Yanick Turcotte, le dernier gladiateur

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Le dur à cuire des Remparts, Yanick Turcotte, est un passionné d'entraînement en gymnase et pratique beaucoup la boxe durant l'été. Même pendant la saison de hockey, il remet parfois les gants «juste pour garder les réflexes». Au fil de ses trois saisons avec les Diables rouges, il est devenu plus qu'un simple redresseur de torts pour son équipe.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Il le dit lui-même: son espèce est en voie de disparition. Yanick Turcotte se fait néanmoins une fierté du travail ingrat qu'est celui de dur à cuire des Remparts. Ayant commencé à jeter les gants pour se rendre indispensable, le champion toutes catégories de la LHJMQ défie aujourd'hui ses adversaires pour énergiser ses coéquipiers et électriser les partisans de l'équipe. Un boulot, il en est conscient, de plus en plus décrié, mais qu'il accomplit, la détermination aux poings.

Dès le deuxième jour de son premier camp d'entraînement avec les Remparts, Yanick Turcotte savait que la voie qu'il avait empruntée dans le hockey ne serait pas la plus facile à suivre. La veille, il avait tout bousculé sur la patinoire du Complexe sportif de L'Ancienne-Lorette. Au repas d'équipe, il s'est retrouvé seul à sa table. «Disons que je ne m'étais pas fait d'amis!» lance-t-il en riant aujourd'hui.

Ces premiers pas dans l'organisation des Remparts allaient donner le ton aux deux saisons et demie qui allaient suivre. «Je savais que si les autres me haïssaient, c'est que je faisais quelque chose de bien. Et j'étais convaincu que lorsque je serais dans l'équipe, si je faisais l'équipe, les gars allaient m'aimer finalement», a raconté l'attaquant de 19 ans.

Le temps allait lui donner raison. Mais le chemin pour s'y rendre n'a rien eu de traditionnel! Fils d'un père québécois, François, et d'une mère d'origine haïtienne, Edwidge, le natif de Québec a chaussé les patins pour la première fois à l'âge de six ans pour combattre... sa timidité!

«C'est mon qui père m'a donné mes premiers patins. Il voulait me faire jouer au hockey pour que je me dégêne un peu. Il n'avait vraiment pas l'intention de faire un joueur de hockey avec moi. Finalement, j'y ai vraiment pris goût. Mais je n'ai jamais été le meilleur dans mes catégories. Je ne faisais jamais le gros club la première année», a raconté le populaire numéro 17 des Remparts.

Football et hockey

En parallèle, Turcotte s'est aussi entiché du football, qu'il a pratiqué en 1re et 2e secondaire, à Saint-Jean-Eudes, puis en 4e secondaire, au Séminaire Saint-François. Un sport pour lequel il démontrait un certain talent, à la position d'ailier défensif.

Le rêve de jouer dans l'élite du hockey demeurait toutefois bien vivant. Relégué au midget espoir à 15 ans, le sympathique ailier gauche de 6' et de 214 livres n'a jamais abandonné son ambition d'évoluer dans les rangs midget AAA, la saison suivante.

Participant au camp des Albatros du Collège Notre-Dame, il a été l'un des premiers joueurs retranchés par la formation. De retour à Québec, le Blizzard du Séminaire Saint-François lui a dit qu'il n'avait pas de place pour lui. Il est alors devenu disponible pour toutes les équipes du midget AAA. Aucune ne l'a réclamé.

«C'était très dur sur le moral. Tellement que j'ai décidé de retourner au football. L'Académie Saint-Louis était alors la meilleure option pour moi, parce que je pouvais jouer au football et au hockey. En plus, c'était moins loin de chez moi que le Séminaire. Je faisais les deux sports en même temps, mais je privilégiais le football quand il y avait des matchs. Ma saison de football s'était super bien passée. J'avais été courtisé par beaucoup de cégeps», a révélé Turcotte, qui s'était même engagé auprès des Titans de Limoilou.

Un rappel par le Blizzard, pendant les séries de 2013, allait cependant tout refaire basculer du côté du hockey pour l'ailier gauche, qui s'était beaucoup amélioré sous la tutelle de l'entraîneur de l'Académie Saint-Louis, Martin Plante.

