Karen Paquin: tout quitter pour gagner

Karen Paquin vit du rugby, à 7 et... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Karen Paquin vit du rugby, à 7 et à 15, depuis trois ans, à l'autre bout du pays, sur l'île de Vancouver.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Karen Paquin en avait fini avec le rugby. Terminée, la grosse compétition. Elle était lancée dans la vie adulte, avec un vrai job d'ingénieure et tout. «J'ai tout sacré là et je suis partie!» se souvient-elle. La voilà aujourd'hui en préparation pour les Jeux olympiques.

Ça fait à peine trois ans. «J'ai joué mon premier tournoi des Séries mondiales en décembre 2012. En janvier 2013, j'avais traversé le Canada avec mon petit pickup et j'avais apporté toutes mes affaires», raconte Karen Paquin.

Elle pensait avoir mis fin à sa carrière d'élite l'année précédente. À sa dernière saison dans les rangs universitaires, en 2011, elle a mené le Rouge et Or à la médaille de bronze du championnat canadien. À ce jour le meilleur résultat depuis la création du club de rugby à 15 de l'Université Laval, en 2005. Cet automne-là, Paquin avait été nommée joueuse universitaire par excellence au Québec, étoile au Canada et étoile au championnat canadien.

«Après ça, je pensais que ma carrière de rugby était finie», a raconté l'athlète lors d'une entrevue réalisée avant les Fêtes, à son dernier passage à Québec avant les Jeux olympiques de l'été prochain.

«Je pensais juste continuer à jouer dans le CRQ [Club de rugby de Québec] l'été avec mes amies et avec l'équipe provinciale pour m'amuser, mais pas plus. Je m'étais trouvé un emploi d'ingénieure-chimiste à l'usine de plastique de Cascades, à Kingsey Falls. J'étais rendue là!» assure-t-elle, comme si une partie d'elle-même n'y croyait pas encore.

L'entraîneur-chef de la formation nationale à sept l'a toutefois repérée au championnat canadien senior civil à 15 tenu au PEPS, fin juin 2012. John Tait l'a ensuite invitée à un camp d'entraînement. «Ç'a fait boule de neige. Quand je suis partie, il n'y avait pas de promesse, aucune assurance de jouer dans l'équipe de la Coupe du monde, rien pantoute. Mais quand tu te fais offrir ça, tu te dis que si tu refuses, tu vas le regretter toute ta vie.»

Paquin vit donc du rugby, à 7 et à 15, depuis trois ans. À l'autre bout du pays. En Colombie-Britannique, sur l'île de Vancouver, à Langford, camp de base de l'équipe canadienne. 

«C'est l'équivalent du Charlesbourg de Victoria», illustre l'athlète de 28 ans, qui vient de Charlesbourg, plus précisément du quartier Orsainville. Bon, admet-elle, Charlesbourg est plus qu'à 10 minutes des montagnes, les vrais, et de la mer, pas le fleuve.

La première année a été difficile au plan financier. À quatre colocataires dans un demi-sous-sol, elle a presque cru s'être trompée. «J'ai réalisé qu'avant, j'avais un bon salaire!» s'esclaffe celle qui a mieux respiré au moment d'empocher la prime remise aux joueuses sélectionnées pour les tournois et l'allocation olympique pour le sept, qui fait son entrée sous les anneaux à Rio.

Habituée de souffrir

Après deux des cinq manches de sa quatrième saison, Paquin s'avère la seule Canadienne à avoir pris part à chacun des 17 tournois des Séries mondiales à sept. «On a vu des filles arriver, on a vu des filles partir. Quand il y en a une qui arrive, c'est parce qu'il y en a une qui part», indique celle qui partage l'entraînement avec 23 autres joueuses de sept. Tait en choisit 12 du lot à chaque tournoi.

Elle se croise les doigts pour continuer d'éviter les blessures importantes. Habituée de souffrir aux côtes, épaules, genoux ou mains cassées, mais jamais rien de dramatique, assure-t-elle. A déjà joué sur un orteil fracturé, «mais en rugby, c'est un peu standard».

Elle adore ce sport, une longue parenthèse dans sa vie qui ne s'est toujours pas refermée. Et pas avant au moins une autre année et demie avec la tenue de la Coupe du monde à 15 en août 2017, en Irlande.

Elle aura alors presque 30 ans. Plus de 15 ans de rugby dans le corps. Depuis que son entraîneur de volleyball à l'école secondaire des Sentiers lui a suggéré d'essayer le rugby. Deux sports menés de front jusqu'au cégep. Elle qui a aussi pratiqué natation, ski, snowboard, karaté et même soccer, «un lamentable échec» dans ce dernier cas, confie-t-elle. Sa deuxième passion sportive est le canot à glace.

