La renommée de «Buddy»

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Après deux saisons mémorables avec les Remparts, Réal Cloutier a maintenu sa production offensive avec les Nordiques tant dans l'AMH que dans la LNH.

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(Québec) Plus de 40 ans après son stage chez les Remparts de Québec, Réal «Buddy» Cloutier fait son entrée au Temple de la renommée de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), mercredi, en compagnie de son ami et ancien coéquipier Mario Marois. Il était temps, diront certains, à propos de l'intronisation de l'ancien buteur de Saint-Émile!

Réal Cloutier est si connu à Saint-Émile qu'un... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 1.0

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Réal Cloutier est si connu à Saint-Émile qu'un parc y porte son nom.

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«Peut-être que mon ami Gilles [Courteau, le commissaire] était encore choqué que je quitte les Remparts à 17 ans», lance à la blague Réal Cloutier, qui avait été promu dans le hockey professionnel à 18 ans. C'était au début des années 70. Doté d'une grande vitesse d'exécution, il s'est toujours démarqué par son jeu offensif, autant dans le junior que dans l'Association mondiale (AMH) et la Ligue nationale (LNH).

À ce jour, ses 216 points amassés en 1973-1974 à sa deuxième - et dernière - saison avec les Remparts constituent un record pour les deux générations des Diables rouges. Et il n'avait que 17 ans!

«Ç'a été deux belles années, ce qu'il y a de malheureux, ce fut de partir aussi tôt. Imaginez, les Remparts ont perdu Guy Chouinard et moi en même temps, deux bons jeunes, ça faisait un méchant trou à combler. Il serait arrivé quoi si on avait joué junior à 18 et 19 ans? On n'aurait quand même pas amassé 400 points...»

Avec le boxeur Kevin Bizier, Réal Cloutier reste le sportif le plus connu de Saint-Émile. Un parc y porte son nom au bout de la rue de l'Accueil.

«J'ai toujours été bien appuyé à Saint-Émile, ils fermaient les usines de chaussures pour permettre aux gens de venir me voir au Tournoi pee-wee, c'était l'enfer», raconte celui qui a joué quatre ans de suite (de 9 à 12 ans) pour l'équipe d'Orsainville parce qu'il n'y en avait pas dans sa ville.

Même chose au niveau bantam, où il se retrouve à Sainte-Foy grâce à Robert Chevalier. À sa première année midget, à 15 ans, il passera la moitié de la saison avec le Couillard, dans le junior B. Il s'en est fallu de peu pour que sa carrière s'arrête là.

«À 15 ans, j'ai failli perdre un oeil. J'avais reçu un coup de patin d'un dénommé Laroche, qui jouait pour Saint-Romuald. Je lui avais donné une petite poussée dans le dos, il est tombé par en avant et le patin m'a monté jusqu'à l'oeil. J'ai été opéré et j'ai joué longtemps avec un masque.»

Les grognements de Nantais

À 16 ans, il se retrouve sous la férule d'Orval Tessier avec les Remparts et touchera la cible 39 fois en 57 matchs, s'arrêtant à un point du plateau de la centaine à la droite de Jacques Locas fils, son centre pendant deux ans.

«Ma première année avait été extraordinaire avec notre capitaine, André Savard, et Guy [Chouinard], qui avait aussi 16 ans. Jacques Locas est malheureusement décédé [en août 2006], mais il était tout un joueur; pas grand, puissant. On avait gagné le championnat de la Ligue et perdu en finale de la Coupe Memorial contre Toronto et les fils de Gordie Howe», se souvient-il. Savard, Locas, Chouinard et Tessier sont tous déjà au Temple de la LHJMQ.

L'année suivante, Cloutier compte 93 buts... mais quatre rivaux feront mieux que lui. Il bénéficie de la protection à sa gauche de Richard Nantais, un dur capable de produire offensivement, comme en témoignent ses 194 points...

