L'envers de la médaille à Rio

  • À quelques mètres de l'eau, sur la plage de Flamengo, des enfants se baignent plutôt dans une piscine gonflable. (Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf)

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    À quelques mètres de l'eau, sur la plage de Flamengo, des enfants se baignent plutôt dans une piscine gonflable.

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  • Ruine de Vila Autodromo. Le chantier du parc olympique de Barra est visible à l'arrière. (Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf)

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    Ruine de Vila Autodromo. Le chantier du parc olympique de Barra est visible à l'arrière.

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  • Moins d'une dizaine de maisons sont toujours debouts à Vila Autodromo. (Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf)

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    Moins d'une dizaine de maisons sont toujours debouts à Vila Autodromo.

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  • «Olympiques de Berlin: le CIO a aidé l'Allemagne nazie», peut-on lire sur un mur en tôle de Rio. (Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf)

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    «Olympiques de Berlin: le CIO a aidé l'Allemagne nazie», peut-on lire sur un mur en tôle de Rio.

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  • «[Vila Autodromo est] déjà ré-urbanisée.» (Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf)

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    «[Vila Autodromo est] déjà ré-urbanisée.»

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  • «Quand il n'y aura plus de terrains publics à vendre, ils vont vendre les favélas. Qui va les réclamer?» (Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf)

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    «Quand il n'y aura plus de terrains publics à vendre, ils vont vendre les favélas. Qui va les réclamer?»

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  • «Nous sommes la résistance, nous voulons rester, nous sommes victimes de contrainte, de corruption, d'abus de pouvoir et de discrimination sociale.» (Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf)

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Guillaume Piedboeuf

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Le Soleil

(Rio) À 100 jours de Rio / (2e de 2) Depuis mercredi, le compte à rebours des 100 jours s'est déclenché pour les Jeux de Rio. Notre collaborateur Guillaume Piedboeuf séjourne au Brésil depuis le mois de février et il nous raconte la longue marche olympique amorcée en 2009 qui s'est transformée en course à obstacles, puis en sprint.

Debout au milieu des ruines tapissées de graffitis, à une vingtaine de mètres du chantier qui a remplacé ce qu'elle appelait encore il y a quelques mois sa maison, Maria da Penha raconte son histoire sans broncher. 

Sur les 824 familles qui vivaient dans la favéla lorsque la ville de Rio a entamé de les relocaliser pour des motifs olympiques, on n'en compte plus qu'une vingtaine, réparties dans moins d'une dizaine de maisons. Maria vit chez une amie avec son mari, Luiz, sa fille et sa mère. Le 10 mars, à l'occasion du jour de la femme, elle devait être honorée par l'État de Rio comme citoyenne émérite pour sa courageuse lutte pour faire valoir les droits des habitants de Vila Autódromo. Vers 6h, elle a plutôt été réveillée par des équipes de démolition qui, injonction en main, venaient démolir sa maison.

«J'ai dû la vider au complet rapidement. J'ai mis toutes mes affaires à la rue.» C'était la dernière fois que la femme de 50 ans voyait sa maison.

Maria da Penha pose devant les ruines de... (Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf) - image 2.0

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Maria da Penha pose devant les ruines de la favéla de Vila Autódromo.

Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf

La favéla de Vila Autódromo est née dans les années 60, à l'extrémité des terrains de l'ancienne piste de Formule 1, coincée en bordure d'une autoroute et de la lagune Jacarepagua, au nord de Barra de Tijuca. Ironiquement, ce sont principalement des évictions dans des favélas plus à l'est qui ont mené à la croissance de la population.

Maria et son mari s'y sont installés en 1993, joignant une communauté de plusieurs centaines de familles. Cette même année, Vila Autódromo faisait face à ses premières menaces d'évictions.  Le boum immobilier qui ferait de Barra de Tijuca un des quartiers à la plus rapide croissance immobilière du Brésil du XXIe siècle était déjà entamé. Mais pour faire de la région le «Miami» de Rio que les promoteurs espéraient, les favélas posaient problème. 

