Darren Bush, le coach zen

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Homme de peu de mots, l'ancien gérant des Capitales Darren Bush a fait depuis son chemin dans l'organisation des A's d'Oakland dont il est maintenant l'instructeur des frappeurs.

La Presse Canadienne, Chris Young

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(Québec) 3e de 4 / Chacun à leur façon, ils ont atteint les ligues majeures sans y jouer. Le Soleil s'est rendu à Toronto pour vous présenter quatre hommes au destin unique, dont le principal point commun demeure leur passage avec les Capitales de Québec. Quatre hommes qui poursuivent leur rêve de baseball. Après Andrew Tinnish, adjoint au dg des Jays de Toronto et l'interprète Josué Peley, nous vous présentons aujourd'hui Darren Bush, instructeur des frappeurs des A's d'Oakland.

Darren Bush répond aux questions d'une voix douce, un brin monocorde. Parfois, il interrompt le fil de son discours, se penche vers l'avant et crache un mélange de salive et de tabac. Un vrai gars de baseball.

Il est 14h. Dans cinq heures, ses A's d'Oakland et les Blue Jays de Toronto joueront le premier d'une série de trois matchs au Centre Rogers. L'ancien gérant des Capitales nous a donné rendez-vous dans l'abri des joueurs de l'équipe visiteuse. Pour l'instant, l'immense amphithéâtre du centre-ville de Toronto est presque vide. Seuls les employés de terrain s'affairent. Le calme avant la tempête.

Bush complète le tableau de manière quasi parfaite. Il est si doux qu'on l'imagine mal lever le ton. Ou enguirlander un arbitre. «Je l'ai vu le faire, parce qu'il était obligé de le faire pour défendre ses joueurs», raconte le président des Capitales, Michel Laplante, rencontré quelques jours plus tard. «Ç'a encore plus d'impact venant d'un gars aussi posé.»

«Vous me semblez zen», dira même Chris Young, le photographe de La Presse Canadienne qui accompagne Le Soleil à Toronto, avant de faire grimper Bush sur le toit de l'abri pour une photo.

Quelques minutes plus tôt, l'instructeur des frappeurs des A's avait raconté en détail ce qui l'a mené à devenir un Capitales, une expérience qu'il chérit encore, 12 ans plus tard. Lorsqu'il parle de Québec, Bush sourit, une lueur dans le regard. Le Floridien se souvient de sa première visite, pendant le Carnaval, quelques mois avant le début de sa seule saison à la barre de l'équipe. «Il y avait de la neige partout», s'émerveille-t-il encore. «C'était génial.»

Québec le voulait

Ancien receveur et voltigeur qui a atteint le niveau AAA pour un petit match, Bush avait 29 ans lorsqu'il s'est retrouvé gérant des Black Bears de Berkshire, en 2003. L'équipe évolue alors contre les Capitales de Québec dans la ligue Northeast. Moribonds l'année précédente avec une fiche de 24-64, les Black Bears retrouvent la dignité sous sa gouverne (41-51). L'avenir semble prometteur, mais les dirigeants de l'équipe tardent à renouveler son contrat. Bush leur donne une date de tombée.

«Cette journée-là, ils m'ont dit qu'ils n'étaient toujours pas sûrs. Je leur ai dit que je regarderais ailleurs. Ils m'ont dit : "OK". Ça ne faisait même pas cinq minutes que j'avais raccroché le téléphone quand Miles Wolff, le propriétaire des Capitales à l'époque, m'a appelé. Il m'a dit : "Je vois que ton contrat n'a pas été renouvelé. On te veut." Il m'a offert un contrat immédiatement. Et j'ai accepté immédiatement.»