«Richard était le meilleur protecteur de la Ligue et il était un très bon joueur. Quand quelqu'un s'approchait de nous, on l'entendait grogner... Il a été un atout très important dans les succès des Remparts, c'était un joueur d'équipe, un bon leader. Il faisait ce qu'il disait.»

Même chose pour Cloutier. En finale de la Ligue, il avait osé prédire une victoire en six contre les Éperviers de Sorel, les grands favoris menés par Pierre Larouche.

«Rodrigue Lemoyne m'attendait à l'aréna pour le premier match, il m'avait dit : "Cloutier, on va t'arracher la tête à soir!" Imagine, ça part bien. Et paf! Je me fais blesser devant leur banc, j'étais couché sur la glace, il crachait sur moi. Mais on a gagné la première, là-bas, et après, essayez donc de venir nous battre dans notre Colisée! On a gagné en six, mais on a perdu encore à la Coupe Memorial contre les Pats de Regina, qui alignaient Greg Joly et Clark Gillis.»

Deux fois champion marqueur de l'AMH

À 18 ans, «Buddy» Cloutier fait le saut avec les Nordiques, dans l'AMH, et le voilà joueur professionnel. Ses 566 points en 5 saisons en font le quatrième marqueur de l'histoire du circuit maudit, derrière André Lacroix, Marc Tardif et Bobby Hull. Il a longtemps formé l'un des meilleurs trios de l'AMH avec Marc Tardif et Christian Bordeleau et remporté le championnat des marqueurs de cette ligue à deux reprises, dominant aussi la colonne des pointeurs des Nordiques à leur première saison dans la LNH, en 1979-1980.

«Dans mon livre, Marc est l'un des plus grands joueurs : bon lancer, bon coup de patin, fabricant de jeux, respecté. Moi, j'avais de l'anticipation, j'étais souvent au bon endroit. J'ai compté beaucoup de buts sans avoir eu un gros lancer, mais quand la rondelle arrivait, elle partait...», rappelle celui dont le plus beau souvenir reste la conquête de la Coupe Avco (AMH) en 1979 contre Winnipeg.

«Je pense aussi qu'on aurait pu gagner la Coupe Stanley, on avait l'équipe pour. Mon plus grand regret, c'est que tout ce qu'on a fait dans l'AMH n'a pas été reconnu. Je ne suis pas sûr que je ferais encore la même chose, aujourd'hui, parce qu'on dirait que ce fut des années perdues.»

Cloutier avec les Remparts... (Archives Le Soleil) - image 2.0

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Cloutier avec les Remparts

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Une fin de carrière qu'il aimerait réécrire

Si Réal Cloutier pouvait réécrire l'histoire de sa carrière, il en changerait la fin. Mais 30 ans après avoir disputé son dernier match dans la LNH, il avale encore sa pilule sans chercher à régler ses comptes.

«On ne peut rien changer à ce qui est arrivé, quand bien même qu'on braillerait, ça s'est passé comme ça, dossier réglé, point final. Je ne commencerai pas à me chicaner dans le journal, tu n'aurais pas assez de deux pages», dit avec humour et sagesse l'ancien numéro 9, qui a déjà appris à ses dépens que toute vérité n'est pas bonne à dire et que nul n'est prophète en son pays.

Pourtant, il a toujours été un joueur productif à Québec. Que ce soit avec les Remparts (315 points en 226 matchs à 16 et 17 ans), les Nordiques de l'AMH (566 points en 369 matchs) et ceux de la LNH (284 points en 236 matchs).

Il a déjà raconté que sa relation avec l'entraîneur-chef Michel Bergeron n'était pas au beau fixe à l'époque. Les Nordiques l'échangeront à Buffalo à l'été 1983 avec leur choix de première ronde (11e, qui deviendra l'ailier Adam Creighton) en retour d'André Savard, de Tony McKegney, de Jean-François Sauvé et du choix de troisième ronde des Sabres.