Désireuse de récupérer le terrain de Vila Autódromo, la Ville a intenté des démarches légales pour chasser les habitants qui, évidemment, ne possédaient pas de titres de propriété pour leurs terrains. En 1993 et en 1996, la mairie les a amenés en Cour pour «dommages à l'environnement urbain, dommages à l'environnement et dommages touristiques», relate la journaliste Juliana Barbassa, dans son livre Dancing with the Devil in the city of God

Cette première manche est allée aux habitants de la favéla, qui se sont vu accorder une permission spéciale légale de rester sur leur terrain pour une durée de 99 ans. Quelques années plus tard, elle fut désignée «espace d'intérêt social spécial.»

Figure de proue parmi ceux contre qui Vila Autódromo se battait à l'époque, il y avait Eduardo Paes, alors âgé de 23 ans et sous-maire de la région de Jacarepagua.  Accédant à la maire le 1er janvier 2009, Paes est revenu à la charge au nom des Jeux, que Rio a finalement obtenu le 2 octobre. Les protections légales des favélas sont rapidement devenues insuffisantes. Les plans initiaux pour le Parc olympique de Barra permettaient de garder intacte Vila Autódromo, mais la Ville a rapidement statué que ce ne serait pas possible. 

«La ville n'a jamais cessé de changer de raison sur la nécessité d'évincer la population», relate le chercheur Adam Talbot. Besoin de céder des terrains aux investisseurs privés du Parc olympique, raisons écologiques, construction d'une nouvelle route et d'une ligne de bus rapide... 

La population de Vila Autódromo, avec l'aide de professionnels, a proposé à la Ville un plan permettant de se plier aux normes environnementales et d'urbanisme tout en conservant une large portion de la favéla. Un accord a semblé être conclu en 2012, puis la Ville a exigé plus de concessions. 

Vila Autódromo n'est pas la seule favéla à être passée dans le tordeur. Seulement une des plus combatives. «Les autres favélas ne peuvent rien faire face à un juge. Nous avions deux titres de propriété et une loi pour nous protéger. Malgré cela, c'est très facile pour le maire de s'approprier des terres», se désole Sandra Maria da Suza, une autre mère de famille à l'avant-plan de la lutte pour sauver la communauté.  

4100 familles évincées

Selon le Comité populaire de Rio, un regroupement d'organismes sociaux, plus de 4100 familles avaient déjà été évincées à travers la ville en novembre 2015 au nom de la Coupe du monde de soccer et des JO. Plus de 2000 autres étaient menacées. La mairie propose à ces familles un logement dans des tours d'appartements à bas prix.

Rapporteur spécial en matière de logement pour l'ONU entre 2008 et 2014, l'architecte et urbaniste Raquel Rolnik est particulièrement critique envers le programme. «La base est de construire des logements massivement et ainsi créer des emplois. Les entrepreneurs cherchent à construire au plus bas coût possible et ils trouvent des terrains urbains à rabais. Cela veut dire des terrains mal situés, souvent loin des services et des communautés des gens qui y sont relogés.»

À Vila Autódromo, les familles se sont finalement fait offrir des logements dans une tour à une quinzaine de minutes de la communauté. Plusieurs ont accepté, essoufflés de se battre. Ceux qui refusaient toujours de partir, comme Maria da Penha et Sandra Maria da Suza, ont subi leur part de menaces. Du «terrorisme psychologique» estime Adam Talbot. «Les autorités ont semblé tout faire pour faire de Vila Autódromo un terrible endroit où vivre. Des débris des maisons souvent laissés sur place plusieurs jours, des coupures de courant, des arrêts de la collecte des ordures, dans l'apport en eau.»

Dans les dernières semaines, la lutte à Vila Autódromo a débouché sur un plan de la Ville pour rebâtir une petite communauté d'une vingtaine de famille sur les terrains qui ne sont pas devenus chantiers olympiques. Les habitants restants ont accepté une entente, une victoire en soi, même s'ils craignent que l'absence de services les force rapidement à partir, donnant finalement le champ libre aux magnats de l'immobilier.

