La recette du chef Ramsay

Marc Ramsay avait été fort surpris, il y... (La Presse, André Pichette)

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Marc Ramsay avait été fort surpris, il y a huit ans, quand le clan Bizier lui avait demandé d'entraîner Kevin.

La Presse, André Pichette

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Laval) Kevin Bizier se battra en combat de championnat du monde, dans deux semaines. Un rêve devenu réalité, pinacle d'une carrière. Et tant qu'à faire un aussi long voyage, «on s'en va l'essayer et on va l'essayer pour vrai!» garantit l'entraîneur Marc Ramsay. Rencontrez l'homme de confiance, le sherpa du boxeur de Québec jusqu'au sommet.

«Il y a une recette pour tout le monde», insiste le chef Marc Ramsay, à propos du statut de fort négligé que Kevin Bizier endossera contre Kell Brook, le 26 mars, en Angleterre. Dix contre un, selon les parieurs.

«On est conscient que ce n'est pas un combat facile. Kell Brook est un athlète de très, très haut niveau. On parle du meilleur boxeur de 147 livres au monde», établit le coach qui, depuis la retraite de Floyd Mayweather, juge le champion de l'IBF supérieur aux Pacquiao, Thurman, Bradley, Garcia, Khan.

«Il s'agit de prendre le meilleur de Kevin, ses forces et ses faiblesses, faire la même chose avec Brook et trouver le mariage parfait. On pense avoir la bonne recette et on fonce avec ça!» explique celui qui bourlingue dans la boxe depuis près de 25 ans. Il a coaché Jean Pascal dans huit combats de championnat du monde, dont quatre victorieux.

Le Soleil l'a rencontré un lundi matin de février, au gymnase Sherbatov MMA, à Laval. Il prodigue aussi ses conseils de l'autre côté de la rivière des Prairies, au gym du Groupe Yvon Michel, à Montréal.

Sept athlètes professionnels évoluent sous sa gouverne et celle de ses deux adjoints : les boxeurs Bizier, David Lemieux, Artur Beterbiev, Oscar Rivas, Eleider Alvarez et Vislan Dalkhaev, en plus du combattant en arts martiaux mixtes Yoni Sherbatov. Lors de l'entrevue, quatre étaient en camp d'entraînement.

Ennemi des Bizier

Pour ce père de famille de 43 ans, une journée n'a pas toujours assez de 1440 minutes. L'éleveur de pur-sang aimerait d'ailleurs réduire son écurie à quatre ou cinq chevaux. «Plus on en ajoute, plus le travail devient dilué», reconnaît-il. «Mais je fais ça pour nourrir ma famille. Et il y a des demandes que tu ne peux pas refuser.»

Comme la demande de Bizier. Orphelin à 16 ans, Ramsay a trouvé auprès du clan de Saint-Émile un esprit de famille tricoté serré. Un père karatéka et quatre enfants boxeurs. Jusqu'au petit dernier, maintenant âgé de 31 ans et premier de l'histoire de la région de Québec à se battre en combat de championnat du monde.

Ces Bizier que Ramsay avait pourtant toujours vus... comme des ennemis. «C'est la demande la plus surprenante que j'ai eue en boxe professionnelle», révèle-t-il, huit ans après le début de son association avec Kevin.

Durant ses années de boxe amateur, Ramsay apercevait le père Bizier dans l'autre coin plus souvent qu'à son tour. Yann Bizier a affronté son protégé Antonin Décarie au moins six fois. Yannick, Sandra et Kevin faisaient aussi la pluie et le beau temps dans leur catégorie.

«Rémi et moi, ç'a toujours été assez intense. On était deux compétitifs. Alors quand il m'a appelé quelques années après pour savoir si je souhaitais travailler avec eux, j'étais le gars le plus surpris du monde. Mais je n'ai pas hésité longtemps. Je voyais le potentiel en Kevin.»

Potentiel développé au fil de 27 combats et de 131 rounds dans les rangs professionnels. Avec 25 victoires, dont la plus importante en novembre dernier pour devenir aspirant obligatoire à la ceinture de Brook.

Une légende comme mentor

Un formidable défi pour le boxeur et son entraîneur. Mais Ramsay en a vu d'autres depuis ses premiers coups de poing sous l'égide du légendaire Abe Pervin, au Centre Claude-Robillard de Montréal, au début des années 90. «La première fois que je me suis présenté, c'était comme boxeur. Mais c'était un peu de manipulation. Déjà dans ma tête, je ne voulais plus boxer, je voulais déjà être entraîneur», admet celui qui livrera en tout et pour tout 16 combats, tous chez les amateurs.

«Je me disais que si je pouvais approcher le doyen de la boxe au Québec, c'est un monsieur qui a beaucoup d'information à partager et ce sera la meilleure école pour moi», poursuit-il, disant s'entretenir encore au moins une fois par mois avec le monument de 96 ans.

