Maurice Tanguay: la fin d'un règne

Maurice Tanguay... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Maurice Tanguay

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Lorsque le repêchage de la LHJMQ s'amorcera à Charlottetown samedi, il s'agira du premier auquel Maurice Tanguay n'assistera pas en 22 ans. Âme de l'Océanic depuis son arrivée à Rimouski, le copropriétaire passe ces jours-ci la main à son petit-fils Alexandre. Le changement de garde signifie la fin d'une époque glorieuse, comme en font foi une Coupe Memorial en 2000, ainsi que trois Coupes du Président en 2000, en 2005 et en 2015. Une équipe à jamais associée à de grandes vedettes, telles que Vincent Lecavalier, Brad Richards et Sidney Crosby, dont Maurice Tanguay a brillamment orchestré le recrutement. Pour celui qui était intronisé au Temple de la renommée de la LHJMQ en 2010, l'heure est au bilan.

Le temps faisant son oeuvre, Maurice Tanguay a conclu, à la fin de la saison 2014-2015, que le moment était venu d'assurer sa succession à la tête de l'Océanic. Jamais l'idée de vendre ne lui a toutefois traversé l'esprit. Non seulement son «bébé» allait demeurer dans la famille, mais il serait confié à un jeune homme l'ayant tout autant à coeur, pour en avoir porté les couleurs de 2010 à 2012.

Fils de Jacques, Alexandre Tanguay prend progressivement la relève sous la tutelle du président et directeur administratif Éric Boucher. Depuis plusieurs mois, la transition s'effectue en douceur, qui plus est, entre deux hommes ayant tout le respect de Maurice Tanguay.

«Alexandre est capable de prendre la relève. Et il aime ça, le hockey. Il va faire un bon travail. C'est un bon petit gars. Et je ne dis pas ça parce que c'est mon petit-fils! Je ne suis pas inquiet pour eux autres! J'ai mon bras droit Éric Boucher, qui est là-bas avec lui. C'est un homme formidable. C'est un homme qui a de la pogne et qui est honnête. Honnête avec les joueurs, honnête avec le personnel.»

Même s'il peut dormir sur ses deux oreilles quant à l'avenir de l'Océanic, Maurice Tanguay ne cache pas que son retrait du monde du hockey est difficile à accepter. On ne met pas aussi facilement le couvercle sur une passion de plus de 60 ans!

«En 1957, j'ai parti mon premier club junior à Montmagny. Mon meilleur joueur, c'était Jean-Guy Paquet, l'ancien recteur de l'Université Laval. C'était un bon joueur de hockey et un leader dans l'équipe. Après ça, j'ai eu un club junior à Sainte-Foy. J'ai travaillé dans le midget AAA aussi. Je me suis toujours occupé de hockey quand j'étais jeune. Et de baseball, avec le baseball inter-cité à Sainte-Foy», a relaté celui qui a également chaussé les patins pour les clubs du Collège de Lévis et de l'Académie de Québec dans sa jeunesse.

S'il est aujourd'hui ralenti par des problèmes de dos et de genoux, c'est pour une tout autre raison que l'homme d'affaires et philanthrope de 82 ans n'a pas fait le voyage vers Charlottetown, où se déroulent les assises de la LHJMQ, en fin de semaine. «Je ne peux pas y aller. Je trouve ça trop dur. Quand tu es habitué d'être là et d'être le boss, de parler avec les dépisteurs, ce n'est pas facile abandonner ça...» a-t-il laissé entendre.

Popularité instantanée

On l'aura compris: Maurice Tanguay a toujours le coeur à Rimouski, lui qui achetait les Lynx de Saint-Jean avec son associé André Jolicoeur en 1995, pour ensuite les déménager dans la capitale du Bas-Saint-Laurent.

«Ils ont essayé pendant quelques années d'avoir un club junior à Rimouski. Et ça ne marchait pas. Nous autres, on était intéressés d'avoir un club junior, alors on a fait application avec la Ville de Rimouski. Ils ont accepté qu'on ait un club junior en autant que 50 % des parts appartiennent à des gens de la place, ce qui a été fait. On a approché Saint-Jean, les frères Morrissette. On a acheté le club et on l'a déménagé», se souvient-il.