«C'est très difficile. On n'a presque plus de maisons, plus de commerces,  plus d'espaces pour les enfants pour jouer, plus d'eau, plus d'électricité», admettait Sandra Maria da Suza avant la conclusion de l'entente. Sa voix se brise au milieu de la phrase, mais la femme se ressaisit aussitôt. L'heure n'était pas à pleurer, à Vila Autódromo, tant que le combat n'était pas fini. 

«Les études récentes démontrent que les mégas-évènements comme les Olympiques sont de plus en plus utilisés pour servir des intérêts immobiliers privés et prendre possession de certains terrains bien situés», explique Raquel Rolnik. 

Même son de cloche du côté du professeur de géographie de l'UQAM, Sylvain Lefebvre, spécialiste de la question olympique. «Si certaines villes hôtes en profitent pour retaper des quartiers en déclin, dans d'autres contextes, on l'a vue à Pékin, on s'en sert pour déplacer des populations que l'on n'aurait pas pu déplacer de façon aussi facile n'eut été la venue des Jeux.»

Les Jeux de l'exclusion

Le Comité organisateur estime que ces questions ne sont pas de son ressort. «La loi est là pour s'assurer que les droits humains soient respectés. Toutes les évictions ont été faites en respect avec la loi brésilienne», explique le porte-parole Mario Andrada.  Il croit même que la venue des Jeux dans une ville aide au respect des droits. «Les Olympiques amènent l'attention du monde, des journalistes. Lorsque ceux-ci rapportent ce qui se passe, que des droits humains ne sont pas respectés, cela applique de la pression sur le gouvernement afin de s'assurer que tout le monde respecte la loi.»

Sandra Maria da Suza le voit différemment. «Les Olympiques sont pour les riches. Pour la majeure partie de la population, c'est difficile d'assister, de participer, ou même d'habiter près des Jeux. Les Olympiques représentent l'exclusion sociale.» 

La mairie de Rio a décliné les demandes d'entrevues du Soleil sur le sujet.

Quand le Zika s'invite aux Jeux

À 100 jours de Rio /... (Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf) - image 4.0

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Collaboration spéciale Guillaume Piedboeuf

Comme si la crise politique et économique ne suffisait pas, le Brésil est aux prises avec la propagation du virus Zika, décrété «urgence de santé publique» par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en janvier. Le peu de connaissances sur le virus et l'absence de symptômes dans 80 % des cas compliquent la vie des autorités afin d'assurer la santé des quelque 15 000 athlètes et des centaines de milliers de touristes qui convergeront vers Rio en août. L'État prend la situation au sérieux, mais personne à Rio ne semble verser dans la panique qu'a entraînée, à l'international, la montée du Zika. 

Sur des écrans, dans le métro, on sensibilise les Cariocas au danger des sources d'eaux latentes dans lesquelles se reproduisent les moustiques responsables du Zika. «Un moustique n'est pas plus fort qu'un pays au complet», peut-on y lire.

Le sujet revient néanmoins rarement dans les conversations des résidents. «C'est une grosse fièvre durant deux jours, mais on est loin de la dengue», explique Nick, un expatrié anglais habitant Rio, qui croit avoir eu le virus. Il avait les symptômes, mais aucun test ne peut être passé, au Brésil, pour confirmer le diagnostic. 

«Nous sommes moins inquiets que nous l'étions, parce que nous avons beaucoup appris sur le virus dans les derniers mois et sur comment protéger les athlètes», affirme pour sa part Mario Andrada, le porte-parole de Rio -2016. «On sait maintenant que le Zika est beaucoup moins dangereux qu'il en avait l'air», ajoute-t-il, rappelant que les Jeux auront lieu durant l'hiver brésilien, la saison sèche, limitant le risque de propagation du virus.

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