse de 6'3" et de 250 livres. Presque identique à Dante Fowler Jr, un ailier défensif du même gabarit choisi au troisième rang du repêchage 2015 de la NFL.  

«C'est un gars qui a un premier pas extraordinaire. C'est la base pour avoir du succès sur la ligne défensive», explique Constantin, aussi entraîneur de la ligne défensive chez le R et O.

«Toutes les choses que tu ne peux pas apprendre à quelqu'un, il les a. Son départ est plus vite que n'importe qui et il a la compréhension et l'instinct sur un terrain de football. Quand tu as ça, tout le reste de l'adaptation peut se faire sur une plus longue période de temps, ça ne t'empêchera pas d'avoir du succès», ajoute Cavalancia. 

«Je n'étais pas intimidé ou inquiet du niveau de jeu», se rappelle Betts au sujet de sa décision de rester disputer son football universitaire au Québec. «C'est juste qu'au final, c'est à l'Université Laval que je voulais être. J'avais des amis ici, les installations étaient meilleures que tout ce que j'ai visité et j'avais une très bonne relation avec les entraîneurs.»

C'est le Rouge et Or qui est sorti grandi de son arrivée, assure Constantin. «Une chose qu'il faut souligner, c'est qu'il est d'une générosité incroyable envers les autres. Il ne veut pas les projecteurs sur lui. Il va parler au meilleur joueur jusqu'au moins bon de la même manière. Il rend les pratiques plus plaisantes. Encore une fois, il est spécial.» La suite de l'histoire s'écrit de semaine en semaine.

Tourner le dos aux Carabins n'a pas semblé trop difficile pour Betts. Reste maintenant à leur ravir le titre provincial. L'étudiant en éducation physique a au moins trois autres saisons pour le faire. Une carrière professionnelle et un rôle d'entraîneur font partie de ses plans futurs, mais il préfère parler du présent. «La Coupe Dunsmore fait partie du processus, mais l'objectif, pour nous du moins, c'est de gagner la Coupe Vanier chaque année.»

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