Le Bas-Saint-Laurent a immédiatement adopté la nouvelle formation, remplissant les gradins du Colisée de Rimouski malgré des débuts parfois difficiles sur la glace. Cette popularité instantanée est en grande partie attribuable à un attaquant originaire de la région : Allan Sirois. «C'était un excellent joueur de hockey, un gros travaillant. On était allés le chercher à Chicoutimi, où ils avaient trop de joueurs de 20 ans. C'est lui qui nous a mis au monde. Tout le monde venait le voir jouer. C'est lui qui nous faisait gagner. C'était un gars superbe. Il est aux États-Unis maintenant. Il est marié à une Américaine. Et chaque année depuis 22 ans, il m'envoie une carte à Noël avec la photo de ses enfants. Il a toujours été reconnaissant», raconte Maurice Tanguay.

Les Rimouskois n'ont pas mis de temps à être récompensés pour leur ferveur envers l'Océanic, qui accueillait sa première vraie vedette en Vincent Lecavalier, à ses deuxième et troisième saisons dans la LHJMQ. À peine deux ans plus tard, en 2000, la nouvelle concession soulevait la Coupe du Président et la Coupe Memorial grâce à un certain Brad Richards. Une saison mémorable qui avait valu à Maurice Tanguay le titre d'administrateur de l'année dans la LCH.

Il aura fallu cinq autres années et un Sidney Crosby pour que l'Océanic s'approche de nouveau du symbole de la suprématie dans la LHJMQ. La Coupe Memorial allait toutefois échapper à la formation rimouskoise, qui s'est inclinée en finale du tournoi, cette année-là.

«Dans l'ensemble, notre équipe de 2000 était plus forte, mais Sidney, il faisait un spectacle extraordinaire. À London, ils avaient une grosse équipe et on a perdu en finale. On avait une bonne équipe nous aussi, mais ils avaient un degré de plus que nous autres», a concédé Maurice Tanguay, dont la formation décrochait une troisième Coupe du Président, face aux Remparts, au printemps 2015.

Fidélité des employés

Selon le principal intéressé, c'est la force de l'organisation, bien établie avec l'aide des Marius Fortier et Éric Forest, aujourd'hui maire de Rimouski, qui explique en grande partie le succès de l'Océanic, ainsi que la fidélité de ses nombreux employés, comme le conseiller pédagogique Rodrigue Landry, le descripteur radio Michel Germain, l'adjointe aux opérations Annie Desaulniers et le chauffeur d'autobus Luc Hallé, tous là depuis 22 ans.

«Pendant quelques années, on est demeurés là-bas l'hiver, ma femme et moi. On avait loué une maison. Madeleine aimait beaucoup Rimouski. Rimouski, c'est une belle petite ville. Le monde est gentil. Le monde est aimable. On a eu beaucoup de plaisir avec la population de Rimouski, et pas juste de Rimouski, de tout le Bas-du-Fleuve. Ça va me manquer.»

Maurice Tanguay sur...

  • Des joueurs marquants: Lecavalier, Richards et Crosby
«J'étais très ami avec Bob Chevalier. Il m'avait dit : "Maurice, si tu veux voir jouer le meilleur joueur junior au pays, va voir jouer Vincent Lecavalier." J'avais été le voir et je l'avais trouvé exceptionnel. C'est là qu'on s'est organisé pour le repêcher. C'était en 1996. L'année suivante, c'est Vincent qui nous a fait repêcher Brad Richards. Brad venait du Nouveau-Brunswick, lui. Ç'a été deux excellents joueurs. Et après ça, on a eu Sidney, qui a été notre grosse vedette. Les trois ont été des joueurs exceptionnels, mais le gars qui nous a fait gagner la Coupe Memorial, c'est Brad Richards. Il a contrôlé la Coupe Memorial au complet. C'est lui qui nous a fait gagner.»

Le capitaine de l'Océanic Jonathan Beaulieu soulève la... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Le capitaine de l'Océanic Jonathan Beaulieu soulève la Coupe Memorial en compagnie de Maurice Tanguay en 2000.