Lorsqu'il rappelle les dirigeants des Black Bears, surprise! Ceux-ci lui offrent plusieurs milliers de dollars de plus que les Capitales pour le garder, raconte Bush, incapable de se souvenir s'il s'agissait de 5000 $ ou 10 000 $. «Et j'ai dit : "Non, je vais à Québec. Vous m'avez fait attendre pendant tout ce temps." Ils essayaient de me dévaluer. Il n'y a pas eu d'hésitation.»

Il assure avoir beaucoup appris pendant son unique été dans la capitale. Il doit s'occuper de tout, du budget au recrutement des joueurs, en passant par la gérance des matchs. Ces tâches lui permettent d'acquérir des habiletés organisationnelles «d'une valeur inestimable». Bush dirige alors Eddie Lantigua, Benoît Émond, Olivier Lépine, Goefrey Tomlinson et Jeff Harris, entre autres.

Pas d'ennemis

Bush apprend aussi qu'il y avait des amateurs de baseball extraordinaires au nord de la frontière. «Ils étaient très durs avec moi lorsqu'on perdait; ils étaient très heureux lorsqu'on gagnait. [...] C'était une atmosphère complètement différente qu'ailleurs dans la ligue. Même dans les ligues mineures, je ne crois pas avoir joué dans un stade qui avait cette énergie pendant un match», relate Bush.

Ses Capitales connaissent une solide saison, conservant la meilleure fiche de la ligue (58-34). Malheureusement, le Spirit de North Shore élimine l'équipe québécoise en demi-finale. Les Jackals du New Jersey sont champions. Bush accepte ensuite une offre des Athletic's d'Oakland et se retrouve dans le baseball mineur. Michel Laplante lui succède à la barre des Capitales. Pendant le processus de passation des pouvoirs, les deux hommes discutent du personnel en place.

«Ce n'est pas un homme de beaucoup de mots», indique Laplante, 11 ans plus tard. «Mais je l'ai connu à travers les joueurs qui sont restés l'année d'après et qui m'ont parlé de lui. C'était de bons souliers à chausser. Il n'a pas d'ennemis, Darren Bush. On pourrait lui reprocher de ne pas s'imposer assez, mais on ne pourra jamais dire qu'il prend une place qui ne lui appartient pas.»

D'abord entraîneur des frappeurs, Bush devient gérant. À l'image d'un joueur, sa progression comme patron dans le baseball affilié est constante. Deux ans dans le A+ (2007 et 2008), deux ans dans le AA (2009 et 2010), deux ans dans le AAA (2011 et 2012), et le voilà soudainement avec le grand club en 2013, à titre d'instructeur de l'enclos des releveurs. Deux ans plus tard, il s'occupe des frappeurs.

«Nous n'avions pas un assistant à l'instructeur des frappeurs [en 2014], mais si quelqu'un l'était, c'était Darren», avait alors affirmé le gérant Bob Melvin dans un article du Sacramento Bee pour expliquer cette nomination. D'autant plus que Bush connaît bien les jeunes de l'organisation : il les suit depuis les rangs mineurs.

«Il est juste un gars super, avec une super attitude», l'a vanté le joueur d'avant-champ des A's Eric Sogard, dans le même article. «Il connaît ses joueurs et sait ce qui fonctionne pour eux. Je crois qu'il sera parfait pour ce travail.»

Des heures de vidéo

Ce boulot consiste à regarder «des heures et des heures» de vidéo des lanceurs adverses et de ses joueurs pour connaître les tendances, forces et faiblesses de chacun. Tous les jours, il transmet des informations aux frappeurs de son équipe pour qu'ils continuent de progresser. Bush assure que ces gars, pour la plupart multimillionnaires, sont très réceptifs à ses instructions.

Un emploi de gérant l'intéresse, mais il assure ne pas regarder vers l'avant. Sa philosophie pourrait se résumer ainsi : le poste que j'occupe est celui qui m'était destiné, je dois en profiter. «Je prends ce que j'ai et j'essaie d'être le meilleur possible», souligne Bush, ajoutant être reconnaissant envers l'organisation des A's. «Peu importe ce qu'ils me demandent de faire ensuite, je le ferai. Je suis sur un terrain de baseball à tous les jours, alors tant que j'aide ces gars à devenir meilleurs, je suis heureux.»

