Genèse d'une «dynastie» des temps modernes

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Duncan Keith, Patrick Kane et Jonathan Toews, les trois piliers des Blackhawks de Chicago

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(Québec) Il y a eu quelques transactions profitables, quelques judicieuses signatures sur le marché des joueurs autonomes, mais c'est avant tout grâce au repêchage que les Blackhawks de Chicago sont devenus l'équipe dominante du hockey, ces dernières années. Alors que l'équipe de la Ville des vents est aux prises avec les puissants Blues de St. Louis en première ronde des séries 2016, Le Soleil vous propose une petite radiograhie de ce qui lui a permis de remporter trois Coupes Stanley au cours des six dernières années. Une recette qui mélange insuccès, travail, clairvoyance... et un gros brin de chance.

«C'est ma cravate chanceuse. J'espère qu'elle le sera [aujourd'hui].» Jonathan Toews n'a que 18 ans, mais il noue l'objet de mains agiles. Déjà un pro. Dans quelques instants, il entendra son nom lors du repêchage de la LNH. Secrètement, il souhaite sans doute être sélectionné au premier rang, mais il n'est pas nerveux. Du moins n'en laisse-t-il rien paraître. Peu importe, dit-il en substance à la caméra qui l'a suivi dans sa chambre d'hôtel de Vancouver.

Sa chance aura finalement été d'entendre deux noms prononcés avant le sien, en ce mois de juin 2006. Les Blues nomment le défenseur américain Erik Johnson avec la première sélection. Puis les Penguins jettent leur dévolu sur l'attaquant Jordan Staal. C'est une équipe moribonde sur la glace, les Blackhawks de Chicago, qui fait de Toews un joueur de la grande ligue. «Je suis assez contente! C'était mon choix favori», lui dit en français sa mère, la Beauceronne Andrée Gilbert, alors que Toews se lève pour faire l'accolade à son entourage.

Pour les Hawks, il s'agit aussi d'une chance. «Le joueur le plus complet de cette sélection. Il est un leader naturel, un futur capitaine. Il peut tout faire», lance avec justesse l'analyste Bob McKenzie sur les ondes de TSN.

Michel Dumas, recruteur en chef des Hawks jusqu'en juin 2014, admet que Johnson était aussi premier de sa liste. Mais quand est venu le temps de monter sur scène, il n'y a eu aucune hésitation, même si des joueurs de grand talent comme Nicklas Backstrom et Phil Kessel étaient toujours disponibles.

Le succès de Toews dans les années suivantes cache une réalité crue pour l'équipe de recrutement des Hawks. Les huit autres joueurs repêchés par Chicago cette année-là ont joué un total de... un match dans la LNH (Peter Leblanc).

Pas grave. Toews a supplanté sa «compétition», particulièrement les deux joueurs sélectionnés avant lui. Johnson et Staal connaissent de belles carrières, mais ils ne jouent déjà plus dans leur équipe d'origine. Toews a d'ailleurs 173 points de plus que Staal.

Le gros lot!

Un an plus tard, la chance sourit de nouveau aux Hawks, et de façon plus évidente. Auteurs de la cinquième pire fiche de la saison 2006-2007, ils auraient logiquement dû parler cinquièmes lors du repêchage. Mais grâce à la loterie, une équipe peut alors progresser de quatre rangs. Les Hawks gagnent le gros lot, ce qui leur confère... le premier rang.

«Un moment crucial pour les Blackhawks», dit Gord Miller de TSN, quelques secondes avant que Michel Dumas, le directeur général Dale Tallon et compagnie grimpent sur l'estrade pour annoncer leur sélection.

Un Américain de 160 livres au coup de patin irrésistible s'avère le choix logique. Patrick Kane n'a pas l'aura de Sidney Crosby, repêché deux ans plus tôt, mais il est perçu comme une future vedette, après avoir dominé la Ligue junior de l'Ontario avec 145 points en 58 matchs. Lorsqu'il enfile son chandail reçu des mains de Dumas, il a déjà ce petit sourire rempli de confiance qui le caractérise toujours. «Nous n'avons eu aucune hésitation» à repêcher Kane, explique Dumas. Et ce, malgré son «petit» gabarit (5'10'').

Les Flyers, pire formation de la saison qui vient de se terminer avec 56 points, réclameront James van Riemsdyk avec le deuxième choix. Depuis, 386 points et 3 Coupes Stanley séparent les deux joueurs. Oh, et aussi un championnat des marqueurs, Kane ayant été (de loin!) le meilleur de la LNH cette saison avec ses 106 points. Un chroniqueur d'ESPN, Sean McIndoe, a récemment qualifié la mésaventure des Flyers de pire «défaite» de l'histoire de la loterie de la LNH. Et elle viendra les hanter au pire moment...

Kane et Toews amorceront leur carrière ensemble en 2007-2008. L'Américain se démarque en récoltant 72 points et le trophée Calder remis à la recrue de l'année. Les Hawks obtiennent 17 points de plus que la saison précédente, mais sont exclus des séries pour la cinquième fois de suite.

Deux ans plus tard, c'est l'apothéose. Bien entourés par quelques vétérans - Marian Hossa, Brian Campbell, John Madden -, les jeunes Blackhawks remportent la Coupe Stanley en six matchs contre les Flyers. Oui, ces mêmes Flyers qui auraient techniquement dû obtenir le premier choix de l'encan 2007. Pire encore, c'est l'objet de convoitise, Kane, qui marque le but ultime en prolongation. Les Hawks soulèvent la Coupe pour la première fois depuis 1961. Toews remporte le trophée Conn Smythe, remis au joueur le plus utile en séries.

