Jacques Paiement fils, entraîneur par accident

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Golfeur d'exception et étudiant en droit, l'entraîneur-chef du Rouge et Or Jacques Paiement fils avait prévu gagner sa vie en parcourant les cours de justice, pas les courts de basket.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Jacques Paiement fils a été élevé dans le basketball par un père entraîneur. Personne donc ne se surprend qu'il ait suivi la branche familiale. Personne, sauf le principal intéressé. Golfeur d'exception et étudiant en droit, l'entraîneur-chef du Rouge et Or avait prévu gagner sa vie en parcourant les cours de justice, pas les courts de basket.

En 1998, de retour au Québec après quatre ans à jouer au golf à l'Université Nebraska, Jacques Paiement fils se laisse convaincre par son coloc, David Levasseur. À sa demande, il lui prêtera main-forte une saison comme entraîneur adjoint de l'équipe juvénile de basketball du Collège Jean-de-Brébeuf à Montréal.

«J'ai décidé de m'impliquer avec lui davantage parce que c'était un bon ami que parce ça me tentait de coacher. Je n'avais pas d'aspirations là-dedans. Moi, je pensais continuer à jouer au golf, faire mon bac, aller au Barreau et rentrer dans la vraie vie.»

Maintenant qu'il en est à sa huitième saison à la barre de l'équipe masculine de basketball de l'Université Laval, force est d'admettre que la vraie vie avait d'autres ambitions pour le petit gars d'Amos. Après tout, lorsqu'on lui demande de narrer ses plus vieux souvenirs d'enfance, tout semble revenir au ballon-panier. 

«Mon père était professeur d'éducation physique et entraîneur de basketball. J'ai commencé à le suivre un peu partout dans les gymnases presque à partir du moment où j'ai su marcher. Du plus loin que je me rappelle, à quatre ou cinq ans, je traînais en arrière de lui dans le gym.»

Mais le fils ne rêve pas de patrouiller devant le banc. C'est plutôt le parquet qui l'attire. Ce qu'il fera tout son secondaire. Devenu meneur de jeu pour la formation dirigée par son père, il mène l'offensive des puissants Kodiac juvénile AAA de la polyvalente Laforest durant trois ans. À l'époque, la formation abitibienne sème la terreur dans la province, et le duo père-fils s'offre un championnat provincial. 

Sauf qu'à 5'6", Jacques Paiement fils sait qu'il n'a plus beaucoup d'années de basketball de haut niveau devant lui. Au golf, par contre, son élan fait des vagues jusqu'aux États-Unis. Initié au sport dès son enfance, l'Abitibien est un des meilleurs jeunes joueurs au Canada.

Golfeur au Nebraska

Sachant qu'il ira tôt ou tard parfaire son art chez nos voisins du sud, Paiement fait sa valise et part pour un prep school ontarien améliorer son anglais. Il y trouve le meilleur des deux mondes, puisqu'il peut continuer à jouer au basket encore quelques années.

Deux ans plus tard, les Cornhuskers lui offrent une bourse d'études complète pour se joindre à l'équipe de golfeurs de l'université. Durant ses quatre ans au Nebraska, il peut admirer des coulisses les énormes machines derrière le sport universitaire américain. 

«J'avais la chance d'être dans une université où il y avait de gros programmes de football, de gros programmes de basket, beaucoup d'argent investi. Les mentalités entourant le sport sont différentes, les moyens aussi.»

Si la structure de ces programmes est difficilement transposable au Rouge et Or, Paiement croit néanmoins que ces années l'ont indirectement préparé au poste qu'il était destiné à occuper des années plus tard. 

«À l'époque, on ne pouvait pas suivre le basket sur Internet, et au Québec, j'étais capable de regarder seulement deux matchs à la télévision par semaine, à CBS. Aux États-Unis, je pouvais non seulement en regarder beaucoup à la télévision, mais j'étais à une école où il y avait du gros basketball. Je pouvais aller voir les matchs et suivre des entraînements. Donc, sans être impliqué directement, j'ai cheminé beaucoup en termes de connaissances en basket. J'ai vu différents styles d'équipes, de systèmes, d'entraîneurs.»

«J'ai fini en 1997. J'avais un bac en sciences politiques et il n'y avait pas grand-chose à faire avec ça à part continuer d'aller à l'école», lance-t-il pour justifier son inscription en droit à l'Université de Montréal. C'est à ce moment qu'il accepte l'invitation de son ami et coloc David Levasseur.

Tout en continuant à jouer au golf sur le circuit québécois et canadien, Jacques Paiement fils épaule Levasseur à la tête de l'équipe juvénile AAA de Brébeuf, à Montréal. «Après deux ans comme adjoint, à ma troisième année de baccalauréat en droit, David s'est fait offrir un poste au Séminaire Saint-François et notre équipe s'est ramassée sans entraîneur. Ça me tentait plus ou moins parce que je n'avais jamais envisagé une carrière là-dedans, mais l'équipe avait le bec à l'eau et je me sentais mal de les laisser tomber.»

Quelques mois plus tard, Brébeuf remporte le championnat provincial juvénile AAA. Cette fois, Jacques Paiement fils a la piqûre. Il hésite cependant à parier son avenir sur une profession incertaine et prévoit entrer au Barreau.  

En juin de la même année, en 2000, les Dynamiques du Cégep Sainte-Foy cherchent désespérément un entraîneur-chef pour leur formation collégiale AAA. La responsable des sports du cégep, Marlène Lévesque, consulte alors Jacques Paiement père, qui vient d'être nommé entraîneur-chef du Rouge et Or, sur les bons candidats disponibles. Une denrée rare, à l'époque. 