«[L'entraîneur-chef] Bryan Lizotte m'a appelé et il m'a demandé s'il voulait que j'aille remplacer des matchs avec eux, parce qu'ils avaient beaucoup d'absents. Après ça, je me suis dit que peut-être que j'allais recevoir une invitation junior, qu'une équipe allait peut-être s'intéresser à moi, parce que j'avais eu des bonnes séries», s'est-il rappelé.

Les appels des éclaireurs sont effectivement venus, dont celui de l'ancien dépisteur-chef des Remparts Alain Préfontaine. 

«Je m'étais dit que si j'étais encore là en 12e ou 14e ronde, ils allaient peut-être prendre une chance sur moi. Et finalement, ç'a été la surprise, lorsque je suis sorti en début de neuvième ronde. J'étais vraiment émotif, parce que c'était Québec, l'équipe de ma ville. Ma mère pleurait aussi. C'était vraiment quelque chose de beau. Rendu là, je me suis dit que j'allais tout faire pour forcer la main des Remparts. Du jour au lendemain, ma priorité est passée du football au hockey.»

Se démarquer

Après un été passé à s'entraîner plus particulièrement pour le hockey, Turcotte s'était présenté au camp des Remparts en août 2013, avec la ferme intention de laisser sa marque.

«Je me souviens que pendant l'été, je regardais l'alignement avec mon père et qu'il n'y avait pas beaucoup de postes disponibles, d'autant plus qu'on était une année avant la Coupe Memorial. Mais je voulais vraiment laisser la meilleure impression possible et me démarquer des autres. Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en!»

Et c'est exactement ce qu'a fait Turcotte, en laissant tomber les gants devant le défenseur des Remparts Jérémy Beaudry lors d'un match intra-équipe, puis en s'en prenant à un autre vétéran, l'attaquant Dillon Donnelly, avant de livrer un violent combat contre Mason Gray, des Cataractes, en match préparatoire. Il n'en fallait pas plus pour que Philippe Boucher confirme son poste à l'attaquant, qui avait été la première recrue du camp à recevoir pareil vote de confiance. Depuis ce jour, il n'a pas quitté l'équipe. Une récompense qui valait bien quelques repas en solitaire!

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«Je ne pense pas que cette année, j'ai besoin de jeter les gants aussi souvent, dit Yanick Turcotte. Des fois, juste un regard, ça peut être assez pour calmer quelqu'un...» 

Le Soleil, Erick Labbé

Le code Turcotte

Menacé d'extinction par un nouveau règlement limitant les combats dans la LHJMQ, le batailleur traditionnel n'a plus de place dans le hockey junior majeur. Une réalité qu'accepte Yanick Turcotte, dont le rôle se veut plus élaboré avec les Remparts.

Se défendant d'être un joueur unidimensionnel, l'attaquant a su, au fil des saisons, prouver sa valeur de hockeyeur, mais aussi de leader, étant considéré comme un sérieux candidat au poste de capitaine de l'équipe. Quant à son boulot de fier-à-bras, il s'agit d'un aspect de son jeu qui est laissé entièrement à sa discrétion.

«Philippe [Boucher] ne m'a jamais dit d'aller me battre. Et je sais qu'il ne le fera jamais. Ce n'est pas ce genre de coach-là. Mais je sais que si j'embarque et que j'ai le tough de l'autre équipe à côté de moi, je n'ai pas le choix de faire quelque chose», explique-t-il, réduisant la notion de «code» à une simple question d'initiative personnelle.

Il n'y a toutefois rien de banal dans le fait de jeter les gants devant un adversaire, au risque d'être blessé ou humilié. Longtemps, ce fan de Zac Rinaldo et de Matt Martin a vécu dans l'angoisse du prochain combat et comprend comment les bagarreurs professionnels peuvent en venir à abuser de substances pour réduire tantôt leur angoisse, tantôt leur douleur.