L'humble ailière de 5'8" et de 155 livres refuse de s'en vanter, mais elle est vice-championne du monde à 15 (2014), vice-championne des Séries mondiales à sept (2015), saison où elle a été nommée dans l'équipe de rêve, et championne panaméricaine à sept (2015).

La petite fille qui voulait aller aux Jeux olympiques d'hiver en ski de bosses à cause de Jean-Luc Brassard se retrouve 20 ans plus tard à la veille de participer à ceux d'été. «À Rio, l'objectif, c'est de gagner», déclare-t-elle sans détour. «Mais pas juste de gagner. L'objectif est de devenir la meilleure équipe au monde. On est capable de gagner contre n'importe quelle équipe sur une bonne journée, ça on le sait. La grosse différence, il nous reste à aller chercher la victoire même une mauvaise journée.»

Les JO à sept en 2016, la Coupe du monde à 15 en 2017 et à quand la retraite? «Si j'arrête d'aimer ça, je vais arrêter de jouer. Et si mon corps me dit que c'est le temps d'arrêter, je vais peut-être m'obstiner un peu, mais je vais finir par écouter.»

Après deux des cinq manches de sa quatrième... (Fournie par Rugby Canada, Ian Mui) - image 2.0

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Après deux des cinq manches de sa quatrième saison, Karen Paquin est la seule Canadienne à avoir pris part à chacun des 17 tournois des Séries mondiales à sept. 

Fournie par Rugby Canada, Ian Mui

Papa et fan numéro un

Le plus grand partisan de Karen Paquin est son père. Mais la joueuse de rugby a craint de perdre le président de son fan-club il y a huit ans. Entré à l'hôpital pour une appendicite, René Paquin a reçu un diagnostic de chondrosarcome à la hanche droite. Le cancer. Une tumeur maligne du cartilage tellement virulente qu'on lui a amputé la jambe.

«Ça été un super gros choc. Mon père, c'est un battant», confie l'athlète de 28 ans, se rappelant que durant ses mois de convalescence, tout l'hiver 2008, il suivait les courses de canot de sa fille de sa chambre d'hôpital par le truchement du Web.

Le paternel est connu dans le milieu du sport à Québec pour avoir été le chauffeur d'autocar des Capitales. Vous pouvez encore l'apercevoir de temps à autre au Stade municipal, soutenu par ses béquilles. La veille de son amputation, il avait savouré une dernière journée de ski aux côtés de ses enfants, Karen et Steven, ainsi que de ses amis du club de baseball professionnel de la capitale.

La famille a toujours été sportive. Maman pratiquait la natation et papa le saut à ski. «J'ai beaucoup de souvenirs de ski. Mon père qui descend sur une jambe dans le temps qu'il en avait deux parce qu'il venait de s'en casser une sur le premier tremplin en haut!» se rappelle Karen, rigolant de l'ironie de la vie.

«Tous ceux qui l'ont vécu le savent : le cancer, ça reste toujours présent. Pour l'instant, ça va bien et on espère que ça continue comme ça», confie-t-elle en se croisant les doigts. 

Une première depuis 1924

Le tournoi olympique de rugby à sept se déroulera au stade de Deodoro, une enceinte de 20 000 places située dans l'ouest de Rio de Janeiro. Les femmes s'exécuteront les premières, du 6 au 8 août. Premières en 92 ans à concourir pour une médaille olympique en rugby, depuis l'invasion du terrain par les partisans français après la défaite des leurs en finale à 15 des JO de 1924 à Paris. Un tournoi de démonstration avait été disputé aux JO de Berlin en 1936.

***

«Les Québécois et les Canadiens aiment le rugby, ils ne le savent juste pas encore. C'est rapide, violent, agressif, ça tape dur, c'est spectaculaire, il y a des attrapés dans les airs, ça court le plus vite possible et ça se rentre dedans. Et il n'y a pas d'arrêts de jeu!»

- Karen Paquin

***

Cinq Québécoises

L'équipe canadienne féminine de rugby à sept compte cinq Québécoises, dont deux de Québec : Karen Paquin (Charlesbourg), Magali Harvey (Sainte-Foy), Natasha Watcham-Roy (Gatineau), Bianca Farella (Montréal) et Elissa Alarie (Trois-Rivières). Le Québec est la deuxième puissance provinciale en rugby féminin après l'Ontario, qui revendique 10 joueuses sur 24. Six de ses 24 joueuses étaient aussi membres de l'équipe nationale à 15 qui s'est inclinée en finale de la Coupe du monde de 2014 à Paris. Parmi elles, les deux de Québec, Karen Paquin et Magali Harvey.

***

«Le leadership de Karen s'exprime par l'exemple. Elle s'entraîne à fond chaque jour et son intensité en match est reconnue par tout le monde, autant au sein de notre équipe que chez nos adversaires»

- John Tait, pilote de la sélection olympique canadienne féminine de rugby à sept

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