Madame l'arbitre

Lucie Guillemette compte à son palmarès 80 tournois du... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

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Lucie Guillemette compte à son palmarès 80 tournois du circuit mondial, des championnats du monde senior et junior, trois Jeux panaméricains, des Jeux olympiques de la jeunesse et bientôt les Jeux olympiques, les vrais.

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Fréquences cardiaques, pression sanguine, indice de masse corporelle, vision périphérique, tests auditifs. Pour participer aux Jeux olympiques de Rio, Lucie Guillemette a été contrôlée, cotée, calibrée avec minutie par les plus hautes instances mondiales de son sport. Mais même au sommet de son art, elle ne rêve pas de médailles. Rencontrez madame l'arbitre!

«Les Jeux olympiques, c'est le summum de ma carrière d'officielle. La même chose que pour un athlète!» affirme sans hésitation la femme de Lac-Beauport, qui fait partie des 16 arbitres assignés au tournoi olympique de volleyball de plage, du 6 au 18 août, à Copacabana.

Sauf que rares sont les athlètes qui atteignent enfin la grand-messe des cinq anneaux après aussi longtemps que 19 ans d'entraînement et, surtout, à un an de la retraite forcée. Car à tout juste 54 ans, Guillemette a maintenant moins d'une année de vie comme arbitre active. La fédération internationale impose la retraite à 55 ans à ses chevaliers du sifflet.

Elle songe toutefois à faire des Jeux olympiques le point d'exclamation final de ses aventures juchées sur la chaise haute en bordure du filet. «Finir sur un high», insiste celle qui se concentrera ensuite sur le développement de la relève et la formation des arbitres au Québec et au Canada.

Quand on dit arbitre, il y en a deux lors d'un match international. Celui en chef, assis sur la grande chaise, et l'autre debout à l'autre bout du filet, au sol. L'arbitre-chef chapeaute en plus le travail de deux juges de lignes, qui sont quatre pour les demi-finales et la finale, sans oublier le marqueur.

Seule officielle du Canada parmi 16 - en fait 36 parce qu'il n'y en a aucun pour le tournoi de volleyball en salle - Guillemette compte parmi seulement trois femmes choisies pour arbitrer le volleyball de plage aux JO de 2016. Elles sont trois à l'intérieur aussi, sur 20.

Sur le sable avec elle, une Chinoise et une Japonaise, qui remplace un Algérien récemment exclu du cercle à cause de sa surdité d'une oreille. Car non seulement la FIVB impose à ses arbitres la retraite à 55 ans, mais auparavant, elle exige d'eux une forme physique exemplaire. Ils vont jusqu'à mesurer le tour de taille! «On a toujours eu des évaluations physiques. C'est pour l'image du sport. Si tu ne passes pas, tu reçois un avis du médecin et tu dois avoir un plan pour te corriger et être testé de nouveau plus tard.»

«Mais quand on est allés tous les 16 au Brésil pour un séminaire, en mars, on a eu droit à des tests encore plus approfondis. C'était inattendu, mais je n'étais pas inquiète, je m'entraîne», rassure-t-elle. Certains avis de non-conformité ont été distribués à d'autres et même un de révocation. Rien ne pouvait être fait pour le trouble d'audition de l'arbitre algérien. Le nouveau système à deux écouteurs et deux micros lui nuirait trop.

La gloire une raquette à la main

Comme joueuse, Guillemette assure ne jamais avoir été portée à contester l'arbitre. Si c'est au volleyball qu'elle excelle comme officielle, et elle y a joué en salle rien qu'en masse, c'est au racquetball qu'elle a connu ses heures de gloire comme athlète.

Membre de l'équipe canadienne durant six ans, elle a été championne canadienne en double, vice-championne du monde en double et vice-championne canadienne en simple dans les années 90.

À la même époque, le volet plage se montre plus ouvert à l'avancement des femmes dans sa hiérarchie d'officiels. Elle gravit les échelons et obtient son statut d'arbitre international (niveau 5) en 1997. Une occupation qu'elle avait d'abord adoptée afin de gagner un peu d'argent durant ses études, plusieurs années plus tôt.

Le jour est venu où elle a dû choisir : «Une fois, je revenais d'arbitrer un tournoi de volleyball de plage au Brésil. Je suis rentrée à Québec le mardi et je repartais le jeudi pour aller jouer un tournoi de racquetball à Las Vegas. Quand j'ai embarqué sur le terrain, à moitié morte, je me suis dit que c'était le temps de choisir», se souvient-elle en riant.

Déjà dans la trentaine, elle a décidé de se consacrer à sa vie d'arbitre. Qui n'est en réalité qu'un loisir ou presque, une passion parallèle. Car la dame n'y gagne pas sa vie. Elle travaille au ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale depuis 31 ans bien comptés et vient d'être promue directrice régionale d'Emploi-Québec pour la Capitale-Nationale.

Pas besoin de dire qu'elle passe toutes ses vacances sur le sable, mais pas allongée sur une serviette. Sa retraite prochaine de l'arbitrage actif lui permettra de sortir un peu plus souvent le camion-campeur stationné dans la cour de sa demeure sise au pied de la station Le Relais.

