De chasseur de balles à directeur du tournoi

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À la demande de Tennis Canada, nouveau propriétaire de la Coupe Banque Nationale, Pierre-Luc Tessier a dû faire un choix entre son métier d'entraîneur de joueuse professionnelle et son poste de directeur du tournoi de Québec.

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(Québec) Le tournoi de tennis féminin WTA de Québec a amorcé samedi sa 24e présentation, avec les qualifications. Bien ancré dans la communauté, l'événement qui a déjà accueilli Nathalie Tauziat, Jennifer Capriati, Maria Sharapova, Lindsay Davenport, Eugenie Bouchard et Venus Williams connaît un nouveau souffle sous la gouverne d'un nouveau directeur de tournoi. Rencontrez le patron de la Coupe Banque Nationale, Pierre-Luc Tessier.

«Remplacer Jack, c'est difficile. Mais au moins, il... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 1.0

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«Remplacer Jack, c'est difficile. Mais au moins, il est encore là pour me sécuriser», affirme Pierre-Luc Tessier, en parlant de Jacques Hérisset, l'ancien directeur du tournoi.

Le Soleil, Pascal Ratthé

«Quand j'ai passé l'entrevue avec Jacques Hérisset pour un poste à temps plein au Club Avantage, je lui ai dit : ''Jack, un jour, je veux ta chaise!'' J'avoue que c'était un peu direct, mais l'organisation de tournoi m'intéressait. Et là, je l'ai.»

C'était en 2001. Quinze ans plus tard, Pierre-Luc Tessier, 38 ans, prend seul les commandes du deuxième plus important tournoi de tennis au Québec. Une compétition tenue sur neuf jours dont le budget dépasse 1,2 million $ et les bourses aux joueuses 225 000 $.

À 73 ans, Hérisset, monsieur tennis à Québec, tire sa révérence lentement, mais sûrement. Déjà l'an passé, il a partagé le boulot avec son dauphin. Voilà que Tessier est seul maître à bord.

«Remplacer Jack, c'est difficile», admet d'emblée le nouveau directeur. «Mais au moins, il est encore là pour me sécuriser. Officiellement, il sera là jusqu'à l'an prochain [pour le 25e anniversaire], mais on s'entend, il va toujours être là. S'il le faut, je vais moi-même lui faire une accréditation bonne de 2018 à 2099! Si j'ai des questions, je sais que je pourrai toujours me tourner vers lui.»

La première année de transition a été très riche d'apprentissages. Encore plus cette année, puisque Tessier détient toutes les responsabilités. Il doit chausser de grands souliers. «Il y a des années où Jack a sauvé le tournoi, littéralement. Au moins deux fois, il a trouvé des commandites pour que ça survive», révèle-t-il.

S'il en découvre de nouvelles facettes, Tessier connaît déjà très bien son tournoi. Il y est impliqué d'une façon ou d'une autre depuis l'an 2000. Année où, étudiant en communication à l'Université Laval, le jeune homme de 22 ans entrait à l'emploi du Club Avantage comme entraîneur de tennis à temps partiel.

Professeur à 16 ans

À Brossard, lui et sa soeur ont comblé de sports les étés de leur adolescence pendant que les parents faisaient rouler l'entreprise familiale de climatisation automobile. Golf, tennis, natation, soccer, mais rien qui détrônait le hockey l'hiver. Jusqu'à 17 ans, quand il a choisi le tennis.

Il a commencé à donner des cours dès 16 ans. De là l'idée de chercher un boulot dans ce domaine une fois à Québec. Il s'est d'abord occupé de vider des locaux du club, comme la garderie, pour laisser la place au tournoi, à l'époque où ça se jouait rue Bouvier. Le Challenge Bell déménage au PEPS de l'UL en 2005, avant de changer de nom en 2014.

Il s'est plus tard occupé de l'accueil des groupes scolaires. «De fil en aiguille, j'ai fait pas mal tout. J'ai même été chasseur de balles à quelques occasions! Et maintenant, je me ramasse directeur», sourit-il, mesurant le chemin parcouru.

C'est ce qu'on appelle grimper les échelons. D'une «belle patente» qu'il doit maintenant apprendre à vendre auprès des joueuses, sans trop de misère, et des commanditaires, volet moins naturel pour lui. Le vice-président aux partenariats d'affaires de la Coupe Rogers à Montréal, Claude Savard, lui donne un bon coup de main.

Tessier, qui dans le passé a organisé le Tournoi des générations, compétition de club en double pour les duos cumulant plus de 100 ans d'âge, et le Louis-Després, tournoi de l'élite régionale, apprécie par-dessus tout le travail d'équipe.

«Organiser quelque chose tout seul, c'est correct. Mais quand tu es une gang, c'est encore plus motivant. C'est ce qui m'a tout le temps attiré dans ce tournoi, on est toujours une gang. On travaille des heures de fou et il y a tout le temps un rire quelque part qui éclate», souligne Tessier.

Son plus gros défi comme directeur : «Être capable de livrer ce tournoi-ci aussi bien que les autres avant.» Il se promet d'appliquer davantage son empreinte à compter de l'an prochain, quand il se saura en plein contrôle.

«À Montréal [pour la Coupe Rogers], il y a quasiment plus de monde dans le pub en arrière que dans les gradins du court central. Parce que c'est un événement, les gens veulent juste être là! C'est ça que je veux amener, que je veux créer ici. Que les gens se disent : ''Il faut aller au tournoi cette semaine.''»