«Ça m'avait déçu de partir de Québec, j'étais un gars de la place, j'avais mis toute mon énergie pour jouer chez moi, pour bien faire. J'avais toujours produit, mais du jour au lendemain, je devais partir. Je n'ai jamais connu le fond de l'histoire, peut-être que je ne le saurai jamais non plus. Mais il n'aurait pas fallu que j'aille à Buffalo. Scotty Bowman ne me faisait pas jouer. Je ne pense pas que j'étais un joueur fini. Dans le fond, c'était le premier choix qui l'intéressait, pas moi.»

La saison suivante (1984-1985) fut sa dernière, les Sabres l'ayant cédé à Flint dans la Ligue internationale quelques jours avant Noël, les Sabres rachetant ensuite la dernière année de son contrat.

À 29 ans, il a tenté d'obtenir un poste au camp des Nordiques, sans succès, au lieu d'accepter des offres de contrat à Lugano (Suisse) et à Los Angeles. «Je souhaitais jouer encore avec [Dale] Hunter et [Michel] Goulet. J'aurais peut-être dû y aller, finalement...»

Il prend sa retraite, et son seul lien avec le hockey, par la suite, sera sa participation aux tournées des légendes à travers le pays, des sorties avec les anciens Nordiques et des apparitions à quelques activités des Remparts. De bons placements lui ont permis de ne pas avoir eu à développer une seconde carrière.

«Quand j'ai décidé d'arrêter, ç'a été fini. J'avais encore de bonnes années devant moi, mais ce n'est pas moi qui décidais, je comprends ça. Quand t'es valet, t'es pas roi.» 

L'origine d'un surnom

À quelques mois de son 60e anniversaire (le 30 juillet), on l'appelle encore «Buddy», comme dans le temps où il jouait pee-wee, avec les Remparts ou les Nordiques. Mais d'où vient donc ce surnom, devenu une référence lorsque l'on parle de Réal Cloutier?

«Quand j'étais jeune, mon père allait tirer de la carabine avec un monsieur du Village huron [Wendake] au "pit à Lulu", à la carrière de sable de Paul-Émile Beaulieu. Je devais avoir quatre ou cinq ans, il me trouvait malcommode et m'avait appelé "Buddy". Ça m'est resté, on m'a toujours surnommé comme ça après. Ça ne m'a jamais dérangé, c'est juste drôle parce qu'il y a des gens qui ne me connaissent pas en tant que Réal. Même quand je comptais, on annonçait Réal "Buddy" Cloutier...» 

Des chiffres commentés

 

Réal «Buddy» Cloutier à l'époque de son passage... (Archives Le Soleil) - image 5.0

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Réal «Buddy» Cloutier à l'époque de son passage chez les Remparts de Québec, de l'automne 1972 au printemps 1974. 

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participations au Tournoi pee-wee. «Je jouais à la défense, je ne débarquais jamais. À ma dernière année, j'ai marqué 15 ou 16 buts en 4 matchs. On m'utilisait en arrière parce que c'était difficile de me surveiller, je faisais ce que je voulais avec la rondelle.»

42 buts à sa première saison dans la LNH, dont un tour du chapeau à son premier match en 1979. «J'étais considéré une recrue, mais en étais-je vraiment une? J'avais 23 ans et je venais de jouer cinq ans chez les pros.»

97 points sa troisième saison dans la LNH. «J'avais raté 13 matchs à cause d'une blessure, comme à ma première année [89 points]. Dans mon livre, ce sont des saisons de 100 points si je ne suis pas blessé. En tout cas, avec 97 points, je gagnerais 10 millions $ aujourd'hui...»

216 points à sa deuxième et dernière saison dans la LHJMQ à 17 ans, bon pour... le troisième rang des marqueurs de la Ligue. «Ça prend une bonne équipe, quelques joueurs robustes pour faire de la place et beaucoup d'avantages numériques. Sauf qu'on n'arrêtait pas, on y allait toujours pour marquer. À 216 points, il ne fallait pas relâcher souvent.»

910 points au total dans l'AMH et la LNH. «Si j'avais joué cinq ou six ans de plus, j'aurais sûrement fini ma carrière avec plus de 1500 points, j'en suis convaincu.»

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