Sébastien Bouchard: cultiver le travail

Ni le froid de l'hiver ni l'odeur de... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Ni le froid de l'hiver ni l'odeur de l'étable n'ont entamé le plaisir de Sébastien Bouchard à conjuguer son passé de fermier et son présent de boxeur, le temps d'une séance photo à la ferme R. Blouin de Saint-Jean-de-l'Île-d'Orléans.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Grandir sur une ferme lui a appris la valeur du travail. Dans la vie comme dans le ring, Sébastien Bouchard cultive l'effort et la débrouillardise. Le boxeur de Québec compte récolter le fruit de ses efforts une nouvelle fois samedi soir, au Centre Bell, en combat préliminaire du duel Pascal-Kovalev.

Sébastien Bouchard n'est pas le puncheur le plus... (Archives Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 1.0

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Sébastien Bouchard n'est pas le puncheur le plus puissant. Mais sa réputation de féroce bagarreur n'est plus à faire.

Archives Le Soleil, Pascal Ratthé

«Je ne suis pas Mayweather pour te battre de vitesse; je ne suis pas Golovkin, qui cogne comme un sauvage. Je me compare beaucoup à Éric Lucas parce que je n'ai rien d'extraordinaire physiquement. Mais Lucas est un gars intelligent et, dans le ring, il était intelligent. C'est ma plus grande force», fait valoir Sébastien Bouchard.

«Est-ce que j'ai le potentiel pour devenir champion du monde et rester là pendant 10 ans? Peut-être pas. Mais est-ce que je vais avoir mon tour? C'est très envisageable», enchaîne celui qui se frotte au Polonais Damian Mielewczyk (9-1, 7 K.-O.), à Montréal.

Bouchard (11-1, 4 K.-O.) n'est pas le puncheur le plus puissant. Mais sa réputation de féroce bagarreur n'est plus à faire. Un écho d'Arturo Gatti, dont il chérit le style. Sa plus récente victoire a d'ailleurs convaincu le promoteur Yvon Michel de consentir un premier contrat au super-mi-moyen de 28 ans.

C'est qu'une fois entre les câbles, Bouchard trouve toujours le moyen de moyenner. Et ne recule jamais devant un obstacle, s'adapte d'un round à l'autre. «Un fermier, ça fait tout. Tu lui donnes un rouleau de broche, une paire de pinces grip et une roulette de tape et ça te répare n'importe quoi!» illustre d'une analogie ce fils d'un agriculteur et d'une massothérapeute-esthéticienne de Baie-Saint-Paul.

C'est là qu'il a passé sa jeunesse et toutes ses fins de semaine jusqu'à l'âge de 25 ans. Sur la ferme familiale. À besogner du matin au soir pour nourrir 85 bêtes et en traire 45. Mais il ne voulait pas en faire sa vie.

«Ce n'est pas une vie», laisse-t-il tomber. Plombés par la décision du gouvernement de plafonner le prix du quota de lait, son père et son oncle ont vendu, il y a trois ans.

«La plus belle période de la vie de mon père, c'est quand il a lâché l'école à 14, 15 ans pour travailler avec son père à temps plein sur la ferme. Mais son père est mort d'une crise de coeur six mois après. Alors il aurait voulu vraiment le vivre avec moi, mais en même temps, il ne me souhaitait pas ça. Ce n'est pas une vie.

«Chez nous, c'était assez maigre», poursuit-il, sans tenter d'attirer la pitié. «On en avait assez pour arriver, on n'a jamais manqué de rien. Mais on ne vivait pas dans le luxe.» Bouchard a une soeur, infirmière au bloc opératoire.

«En même temps, à six ans, je chauffais un tracteur! Je prenais une trail et j'allais me promener dans le bois! Ado, je faisais le party avec mes chums chez nous le soir, je me levais à 5h pour aller faire la traite et je rentrais pour déjeuner avec mes amis», se remémore-t-il avec plaisir.

Un passeur rusé

Jusqu'à 15 ans, la boxe n'avait aucun intérêt pour lui. «À la base, je suis un joueur de quilles!» lance-t-il, sur le ton d'une révélation. Bon quilleur en plus, une moyenne de 205.

Malgré ses 5'7" montés sur 200 livres de muscles agricoles, Bouchard s'est aussi adonné au volleyball à l'école secondaire avec passablement de succès. «J'étais passeur. Je n'étais pas athlétique, juste rusé», concède celui qui a aussi tenté sa chance à quelques concours d'hommes forts, chez les juniors.

Tous ces sports ont pris le bord quand il est entré aux Studios Unis de Baie-Saint-Paul. En plus du karaté, Jacques Desmeules avait installé quelques sacs de boxe dans le nouveau club. Bouchard a eu la piqûre.