Ramsay a commencé auprès des tout-petits. Puis grimpé les échelons : gants d'argent, gants dorés, qualifications, équipe du Québec, gérant de l'équipe du Québec, adjoint dans l'équipe nationale, entraîneur-chef du programme canadien jusqu'aux Jeux de 2004 avec Jean Pascal, avant de lancer sa carrière dans les rangs professionnels avec Pascal et Décarie.

Il a eu un avant-goût des pros dans le coin de Joachim Alcine, comme assistant de Mike Moffa. Se rappelle s'être rendu avec le Péruvien de Montréal Leonardo Rojas au casino de Tacoma, dans le bout de Seattle, arracher une nulle surprise à «la petite vedette là-bas», Martin O'Malley, en 2003.

Dans deux semaines, il en sera à son 14e combat de championnat du monde comme entraîneur-chef. «C'était le rêve derrière tout ça, on bâtissait sans savoir si ç'allait arriver. On visait tous des carrières là-dedans, autant les boxeurs que moi, mais il n'y avait rien de moins sûr.

«Quand j'étais jeune, dans ma tête, rien d'autre n'existait que la boxe. Je n'avais pas de doute où j'allais atterrir. Mais à ma 12e année chez les pros, c'est bon de prendre du recul et de réaliser que je me retrouve dans la position dont je rêvais.»

«Ma mère est morte de chagrin»

Dans chaque gymnase de boxe, vous trouverez quelqu'un à qui le noble art a sauvé la vie. Mais dans le cas de Marc Ramsay, c'est vrai. 

Né à Rouyn-Noranda en avril 1972, il a perdu son père à l'âge de cinq ans. Cancer. Petit dernier de cinq enfants, ses quatre soeurs sont au moins déjà adolescentes, la plus jeune ayant alors 13 ans. La famille déménage l'année suivante à Trois-Rivières, où Marc passera toute sa jeunesse et prendra goût au sport, le hockey d'abord.

Mais le changement d'air ne parvient pas à alléger les pensées de sa mère. Toujours aussi affligée par le décès de son mari, elle sombre dans l'alcoolisme. Une cirrhose la tuera au bout de 11 années sombres. «Ma mère est morte de chagrin, c'est ça la vérité. C'est triste», confie Ramsay, dans un rare moment de vulnérabilité.

Seize ans et orphelin. «À partir de là, j'ai été pas mal plus élevé avec ma gang de chums qu'avec ma famille», avoue celui qui a entre autres été guitariste et chanteur-crieur dans un groupe de rock hardcore.

Il a découvert la boxe au tournant d'un camp d'entraînement de hockey midget et n'est plus retourné à l'aréna. Son amour de la technique et ses attributs physiques limités lui ont vite fait comprendre que sa place était dans le coin, comme entraîneur.

Malgré «un mode de vie autodestructeur» à coups de dérapes de six mois et de road trips l'ayant mené jusqu'à Vancouver, «mon point d'ancrage est toujours resté la boxe». «Quand j'ai décidé de vieillir et de me ressaisir, je suis revenu au point de départ. Je me suis posé la question : qu'est-ce que j'aime dans la vie? La réponse était très simple, la boxe. C'est pour ça que je suis revenu au Québec.»

Depuis installé dans la région de Montréal, Ramsay vit aujourd'hui au coeur d'une joyeuse famille moderne. Un fils adoptif dans la vingtaine auprès de qui il continue d'offrir un modèle masculin malgré la séparation d'avec la mère il y a une dizaine d'années; la première fille de son amoureuse, qui habite avec eux; et leur fille de deux ans et demi.

«Ma famille, c'est rendu toute ma vie», fait-il valoir. «Pendant des années, je me levais à 3h du matin pour étudier des vidéos de boxe et je peux encore le faire, je suis surprenant. Mais les priorités changent. Et je commence à calculer : quand ma fille va avoir 30 ans, je vais en avoir 70! Je veux profiter au maximum des années que j'ai avec elle.»

Les choix de Marc Ramsay

Le meilleur: Sugar Ray Leonard

Ses préférés: Felix Trinidad, Johnny Tapia et Marvin Hagler

Combats qu'il voudrait voir: Artur Beterbiev contre Sergey Kovalev, Guillermo Rigondeaux contre Vasyl Lomachenko

À propos de Jean Pascal: «Même si Jean est un être exigeant à côtoyer à tous les jours, ça reste une expérience qui a été super enrichissante. On se doit beaucoup», assure celui qui a entraîné Pascal durant 15 ans. Les deux hommes se sont séparés en septembre, avant la deuxième défaite contre Sergey Kovalev. Que Ramsay refuse de commenter. «On s'est appelés au jour de l'An pour se souhaiter les meilleurs voeux, mais c'est tout», dit-il au sujet de leur relation actuelle.

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