Audrey Vaillancourt vise haut en 2016

Présentement membre de la sélection canadienne en Coupe... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Présentement membre de la sélection canadienne en Coupe IBU, Audrey Vaillancourt veut regagner sa place en Coupe du monde cette saison.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Ambiance de guerre à la base de Valcartier. Audrey Vaillancourt effectue ses tirs de pratique. Des militaires font les leurs, non loin. La métaphore est parfaite. En 2016, la biathlète devra combattre!

Même si elle s'est améliorée depuis la saison dernière, Audrey Vaillancourt n'a pu se tailler une place en Coupe du monde de biathlon, cette année. Le problème : toutes ses coéquipières dans l'équipe canadienne sont aussi meilleures qu'il y a un an.

«Mon réflexe, c'était d'être déçue parce que je n'y allais pas. Mais en même temps, je me suis améliorée. J'ai pas eu de mauvaises courses. C'est dur, parce que l'équipe a tellement augmenté de niveau, c'est incroyable», analyse l'athlète de 24 ans, en parlant des sélections canadiennes.

Depuis le début de la saison, elle participe aux courses de la Coupe IBU, sorte de Ligue américaine du biathlon de niveau international. Il n'y a pas de barème précis qui l'assurerait d'un retour dans la «grande ligue». De bons résultats sont bien sûr indispensables. Mais lors des trois premières compétitions de la saison, Vaillancourt a terminé 48e, 51e et 44e. «Tout allait de travers.»

«Audrey, c'est vraiment "petit train va loin"», explique sa meilleure amie et ex-coéquipière, Yolaine Oddou, en parlant des mauvais débuts de saison chroniques de Vaillancourt. «Elle est difficile à starter, mais quand c'est fait, attention!»

Elle a d'ailleurs conclu l'année 2015 avec une 11e place qui lui a redonné le sourire. Et l'espoir. Vaillancourt reprend l'action samedi, en République tchèque.

Elle pourrait revenir parmi l'élite en cours de saison. Mais une de ses coéquipières en Coupe du monde devra aussi connaître des ratés si la Québécoise veut graduer. Une situation un peu inconfortable qui ne l'empêche pas de viser haut. «Je vais regagner ma place. Je vais faire ce qu'il faut», lance-t-elle, convaincante.

Tout en restant une bonne coéquipière. Son ancien entraîneur, Martin Tremblay, estime qu'elle garde une attitude exemplaire au moment où les guerres intestines pourraient ruiner le moral de l'équipe. «Audrey essaie de ne pas embarquer dans ce jeu psychologique là», dit-il.

«Les premières sélections de l'année, c'est rough sur une équipe», reconnaît Vaillancourt. «Ils nous mettent dans le même bateau, pis let's go. On est une contre l'autre. Ils n'ont pas le choix de faire ça, parce qu'ils doivent nous comparer pour prendre leurs décisions. [...] Une fois que c'est passé, on est l'équipe du Canada. On est ensemble.»

Partie toute l'année

Pour la première fois depuis qu'elle est chez les seniors, elle n'est plus coachée par Tremblay. Comme elle est désormais la seule athlète de la région de Québec à faire partie de l'équipe nationale, elle a dû officiellement déménager ses pénates en Alberta, où elle s'entraîne sous les ordres de Roddy Ward. Le poste d'entraîneur national à Québec a récemment été aboli. Tout a été rapatrié à Canmore.

«Ç'a été une transition tannante», admet Vaillancourt, qui aurait visiblement aimé passer plus de temps chez elle. «Je sentais que pour aller une coche plus haut, je devais m'entraîner avec une équipe forte. Et l'équipe forte, elle est dans l'Ouest. Il n'y a pas beaucoup d'options.»

Lorsque Le Soleil l'a rencontrée, elle revenait d'un long séjour en Alberta. Quatre jours plus tard, elle partait vers l'Italie, pour sa première compétition de la saison. Sa famille, ses amis, son chum - même la ville de Québec - lui manquent. «Je trouve ça dur. [...] Finalement, je vais être partie toute l'année!» lance-t-elle, riant malgré tout.

Tremblay prodigue encore ses conseils à la jeune femme. Il était d'ailleurs au Centre de biathlon Myriam-Bédard lors de la visite du Soleil. Selon lui, Vaillancourt est «très sympathique, facile à coacher. Un caractère vraiment le fun. Elle ne se casse pas trop la tête avec l'entraînement et la vie en général».

Sur des skis à six ans

Vaillancourt pratique le ski de fond depuis qu'elle a six ans. Son véritable coup de foudre survient toutefois six ans plus tard, lorsqu'elle tire pour la première fois. Ses frères, François et Maxime Leboeuf - Audrey porte le nom de sa mère -, sont déjà de grosses pointures québécoises en biathlon. Ils l'incitent à manier la carabine. Elle aime tant ce nouveau défi, ce nouveau sport, qu'elle convainc ses amies du club de ski de fond de changer leur fusil d'épaule.

Pendant son secondaire, elle s'entraîne le soir. Avec une arme, bien sûr, ce qui intrigue ses camarades de classe. «C'est pas exactement ce que t'attends de la p'tite blonde de 13 ans», rigole aujourd'hui Vaillancourt.

Elle apprend beaucoup de ses frères, plus vieux qu'elle de six et quatre ans. Ils lui donnent des conseils, lui insufflent une bonne dose de réalisme.