Un merci du futur MVP

Le  gérant Darren Bush a mené les Capitales... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

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Le  gérant Darren Bush a mené les Capitales à la meilleure fiche (58-34) de la ligue en 2004. 

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

En 2011 et en 2012, Darren Bush dirige les River Cats de Sacramento, la filiale AAA des A's d'Oakland. Dans son équipe, un jeune homme de 25 ans semble avoir un avenir prometteur. Choix de première ronde des Cubs de Chicago en 2007, il tarde toutefois à remplir les promesses placées en lui.

Mais sous les ordres de Bush, Josh Donaldson connaîtra une progression fulgurante. Il conserve une moyenne de ,261 en 115 matchs en 2011, puis connaît un début de saison du tonnerre en 2012. Après 51 rencontres, il a déjà frappé 13 circuits, produit 45 points et présente une moyenne de ,335. Il sera rappelé par les A's cette année-là. Après deux belles saisons à Oakland (24 et 29 circuits), il s'est toutefois retrouvé chez les Blue Jays de Toronto en 2015, où il est devenu le joueur le plus utile de la Ligue américaine.

Bush est plus qu'un figurant dans la progression du troisième-but. Donaldson lui doit beaucoup, et il a démontré sa gratitude en demandant à l'instructeur de lancer pour lui lors du concours de coups de circuit du Match des étoiles de 2014. «C'est doux-amer», admet Bush en parlant des succès de Donaldson dans une autre formation. «Je ne pourrais pas être plus heureux pour lui» ajoute-t-il ensuite. «Parce qu'on a passé beaucoup de temps ensemble. Nous lui avons dit pendant longtemps qu'il pouvait devenir ce genre de joueur. C'est vraiment une bonne personne.»

Bush suit quotidiennement la progression de son ancien protégé, comme pour la plupart de ses ex-poulains. «Je leur dis à tous : j'espère que vous jouerez de grands matchs tous les jours... sauf quand vous jouez contre nous. Je ne veux pas vous voir frapper un seul coup sûr», lance-t-il en riant.

Des pleurs de joie

Jeff Harris... (Photothèque Le Soleil) - image 5.0

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Jeff Harris

Photothèque Le Soleil

L'as lanceur Jeff Harris ne comprenait pas pourquoi il était retiré du match. Après seulement cinq manches, il était en parfait contrôle, comme à l'habitude. Mais son gérant Darren Bush sait quelque chose que Harris ignore. Quelques minutes avant la rencontre, les Mariners de Seattle ont offert à l'artilleur des Capitales un contrat des ligues mineures. On lui demande de se joindre à Tacoma, filiale AAA de l'équipe. Harris l'apprendra sur le banc des joueurs, au milieu de son dernier match avec l'équipe québécoise, le 2 juin 2004. «Il était en pleurs», se souvient Bush. «Il avait passé tant de temps dans le baseball indépendant, il ne croyait pas qu'il aurait une autre chance. Il était en état de choc.» Harris a finalement lancé 57 manches avec les Mariners en 2005 et en 2006.

Loin de la famille

Darren Bush doit vivre loin de sa famille, qui habite la maison familiale, en Floride. L'homme de 42 ans a un fils de huit ans, Wyatt, et une fillette d'un an, Maggie. «C'est très dur. La chose la plus importante dans ma vie est ma famille. Je m'ennuie de ma femme et de mes enfants à tous les jours. Mais ma femme est phénoménale. Elle fait un travail incroyable avec les enfants et s'assure que je reste impliqué même quand je ne suis pas là. Je leur parle six fois par jour.» Heureusement, le clan Bush passera deux mois en Californie cet été, histoire de se rapprocher de papa pendant les vacances.

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