Photothèque Le Soleil

  • Le meilleur souvenir: la Coupe Memorial de 2000
«J'ai vécu beaucoup de belles choses dans ma vie et ça, ç'a été l'une des belles choses. On venait de gagner la Coupe Memorial. Après le match, sur la glace, il y avait un nommé [Stéphane] Leroux qui était là, le chroniqueur sportif. Il vient m'adresser la parole, alors que j'étais avec les joueurs et que je fêtais. J'avais été lui dire que c'était le plus beau jour de ma vie. Oh! J'en avais eu des répercussions dans ma famille! On m'avait dit : "Que penses-tu de ta femme alors?" J'avais répondu que pour elle aussi, c'était le plus beau jour de sa vie! Parce que Madeleine aussi suivait l'équipe partout, au Cap-Breton, à Halifax, à Moncton, à Saint-Jean, à Val-d'Or. Toutes les villes de la ligue, on les faisait régulièrement. Moi, je voyageais souvent en autobus avec les joueurs. Madeleine voyageait avec notre conseiller pédagogique et sa femme.»

Doris Labonté exhibe la Coupe du Président en... (Photothèque Le Soleil) - image 4.0

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Doris Labonté exhibe la Coupe du Président en 2005. 

Photothèque Le Soleil

  • Des coachs marquants: Therrien, Labonté, Beausoleil
«Comme coach, en partant, on a eu Gaston Therrien, qui travaille maintenant à RDS. Gaston a fait un excellent travail. Ensuite, l'autre entraîneur marquant avec qui j'ai travaillé et qui m'a donné la Coupe du Président et la Coupe Memorial, c'est Doris Labonté. Il a été l'un des hommes-clés de la renaissance de l'Océanic, durant plusieurs années. Il était coach et gérant. C'est lui qui s'occupait d'aller chercher les joueurs, qui s'occupait des dépisteurs. Il était le contrôleur du club du point de vue hockey. J'ai aussi eu Clément Jodoin. Il a été là quatre ans et il a fait une bonne job. Et aujourd'hui, il y a Serge Beausoleil. Il fait un travail fantastique. C'est un type très gentil avec ses joueurs. Sévère quand il le faut, doux quand il le faut. Un excellent bonhomme.»

  • Le pire souvenir: le drame personnel de Michel Germain
«L'épreuve la plus dure que j'ai eue, c'est Michel Germain, en décembre 1998. On jouait à l'Université Laval contre les Remparts, à 19h. À 17h30, je m'en vais au PEPS. Michel est là. Tout d'un coup, il y a une femme qui arrive à côté de moi et qui me demande de la suivre. Elle me dit qu'elle a une mauvaise nouvelle, qu'elle vient de recevoir un téléphone de Rimouski et que sa mère, sa femme et sa petite fille venaient de se tuer en auto, à Mont-Joli. Ça n'avait pas de bon sens. Je n'avais pas le choix. Il fallait que j'aille le retrouver et que je lui annonce. Je lui dis : écoute mon Michel, je vais t'annoncer quelque chose d'épouvantable, mais je dois te l'annoncer. Je ne peux pas garder ça. Il faut que tu t'en ailles chez vous tout de suite. "Qu'est-ce qu'il y a? Est-ce qu'il y a quelqu'un de mort?" Michel, malheureusement, ta femme, ta mère et ta petite fille viennent de se faire tuer dans un accident d'automobile. Il t'a lâché un cri de mort! [...] Ç'a été une épreuve épouvantable.»

  • Une anecdote inoubliable
«J'avais trouvé un joueur de défense que je préfère ne pas nommer. Il venait de l'extérieur. Une pièce de gars de 6'3" ou 6'4". Je ne savais pas qu'il était désordonné. Je l'ai amené chez nous parce que c'était un batailleur. [...] On partait pour aller jouer à Val-d'Or, puis Doris Labonté, qui était mon coach, vient me trouver à l'aréna. Il me dit : "Monsieur Tanguay, votre gars, il n'est pas ici." "Comment ça, il n'est pas ici?" "On le cherche depuis hier. Il est parti à Québec et on ne sait pas où il est." "Tabarouette!" On en avait besoin pour aller à Val-d'Or, c'était une gang de tough, là-bas. On s'est mis sur le téléphone et on a fini par le trouver. Il était au Concorde, à Québec. Ça faisait trois jours qu'il était dans une chambre avec une fille et il était paqueté. On l'a ramassé là en autobus!»

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