Bien avant 2006

Kane et Toews ne sont toutefois pas les seuls hommes arrivés à maturité en 2010. Il serait d'ailleurs faux de prétendre que la reconstruction des Hawks a débuté en 2006. En fait, l'une des pièces maîtresses de l'équipe depuis 10 ans est un défenseur repêché en 2002.

Cette année-là, les Hawks profitent de leur première sélection, la 21e au total, pour mettre la main sur... Anton Babchuk! Mais c'est plutôt avec leur choix de deuxième tour (54e) qu'ils frappent un grand coup : Duncan Keith. L'état-major du Chicago devait forcément fonder plus d'espoir envers Babchuk qu'envers Keith?

«Oui et non», répond Dumas. «Le patron de l'époque préférait les Russes», dit-il en parlant du dg Mike Smith. Babchuk a joué 289 matchs dans la LNH, mais Keith en a déjà 833 derrière la cravate, et deux trophées Norris à la clé.

Tout aussi important sera le repêchage suivant, le riche encan de 2003. Les Hawks y trouvent deux autres piliers de leurs succès. D'abord avec la 14e sélection, alors qu'ils préfèrent Brent Seabrook à d'autres joueurs qui allaient connaître une fantastique carrière, dont Ryan Getzlaf, Brent Burns et Corey Perry. «Ryan Suter était notre [défenseur] préféré», admet Dumas, 13 ans plus tard. Mais le jeune Américain a déjà trouvé niche à Nashville, qui détenait le septième choix. Les deux défenseurs ont des carrières qui se ressemblent étrangement, autant pour le nombre de matchs disputés (Suter : 831; Seabrook : 844) que sur le plan des points (402; 367).

C'est en choisissant le gardien Corey Crawford avec la 52e sélection que les Hawks réussissent un vol. À quelques exceptions près - David Backes (62e), Joe Pavelski (205e) -, tous les joueurs qu'on pourra éventuellement qualifier d'étoiles ont déjà trouvé preneur lorsque Chicago met le grappin sur le Montréalais, deuxième gardien repêché après Marc-André Fleury, premier choix de l'encan.

«Je crois qu'il est encore un peu sous-estimé», constate Dumas au sujet de Crawford, premier gardien du club lors des conquêtes de 2013 et de 2015.

Les Hawks ont aussi fait une prise inespérée en 2003. Comment penser que le défenseur format géant Dustin Byfuglien pouvait être encore disponible au 245e rang? «À cause de sa condition physique», se souvient Dumas. Toutes les formations du circuit Bettman ont toutefois eu tort. Utilisé à l'avant lors des séries de 2010, le colosse de 260 livres, avait inscrit 11 buts en 22 matchs. Les Hawks l'ont toutefois échangé l'été suivant, tout comme le gardien Antti Niemi et les avants Andrew Ladd et Kris Versteeg. Une petite reconstruction qui s'est opérée sans toucher aux piliers de la maison.

Trois ans plus tard, les Hawks goûtent à nouveau au champagne de la Coupe Stanley. Kane est leur joueur le plus utile. Ils refont le coup, en 2015, cette fois avec Keith comme grande vedette...

Toews et Kane en symbiose

Si l'esprit d'équipe chez les Hawks est aussi fort que l'amitié qui unit leurs deux piliers offensifs, facile de comprendre pourquoi la formation triomphe. Jonathan Toews et Patrick Kane s'entendent comme larrons en foire. Sur YouTube, des vidéos à la gloire de cette amitié marient accolades au ralenti, sourires complices et chanson d'amour. «La symbiose des deux joueurs rallie certainement l'équipe», constate l'ancien recruteur en chef de l'organisation, Michel Dumas.

Une dynastie?

 

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Michel Dumas

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Trois championnats en six campagnes font-ils des Blackhawks une dynastie? L'un des principaux artisans de ces succès, l'ancien recruteur Michel Dumas, estime qu'il s'agit «vraiment d'un très grand mot». Mais il est peut-être trop modeste. Après tout, les Hawks sont la première formation dans les quatre sports majeurs nord-américains à remporter trois championnats depuis l'instauration des plafonds salariaux. Au hockey, la dernière équipe à réussir un «trois en six», les Red Wings de Detroit (1997, 1998, 2002), pouvaient alors dépenser comme bon lui semble (ou presque). Et les dernières grandes dynasties reconnues, celles des Oilers (cinq en sept), des Islanders (quatre de suite) et du Canadien (quatre de suite), ont brillé alors qu'il n'y avait qu'une vingtaine d'équipes dans la LNH. Et non 30. Bref, à vous de juger...

Les dernières campagnes en chiffres

  • 2002-2003: 79 points (exclus des séries)
  • 2003-2004: 59 points (exclus des séries)
  • 2005-2006: 65 points (exclus des séries)
  • 2006-2007: 71 points (exclus des séries)
  • 2007-2008: 88 points (exclus des séries)
  • 2008-2009: 104 points (éliminés en finale de conférence)
  • 2009-2010: 112 points (champions de la Coupe Stanley)
  • 2010-2011: 97 points (éliminés en première ronde)
  • 2011-2012: 101 points (éliminés en première ronde)
  • 2012-2013: 77 points* (champions de la Coupe Stanley)
  • 2013-2014: 107 points (éliminés en finale de conférence)
  • 2014-2015: 102 points (champions de la Coupe Stanley)
  • 2015-2016: 103 points (On le saura dans les prochaines semaines!)
* saison écourtée à 48 matchs

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