Les moments noirs de la Transat

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En septembre 1988, le maire Jean Pelletier avait rendu un hommage au marin Olivier Moussy, disparu en mer durant la Transat Québec-Saint-Malo.

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(Québec) Loin de nous l'idée de placer des idées sombres dans la tête des navigateurs, souvent superstitieux... Mais la Transat Québec-Saint-Malo n'est jamais de tout repos. Et parfois, elle vire au drame. Le Soleil se penche sur quelques moments dramatiques qui ont marqué l'histoire de cette course tenue aux quatre ans depuis 1984.

Olivier Moussy, ici en 1988, est mort en... (Archives Le Soleil) - image 1.0

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Olivier Moussy, ici en 1988, est mort en mer durant la deuxième Transat Québec-Saint-Malo. 

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Olivier Moussy monte à bord de son Laiterie-Mont-Saint-Michel, un voilier rapide qui lui permet d'espérer briller pendant la deuxième Transat Québec-Saint-Malo. Il place son bateau près de la vingtaine d'autres participants, entre Québec et Lévis. Le départ est donné. Dès les premiers instants de la course, Serge Madec et son Jet Service se faufilent en tête. Madec se dirige vers une victoire facile. Moussy, vers la mort.

Quelques jours plus tard, le 1er septembre 1988, Olivier Moussy s'accroche à l'une des coques de son trimaran pour réparer l'attache d'une petite voile, brisée par une tempête. Le skipper sait qu'il ne gagnera pas : le Jet Service a franchi le fil d'arrivée trois jours plus tôt. Il se bat malgré tout.

La course s'achève. La tempête aussi. Mais le mauvais sort est aveugle au gros bon sens. Le skipper français, 31 ans seulement, se fait happer par une vague, à quelques heures de la Bretagne. Cette mer qu'il aime tant l'avale devant ses trois coéquipiers. «Olivier Moussy est tombé à l'eau pendant une réparation!» crie Stéphane Toulouppe dans la radio.

Moussy aurait été trop téméraire. Malgré une mer agitée, il n'aurait pas mis son harnais de sécurité, ni son habit de survie.

Ses trois amis larguent des bouées, puis arpentent la zone où il est tombé. D'autres navires le feront aussi. Deux hélicoptères et un avion la survoleront à leur tour pendant toute la journée. Mais en soirée, le vent retrouve sa force. Et avec lui, les vagues. On ignore si Moussy a survécu à sa chute, mais impossible qu'il puisse combattre la force des éléments. Les recherches sont abandonnées.

Les trois équipiers de Moussy, Toulouppe, Didier Gainette et Philippe Pallu de la Barriere, poursuivent leur route vers Saint-Malo dans une ambiance de funérailles, un mat en guise de clocher. Avant de croiser le fil d'arrivée, les trois hommes descendent leurs voiles et se font remorquer jusqu'au port. Une disqualification volontaire.

Sur les quais, l'équipage et ses proches éclatent en sanglots. Pallu de la Barrière enlace sa femme et ses deux enfants pendant une demi-heure, écrit Le Soleil à l'époque.

La nouvelle de la disparition de Moussy se répand à vitesse grand V chez les loups de mer impliqués dans la deuxième Transat Québec-Saint-Malo. Consternation généralisée.

«J'ai gagné la course, mais je n'ai certainement pas envie de la fêter», lance Serge Madec.

«Je préfère ne pas commenter la disparition en mer de mon ami Olivier. C'est trop dur à prendre», laisse tomber le légendaire marin canadien Mike Birch.

«Le Saint-Bernard-des-Mers»

La mort de Moussy relève d'une macabre ironie. Le jeune homme était surnommé «le Saint-Bernard-des-Mers» car il avait, par deux fois, sauvé des adversaires en fâcheuse position. D'abord en 1979, lorsqu'il a, en pleine nuit, extirpé Pierre Follenfant des eaux de l'Atlantique alors que le voilier de ce dernier venait de sombrer. Trois ans plus tard, pendant la prestigieuse Route du Rhum, il met sa vie en péril pour aider le Canadien Ian Johnston.

Moussy n'aimait pas son surnom, semble-t-il. Il aurait préféré qu'on se souvienne de lui pour ses talents de pilote au large. Du talent, il en avait. Lors de la Transat de 1984, il avait placé son petit voilier, le Région-Centre, au 14e rang du classement général, mais au premier de sa catégorie. Quelques semaines avant sa mort, il avait pris le deuxième échelon de la Transat anglaise.

«Il acceptait les risques du métier», a titré Le Soleil dans son édition du 3 septembre.

Douze ans plus tard, un autre membre de l'équipage du Laiterie-Mont-Saint-Michel a connu une fin tragique. Didier Gainette est mort dans un accident de la route à Carnac, près de sa résidence, en mars 2000.