«J'étais stressé de le faire à 17 ans. Je me souviens que lorsqu'il y avait un tough dans l'autre équipe et que je savais que j'allais me pogner avec lui, je changeais de chemise deux fois avant d'arriver à l'aréna! J'avais de la misère à gérer mon stress. J'avais de la misère à dormir le soir. Je faisais juste penser à ça», a admis l'aspirant préparateur physique.

Mieux choisir ses combats

L'environnement du Colisée, puis du Centre Vidéotron - la plus grande scène de la LHJMQ -, ne fait rien pour diminuer l'angoisse de la performance. «C'est vraiment stressant. Surtout qu'il y a 10 000 personnes qui te regardent. Et tu ne sais jamais ce qui peut se passer dans un combat. Tu peux prendre un mauvais coup. Et tu ne veux pas te faire passer le K.-O.», poursuit Turcotte.

Au fil de ses nombreuses victoires, l'attaquant a toutefois gagné en assurance et surfe aujourd'hui sur une réputation qu'il n'a pas volée. Avec la nouvelle limite de 10 combats établie par la LHJMQ, le numéro 17 des Remparts doit de toute façon mieux choisir ses combats, s'il ne tient pas à casser la croûte avec le commissaire Gilles Courteau!

«Je veux me tenir loin de ça. De toute manière, je ne pense pas que cette année, j'ai besoin de jeter les gants aussi souvent. Des fois, juste un regard, ça peut être assez pour calmer quelqu'un...»

Yanick Turcotte sur...

> Le tremblement de terre de 2010 en Haïti

«Ma grand-mère maternelle vit encore en Haïti. Le tremblement de terre, elle a vécu ça de près. C'est sûr que ç'a été quelque chose pour toute la famille. Surtout pour ma mère, parce qu'elle est encore plus proche de Haïti que nous. On s'inquiétait pour ma grand-mère. Pendant un petit bout de temps, elle a été vivre à Montréal, chez ma marraine. Parce qu'il y a eu assez de dommages là-bas...»

> Sa relation avec le coach Philippe Boucher

«Philippe a toujours eu une grande confiance en moi. Sa plus grande marque de confiance a été quand je me suis blessé à 17 ans et il m'a dit de ne pas m'en faire et que j'allais revenir avec l'équipe. Parce qu'avoir passé 10 mois sans savoir si j'allais faire ou ne pas faire l'équipe, ça aurait été très difficile.»

> Sa passion de l'entraînement en salle

«Après ma blessure, je comptais déjà les jours, après une semaine de rééducation. Et je me suis dit que ça ne pouvait pas continuer comme ça. Il fallait que je me trouve une autre passion. Et je l'ai trouvée dans le gym avec notre préparateur physique Gabriel Hardy. Il me faisait des plans d'entraînement et quand je voyais les résultats, j'y prenais encore plus goût.»

> Le tournoi de la Coupe Memorial

«Je me souviendrai toujours de mon match contre Kelowna, avec ma bataille dans la première présence du match. On venait de jouer contre Rimouski la veille et les gars avaient besoin d'un boost. Je voulais aussi que la foule embarque. Ç'a donné un certain momentum et ç'a marché, puisqu'on a marqué quelques secondes plus tard. Des fois, je regarde le combat sur YouTube. J'en ai encore des frissons.»

> Son modèle de leadership 

«Kurt Etchegary. Il n'y avait pas meilleur leader que ça. Le gars avait vraiment le "R" des Remparts tatoué sur le coeur. Le gars faisait absolument tout. Et tu voyais qu'il jouait vraiment pour l'équipe et non pas pour lui. Il a peut-être sacrifié une carrière de hockey pour gagner avec nous chaque match. J'étais assis à côté de lui dans les vestiaires du Colisée et j'ai vraiment appris beaucoup en le regardant. Il ne faisait vraiment pas les choses à moitié.»

> La boxe

«J'en fais beaucoup l'été avec un ancien boxeur professionnel, James Chicoyne, le père de Zachary, qui a participé au dernier camp d'entraînement des Remparts. Même durant la saison, il vient au Centre Vidéotron et on met les gants, juste pour garder les réflexes. C'est quelque chose qui m'aide beaucoup sur la glace, mais aussi mentalement. Il regarde les gars contre qui je vais me battre et me dit comment approcher les combats.»

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