«On a un très bon tournoi de tennis, mais notre événement peut être encore meilleur», poursuit-il, espérant en être le maître d'oeuvre pour longtemps. «Si Jack l'a fait 24 ans, je suis capable de le faire 24 ans aussi! C'est un chiffre difficile à battre, mais je vais essayer d'aller le plus loin possible», conclut-il avec enthousiasme.

Le métier d'entraîneur

Jusqu'au printemps dernier, Pierre-Luc Tessier était encore entraîneur de joueuse professionnelle. Il conseillait Aleksandra Wozniak, ex-21e mondiale sur le retour. Mais il privilégie depuis son rôle de directeur du tournoi de Québec.

Tessier a dû faire un choix à la demande de Tennis Canada, nouveau propriétaire de la Coupe Banque Nationale et donc son employeur six mois par année. Apparence de conflit d'intérêts. Tessier a «choisi la stabilité, au lieu d'une joueuse qui peut peser sur le bouton eject quand elle veut».

Ce qui ne l'empêche pas de continuer à enseigner, comme il le fait depuis plus de 20 ans. Juste avant l'entrevue du Soleil, début août, il venait de donner quatre heures de cours pour adultes à L'Ancienne-Lorette. Il comblera son hiver avec un contrat auprès de l'équipe nationale des 12 ans et moins et du coaching privé pour des juniors.

Entre les tâches de chasseur de balles et de directeur de tournoi, Tessier a aussi été entraîneur pour des concurrentes à l'ancien Challenge Bell. À trois reprises. Deux fois dans le coin de Stéphanie Dubois, avec qui il a été associé durant près de deux ans, en 2012 et 2013. Dubois a alors atteint son meilleur rang en carrière, 85e mondiale, demeurant dans le top 100 durant 10 mois. 

«Une super belle expérience» assure-t-il. «La moyenne de coaching sur le circuit est de 10 à 11 mois avec la même joueuse, alors deux ans, ce n'est pas si pire!» insiste celui qui se dit encore en très bons termes avec Dubois, retraitée depuis deux ans.

Il a ensuite passé un an aux côtés de l'Américaine Maria Sanchez, alors tout juste promue de la NCAA. Cette année amorcée sans classement, Sanchez l'a terminée 103e en double et 102e en simple.

«C'est un métier qui m'a amené à faire des choses que je n'aurais jamais faites si je travaillais dans un bureau. J'ai voyagé beaucoup et enfiler t-shirt, short et espadrilles le matin comme habit de travail, ça me plaît. C'est pourquoi j'ai réfléchi beaucoup quand Tennis Canada m'a demandé de choisir, mais j'ai préféré avancer», résume l'un des plus jeunes directeurs de tournoi de la WTA.

Deux boules d'énergie!

Après avoir tous deux été chaperons des Slovaques lors de la Coupe Fed à Québec en 2014, l'amoureuse de Pierre-Luc Tessier, Geneviève Demers, s'est liée d'amitié avec la joueuse Kristina Kucova. Qui a entre autres vaincu Eugenie Bouchard à la Coupe Rogers, cet été. Fanatique de tennis et simple joueuse de club, cette ancienne agente d'assurances se retrouve maintenant assistante personnelle de Kucova pour le volet nord-américain du circuit WTA. Elle l'accompagnait aux Internationaux des États-Unis, au début du mois. «Geneviève n'a rien à apprendre à Kristina au plan tennistique, mais elle est très positive et très organisée. Elles s'entendent bien, ce sont deux boules d'énergie!» fait valoir Tessier.

Eugenie «va remonter»

Il ne fait aucun doute dans la tête de directeur de tournoi et d'ancien entraîneur de Pierre-Luc Tessier qu'Eugenie Bouchard «va remonter» au classement. Sa dégringolade permet à Québec de l'avoir comme tête d'affiche cette année. «Quand tu es cinquième au monde [sommet atteint par Bouchard en octobre 2014], tu vises les grands chelems, les tournois de Tokyo, de Pékin, de Montréal et tu ne vises pas Québec. C'est normal! Mais quand tu es 30e ou 40e, tu as besoin de tournois comme ça pour rebâtir ta confiance. Eugenie est en situation où elle doit gagner des matchs et c'est parfait de venir ici. J'ai hâte que les gens la redécouvrent. À Charleston [en avril], je l'ai revue rire sur un terrain de tennis, c'est bon signe.»

Faire mieux sans se ruiner

La Coupe Banque Nationale se classe au troisième échelon des tournois de la WTA parmi une vingtaine classés International doté de 225 000 $US en bourses (250 000 $ moins les frais WTA). Si dans ses rêves les plus fous Pierre-Luc Tessier aimerait voir son tournoi grimper dans la hiérarchie mondiale, il reste réaliste. «Pour grossir, il faudrait augmenter les bourses à 620 000 $. Ça veut dire trouver 400 000 $ de plus en commandites, en dollars US! Tennis Canada est propriétaire du tournoi et si on grossit un jour, tant mieux. Mais on est capables de faire encore mieux avec les bourses qu'on a là», indique le directeur, qui voit de belles choses se profiler à l'horizon avec l'entente de 58 millions $ par année pour 10 ans entre la WTA et l'entreprise britannique Perform pour les droits de télé internationaux. Nouvelle entrée d'argent à compter de 2017 et tous les matchs du tableau principal de Québec diffusés par Internet partout dans le monde.

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