Une autre ironie : le Laiterie Mont-Saint-Michel est devenu un grand survivant de la course en mer. Ce même bateau a fait la Transat en 2008, alors appelé Laiterie de Saint-Malo, et en 2012 sous le nom Vers un monde sans SIDA. Rares sont les voiliers à la vie de coureur aussi longue.

Vaut mieux en rire

À bord d'un radeau de sauvetage, huit femmes observent leur voilier en feu sombrer dans les eaux froides de l'Atlantique. Et elles rigolent... «Nous avons ri à la pensée que nous étions assises dans un radeau de survie au milieu de l'océan», a expliqué la skipper Pearl Larsen Critchlow dans les heures suivant le drame.

Heureusement, l'équipage canadien du Mascaret-Steinberg, tout féminin, se trouve au milieu d'une voie navigable en ce jour de septembre 1984. Deux semaines plus tôt, elles avaient pris le départ de la première Transat Québec-Saint-Malo. Mais l'aventure prend une tournure tragique lorsqu'un incendie se déclare dans le moteur, alors que le monocoque se trouve à 400 miles nautiques de la côte irlandaise.

«Nous avons demandé à l'une des filles de partir le moteur pour recharger quelques batteries», a expliqué Critchlow dans un article du

Mont­real Gazette. «La fille qui était à la barre a crié. Elle a aperçu de la fumée. On a essayé d'éteindre le feu avec des extincteurs, mais en avons été incapable. Alors nous avons procédé à notre plan d'évacuation.»

Deux heures plus tard, le bateau disparaît sous les eaux. «Personne n'avait peur», a aussi affirmé la skipper. D'où les rires, sans doute un peu nerveux malgré tout. «Nous n'avions juste pas le temps de penser.»

Tout le monde s'en tire sans blessure, mais le rire fait rapidement place à l'instinct de survie. Les femmes envoient des signaux lumineux au ciel et démarrent l'appel de détresse satellite. Un bateau viendra les secourir sept heures plus tard.

Quelques heures s'écoulent, puis c'est au tour du catamaran américain Double Bullet de sombrer. Heureusement, tout l'équipage s'en tire là aussi sans dommage.

Journée maudite

Florence Arthaud... (Archives Le Soleil) - image 4.0

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Florence Arthaud

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La journée pendant laquelle Olivier Moussy perd la vie, le bateau de sa collègue Florence Arthaud, Groupe Pierre 1er, chavire en pleine traversée de La Manche. La faute à la même tempête. L'un des équipiers, Patrick Morel, reste coincé sous un filet pendant trois minutes. Malgré tout, les quatre membres d'équipage s'en sortent indemnes. Mais Arthaud sera à son tour victime du destin. Ce sont les airs et non la mer qui causeront la mort de «la petite fiancée de l'Atlantique». Le 9 mars 2015, elle meurt lorsque l'hélicoptère dans lequel elle prend place s'écrase pendant le tournage d'une émission de télé-réalité française en Argentine.

Décès tragiques des grands de la Transat

  • Loïc Caradec (1986)
Loïc Caradec n'aura jamais pu défendre son titre de champion de la première Transat Québec-Saint-Malo. Deux ans après sa victoire de 1984 sur le Royale II, Caradec sombre dans l'Atlantique alors que son voilier se retourne au coeur d'une tempête. Florence Arthaud retrouvera le bateau, mais jamais son pilote. «C'est sûr qu'il nous fait peur. Même à moi, il me fait peur», avait dit Carabec de son puissant vaisseau, avant le départ. Le Royale est muni d'un mat-aile, plus large que son équivalent traditionnel, un outil qui permet de gagner de la vitesse, mais qui n'est pas sans risque. «Quand le vent force, ça devient carrément un inconvénient parce que le mat peut faire chavirer le bateau», avait ajouté Caradec...

  • Gerry Roufs (1996)
Le Montréalais Gerry Roufs sombre en mer pendant le Vendée Globe de 1996. Disparition hautement médiatisée chez nous. «Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes», déclare-t-il. Peu après, silence radio. La coque de son bateau a été aperçue six mois plus tard. Son corps n'a jamais été retrouvé. Roufs a participé à plusieurs Transat Québec-Saint-Malo comme équipier du skipper canadien Mike Birch, premier gagnant de la Route du Rhum, en 1978.

  • Paul Vatine (1999)
Vainqueur en tant qu'équipier en 1988, troisième en tant que capitaine en 1992, le Français Paul Vatine est mort pendant une Transat Le Havre-Carthagène, en octobre 1999, au large des Açores. «Les conditions sur zone sont dantesques. Il y a des creux de 10 mètres. D'après ce que nous savons, Paul était à la barre quand le trimaran s'est retourné», a expliqué l'un des proches du navigateur.

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