«Elle savait que je coachais, mais elle savait également que ce n'était pas mon objectif de travailler à temps plein là-dedans», se rappelle le fils. «Elle m'a demandé de venir la rencontrer et elle a réussi à me convaincre de faire quelques années. Au pire, je ferais mon Barreau à Québec.»

Le Barreau attend toujours

Quinze ans plus tard, le Barreau attend toujours. Paiement est demeuré à la barre des Dynamiques de 2000 à 2008, occupant le poste d'adjoint à son père chez le Rouge et Or en parallèle à compter de 2003. «Après quelques années, je savais que c'est ce que je voulais faire dans la vie.»

Si Jacques Paiement fils s'imaginait un jour succéder à son père à la barre du Rouge et Or, jamais il n'aurait pu prévoir les circonstances dans lesquelles le tout s'est fait. À l'automne 2008, quelques semaines après le début de la saison, Jacques père apprend qu'il souffre d'un cancer de la prostate. Il devra se faire opérer et est donc forcé de quitter son poste. 

Sans confirmation que l'organisation le voit dans cette chaise à long terme, le fils hérite de l'intérim. Cette année-là, il agit à titre d'entraîneur-chef des Dynamiques et du Rouge et Or. «Ça a été une année assez difficile et spectaculaire.» En plus d'avoir à composer avec la maladie de son père, il avait un bébé d'un an à la maison. 

L'expérience est éprouvante, mais concluante. Le Rouge et Or atteint la finale provinciale et Jacques Paiement fils est confirmé dans ses fonctions. Il n'a plus regardé en arrière depuis.

Un avenir prometteur

Ayant connu les années de gloire de l'équipe masculine de basketball du Rouge et Or comme adjoint, Jacques Paiement fils comprend très bien que le dernier titre provincial de sa formation, celui de 2007, remonte à un peu trop longtemps, selon les standards de l'Université Laval. Après quelques années de vache maigre, l'entraîneur-chef est toutefois convaincu que le programme est maintenant mûr pour revenir à l'avant-plan sur la scène provinciale. Et ce, pour plusieurs années. 

«Après le championnat provincial de 2007, on avait tellement de vétérans que l'on n'avait recruté personne. L'année suivante, où j'ai pris l'intérim de mon père, j'étais toujours à Sainte-Foy et je n'ai pas su avant le 1er mai que j'obtenais le poste permanent à Laval, donc je n'ai pas pu recruter. On a été deux ans complets sans recrues. On a eu quelques bonnes années à mon arrivée avec le noyau déjà en place, mais éventuellement, ça a fait un creux.»

L'équipe a alors amorcé une réelle reconstruction, donnant de grandes responsabilités aux Boris Hadzimuratovic, Thibaud Dezutter et Karl Demers-Bélanger dès leur arrivée avec l'équipe. Quelques années et quelques bonnes cohortes de recrues plus tard, le prodige Alexandre Leclerc en tête de liste, l'avenir est prometteur. «On voit la lumière au bout du tunnel», assure Paiement.

Génération exceptionnelle en 2000

Il ne faut pas s'attendre pour autant à ce que le Rouge et Or connaisse à nouveau des séquences aussi glorieuses qu'au début des années 2000, prévient-il. À l'époque, l'Université Laval avait mis la main sur quatre titres provinciaux consécutifs. 

«La génération de Samuel Audet-Sow, Charles Fortier, Dominique Soucy, Marc-Antoine Horth et Jean-Philippe Morin était tout simplement exceptionnelle. Chacun est le genre de joueur qui passe aux cinq ans dans le basketball universitaire québécois. On a recruté les cinq dans la même équipe en l'espace de trois ans. On ne reverra probablement jamais ça dans la province.»

Depuis, les autres universités québécoises ont suivi l'exemple du Rouge et Or, explique Jacques Paiement fils, se lançant corps et âme dans le recrutement. L'exercice est désormais plus paritaire. Et bien que les Dynamiques de Sainte-Foy ont fourni à l'entraîneur des perles comme Hadzimuratovic, Demers-Bélanger et Leclerc, les universités rivales montréalaises recrutent dans un bien plus gros bassin. 

Jacques Paiement fils lors du tournoi Duc de... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

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Jacques Paiement fils lors du tournoi Duc de Kent en 2008

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

S'amuser sur les verts

S'il ne gagne pas sa vie sur les verts, Jacques Paiement fils continue à s'amuser sur le circuit amateur.  «J'ai joué trois ans sur le circuit professionnel à mon retour au Québec, mais je n'étais pas prêt à faire les sacrifices nécessaires afin de tenter de percer aux États-Unis. Je voulais être proche de ma blonde, avoir une famille, pas passer mes hivers en Floride et vivre sur la route», raconte celui qui a fait partie de l'équipe de l'Université du Nebraska. Au fil des ans, le golfeur amateur a triomphé dans pratiquement tous les tournois de la province. Tous, sauf le plus prestigieux, le Duc de Kent, qu'il avait notamment échappé en trou de prolongation en 2000. «J'ai souvent fait le dernier groupe, mais je n'ai jamais réussi à gagner. Je pense me remettre en forme dans les prochaines années. Mes enfants sont un peu plus vieux. Il me reste un bon 10 ans pour aller le chercher», lance-t-il, sourire en coin.

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