Honnêteté et respect

Son palmarès compte aujourd'hui 80 tournois du circuit mondial, des championnats du monde senior et junior, trois Jeux panaméricains, des Jeux olympiques de la jeunesse et bientôt les Jeux olympiques, les vrais.

«Notre travail est de fournir les conditions aux athlètes pour qu'ils puissent donner le meilleur d'eux-mêmes. Tu leur permets d'exprimer leur talent sans prendre d'avantage indu sur l'autre équipe», explique celle qui vient d'être nommée arbitre par excellence dans la région de Québec tous sports confondus pour la deuxième fois de sa carrière. Belle façon de fermer la boucle amorcée par sa récompense de 1998.

«Aussi banal que ça puisse paraître, faut être capable d'avouer qu'on a fait une erreur», poursuit-elle, sur l'intégrité indispensable pour pratiquer le métier. «Rendu à un certain niveau, les joueurs l'acceptent. Bon, il ne faut pas que ça t'arrive trois fois par match, mais une fois de temps en temps, ça peut passer. Si tu es honnête, ils vont te respecter.

«La confiance en soi est importante, mais pas au point de ne jamais remettre en question ton propre jugement. C'est essentiel si tu veux t'améliorer et progresser.

«Il y en a qui deviennent arbitres parce qu'ils ont une soif de contrôle. Ou si dans la vie tu as toujours besoin d'être aimé des autres, ça va être pareil quand tu vas arbitrer. Il y a un humain derrière l'arbitre et tu n'es pas différent comme arbitre de ce que tu es dans la vie de tous les jours», résume-t-elle, disant mettre l'accent sur l'introspection auprès des apprentis.

En plus d'une arbitre, le Canada a déjà deux duos féminins et une paire masculine qualifiés pour le tournoi olympique de volleyball de plage. On pourrait bientôt ajouter une deuxième équipe de gars.

Lucie Guillemette sur...

Les huées

«On finit par se faire une carapace. C'est plus difficile si tu fais un appel où tu penses que tu t'es trompée. Quand tu fais un appel que tu sais correct, c'est bien de valeur, mais c'est ça!»

Les gueulards

«Ce n'est plus aussi fou qu'avant. Maintenant, on sort les cartons jaunes ou rouges. Mais certains pays ont le sang chaud et certains joueurs pètent encore les plombs pour rien! On les connaît, on apprend à rester calme.»

Le virus Zika

«On a reçu toute la documentation nécessaire. Je n'ai pas l'intention d'être enceinte à 54 ans, alors ce qui m'inquiète un peu, c'est que les symptômes s'apparentent à une grosse grippe. Quand tu arbitres, ce n'est pas l'idéal.»

Le sifflet

«Je traîne toujours trois sifflets sur moi et quatre autres neufs emballés dans mes affaires. On a tous nos préférences. Le Fox 40, qui est fabriqué au Canada, est apprécié à cause de son bruit moins agressant. Les arbitres des autres pays me demandent de leur en apporter.»

Lucie Guillemette en plein travail. Un match international... (Photo fournie par Lucie Guillemette) - image 3.0

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Lucie Guillemette en plein travail. Un match international compte deux arbitres. Celui en chef, assis sur la grande chaise, et l'autre debout à l'autre bout du filet, au sol. Pour la première fois aux Jeux olympiques, les arbitres de volleyball de plage auront accès à la reprise vidéo.

Photo fournie par Lucie Guillemette

Technologie bienvenue

Pour la première fois aux Jeux olympiques, les arbitres de volleyball de plage auront accès à la reprise vidéo. Grâce à la technologie Hawk-Eye, qui a fait ses preuves au tennis, l'officiel pourra revoir si le ballon est bel et bien tombé à l'extérieur des limites du terrain, si un joueur a fait une touche de trop ou pas.

«Au lieu de paniquer, les joueurs auront juste à demander un challenge et on va le savoir!» se réjouit la Québécoise Lucie Guillemette, l'une des 16 arbitres assignés au tournoi olympique de Rio.

Inépuisable en cas de succès, la banque de réclamations se limitera à deux échecs par équipe par manche. «Mais ils vont continuer de chialer sur ce que tu ne peux pas réviser, comme le jugement de l'arbitre sur le contact de balle, les double-touches, etc.» prévient celle qui compte 19 ans d'expérience internationale.

TROP DERNIÈRE MINUTE

«Le problème, c'est qu'on aurait dû commencer ça il y a trois ans. Là, c'est un peu, pas mal à la dernière minute», constate-t-elle, à propos du système qui ne sera mis à l'épreuve que dans trois tournois avant le jour JO.

«Et les équipes de télévision doivent se faire la main sur le volleyball de plage, avec le soleil, les zones d'ombre, les éclaboussures de sable qui font bouger la ligne, le vent», énumère-t-elle comme écueils potentiels.

Un nouveau système de communication à deux micros est aussi implanté. Quelques ratés techniques ont marqué cet aspect lors du tournoi-test tenu en mars à Fortaleza, au Brésil.

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