«Quand je commençais le biathlon, ma vue s'affaiblissait», raconte-t-elle. «Heille, j'allais devoir porter des lunettes! Je paniquais ben raide : "Je pourrai pas faire de biathlon, je vais avoir des lunettes!" Mes frères répondaient : "Ben voyons! La championne du monde a des verres de contact, c'est pas grave!" Des fois ils étaient assez directs, mais le message passait.»

Elle grandit, met ses verres et remporte plusieurs championnats canadiens. Elle représente le Canada aux Mondiaux de 2013 et de 2015, participe à quelques épreuves en Coupe du monde. Mais son plus grand moment survient en janvier 2014, lorsqu'elle triomphe au championnat européen de Nove Mesto, en République tchèque. En pleine tempête, elle est quasi parfaite dans le stand de tir.

«C'était quelque chose. C'était une drôle de journée. Ces conditions bizarres là, souvent ça me fait bien. [...] Et c'était un beau moment d'équipe. Mes coéquipières capotaient, elles pleuraient. C'était cute. J'avais pas réalisé [que j'avais gagné] jusqu'à tant qu'elles viennent me voir en braillant.»

Elle vit aussi sa pire déception cette année-là. Elle rate de peu les Jeux olympiques de Sotchi. Vaillancourt se retrouve cinquième sur une équipe de quatre. La remplaçante.

Sur le coup, son jeune âge - et le fait qu'elle aura d'autres chances - ne l'ont pas empêchée de prendre ça dur : «Tu t'es permis d'y penser comme du monde.»

Elle se prépare désormais pour sa nouvelle chance, qui arrive déjà à grands pas. Vaillancourt fera le nécessaire pour être à Pyeongchang, en 2018, mais assure aussi ne pas en faire une obsession.

«J'essaie de ne pas tomber là-dedans. Autant j'essaie de voir à long terme, autant à chaque année je me pose la question : est-ce que j'aime ce que je fais? Pourquoi je le fais? Combien de temps je veux le faire encore?

«Le sport va bien, mais ma vie va bien aussi», poursuit l'étudiante en traduction. «Si demain matin je me blesse et que c'est fini les Olympiques, je ne regretterai rien. Parce que... c'était malade! J'ai tellement une belle vie que ça relativise.»

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Un deuil sportif

Audrey Vaillancourt a vécu un deuil sportif lorsque sa meilleure amie et coéquipière, Yolaine Oddou, a été forcée de prendre sa retraite il y a trois ans.

Oddou souffre de fibromyalgie, maladie caractérisée par des douleurs diffuses dans tout le corps. Elle a eu des bursites aux épaules qui l'ont obligée à abandonner. «Je me rappelle encore ses dernières compétitions... Après les courses, il fallait que je l'habille parce qu'elle n'était pas capable de lever ses bras», se souvient Vaillancourt.

Les deux jeunes femmes se sont rencontrées il y a 15 ans, grâce au ski de fond. Oddou venait tout juste d'arriver de France, où elle est née. Ensemble, elles ont ensuite glissé vers le biathlon.

Cette retraite hâtive a donc été une lourde épreuve. Oddou devait dire adieu au sport qu'elle aimait, tandis que Vaillancourt se retrouvait privée de sa partenaire de toujours. «Je me suis dit : "Ça n'a pas de bon sens, je sais pas comment je vais faire sans elle." Tout d'un coup, il me manque une moitié à l'entraînement. C'était tellement plus difficile après. Et pas juste à l'entraînement, mais aussi en tour.»

Oddou admet que la première année de sa retraite a été ardue. Devant les succès de son amie, elle avait des sentiments partagés. «Quand elle a gagné sa médaille d'or [au championnat d'Europe], je capotais. Je me disais que ça aurait pu être moi. Mais en même temps, je vis ses succès avec elle et je suis toujours contente pour elle», affirme Oddou, maintenant coiffeuse. 

«De la fausse neige partout!»

À part ses proches, qu'est-ce qui manque à Audrey Vaillancourt (photo) lorsqu'elle skie en Europe? La neige! «Il n'y a plus de neige en Europe [centrale]. C'est fini ce temps-là», regrette-t-elle. «Des belles conditions de ski, ça n'existe plus sur le circuit de la Coupe du monde. C'est de la fausse neige partout» ou presque, dit-elle. «Ça donne des parcours qui sont difficiles, de la neige qui ressemble à du gros sel qui cale. C'est tellement dur pour eux de faire des belles conditions pour des courses. Pis je regarde à Canmore [Alberta] en ce moment, et c'est parfait. Conditions hivernales idéales.»

De force à «super méga atout»

Reconnue comme une excellente tireuse, Audrey Vaillancourt a malgré tout mis l'accent sur sa force à l'entraînement, dans les derniers mois. À la suggestion de son nouvel entraîneur, Roddy Ward. Sa précision étant quasi impeccable, ils ont donc travailler sur la vitesse. «Il m'a dit : "On va s'organiser pour qu'une de tes forces devienne ce qui te rend incroyable." C'est de prendre tes forces et au lieu de les laisser stagner pour travailler sur tes faiblesses, d'en faire des super méga atouts.» Son coach lui a donc demandé de réaliser des tirs à un rythme «incroyablement trop vite». Une belle façon de s'améliorer. Et d'abandonner sa zone de confort.

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