Il fréquente ensuite le club de boxe de Clermont mené par Tony Harvey, d'où il livre son premier combat, chez les poids lourds s'il vous plaît! Avant de venir voir ce qui se fait à Québec dans la construction, pour travailler, et dans la boxe, pour se battre.

Aux Studios Unis de Lac-Saint-Charles, il rencontre Claude Bélanger, David Whittom, les frères Stéphane et José Gosselin. Puis son destin croise celui de l'entraîneur François Duguay, rendez-vous du destin à Québec d'un gars de Charlevoix et d'un gars de Montréal. Ils feront ensemble plus de 120 combats amateurs et un 13e dans les rangs professionnels, samedi soir.

partenaire d'«Apou»

Son association avec Duguay, qui dure depuis une décennie, en a fait le partenaire d'entraînement de Pier-Olivier Côté. Témoin privilégié de la courte, mais fulgurante carrière d'«Apou», Bouchard l'a suivi à Miami, à Las Vegas, en Roumanie et en Angleterre. «De beaux voyages, de belles expériences» qu'il pourrait ne jamais revivre, reconnaît-il.

Depuis la retraite prématurée de Côté, en 2012, les deux boxeurs ne se voisinent plus. Plaisir double donc pour Bouchard de voir Côté à son dernier combat, en novembre, au Centre Vidéotron de Québec, ainsi qu'au souper de victoire, le lendemain, dans un restaurant de l'avenue Myrand.

Autant Côté était un naturel, une machine de boxe bien programmée, autant Bouchard a besoin de s'entraîner plus que quiconque tout en laissant place aux ajustements dans le ring.

«Quand je suis dans le coin, entre les rounds, je suis complètement conscient. Plusieurs qui ont travaillé avec nous durant un combat disent qu'ils n'ont jamais vu ça! On discute stratégie, je réponds comme si de rien n'était.»

Une faculté d'analyse qui ferait de lui un bon entraîneur, croit-il humblement. Établi dans Beauport, le produit du club Empire de Sainte-Foy a déjà coaché au club de L'Ange-Gardien. Expérience assez concluante pour songer à ouvrir son propre club à la retraite.

D'ici là, il aura fait mille métiers : fermier, portier, déneigeur, cimentier, maintenant débardeur au port de Québec et peut-être un jour boxeur à temps plein. Devenir champion? «Je boxe pour ça. Je rêve de ça. Mais que ça arrive ou non, je suis préparé. Je n'ai pas juste ça dans la vie. J'ai ma vie.»

Sébastien Bouchard lors de sa victoire contre Cédric... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

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Sébastien Bouchard lors de sa victoire contre Cédric Spera en 2014

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

«J'aime me battre»

Sébastien Bouchard ne grimpe pas entre les câbles pour guérir une enfance meurtrie. «Je boxe parce que j'aime me battre.» Simple. «La terre pourrait arrêter de tourner, il y aurait une bombe nucléaire! Reste qu'il y a moi et lui, et personne d'autre.» Clair.

Cet appétit du combat, au propre comme au figuré, l'a toutefois mis dans le trouble à quelques reprises. Tirailleux, robuste et fort en gueule dès l'adolescence, un cocktail explosif à l'école secondaire. «Je brassais pas mal. Mes parents venaient souvent au bureau du directeur», admet-il, sourire en coin.

«Mes profs m'aimaient... en dehors des classes. Je jouais aux quilles avec mon professeur de maths et il me mettait dehors à presque tous les cours! Mon prof de français m'a sacré dehors pour deux mois», se souvient celui qui avoue avoir réussi son secondaire sans grand effort.

Son arrivée en ville n'a rien arrangé. Comme portier ou simple buveur dans les bars, où il s'improvise souvent «shérif du respect», comme il le dit, le coup de poing n'était souvent pas loin. «Je me suis ramassé au poste de police à quelques reprises, avec les enquêteurs et tout. Mais j'ai eu des bons anges», dont celui tatoué sur son bras droit. «Avec l'âge, tu apprends que ça ne mène nulle part. Maintenant, je me tiens loin de ça», assure Bouchard. 

Faire le poids

Une douzaine d'années après avoir livré son tout premier combat amateur à 203 livres contre un certain Didier Bence, Repentignois de 6'1'' ayant fait carrière chez les poids lourds, Sébastien Bouchard est en voie de descendre chez les poids mi-moyens, soit 147 livres, après cinq ans chez les pros. Son duel contre Damian Mielewczyk samedi soir se limite à 150 livres. «J'ai vite compris qu'à 5'7'', je n'étais pas dans ma catégorie de poids», s'esclaffe-t-il, à propos de ses débuts. Longtemps parmi les 178 livres (80 kg) chez les amateurs, il lui arrive encore de gagner du poids durant ses périodes d'inactivité. Il s'y connaît maintenant très bien en alimentation et fait néanmoins le poids sans trop de difficulté, la veille de ses combats. 

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