Le «bébé» de Bob a 40 ans

En 40 ans d'existence, du Couillard au Blizzard... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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En 40 ans d'existence, du Couillard au Blizzard en passant par les Gouverneurs, la franchise midget AAA a connu plusieurs entraîneurs, dont Jean-Claude Cantin (le premier), Jean-Louis Létourneau (celui qui a occupé le poste le plus longtemps) et Bryan Lizotte, l'actuel coach de l'équipe.

Le Soleil, Patrice Laroche

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) S'il était toujours parmi nous, Robert Chevalier trouverait que son «bébé» a bien vieilli. Nommé successivement Couillard, Gouverneurs et Blizzard, le club de hockey midget AAA qu'il a fondé en 1976 à Sainte-Foy a passé le test du temps avec succès. Et 40 ans plus tard, l'objectif derrière sa création reste le même : assurer le développement des joueurs tout en respectant des valeurs éducatives.

Le Blizzard du Séminaire Saint-François fait un clin d'oeil au passé, dimanche (13h) au Centre sportif Saint-Augustin, en enfilant l'uniforme du Couillard à l'occasion d'un match contre les Lions de Lac-Saint-Louis, les deux équipes originales toujours actives de la Ligue de développement de hockey midget AAA du Québec.

À l'occasion de ce 40e, Le Soleil a réuni le premier entraîneur-chef de la franchise, Jean-Claude Cantin, celui qui a occupé le poste le plus longtemps, Jean-Louis Létourneau, et l'actuel pilote, Bryan Lizotte. Discussion entre passionnés!

«Vite comme ça, je compare le club de Sainte-Foy comme étant les Yankees ou le Canadien du midget AAA. À mes yeux, c'est devenu une tradition», admet l'enseignant à la retraite Jean-Claude Cantin.

«On peut le dire sans gêne, c'est la meilleure organisation au Canada, et à chaque année, on essaie d'être à la hauteur des standards mis en place par nos prédécesseurs», soutient Bryan Lizotte, en poste depuis cinq ans.

«Les Gouverneurs ont marqué ma vie. Nous avons chacun nos bouts de l'histoire», reconnaît Jean-Louis Létourneau, toujours impliqué dans le hockey AAA via la structure bantam des Typhons et des Cyclones.

Les débuts

L'histoire commence en 1976 avec la naissance de la Ligue midget AAA, qui permet de regrouper les meilleurs joueurs de 15 et 16 ans dans six régions du Québec. À Sainte-Foy, l'instigateur du projet est Bob Chevalier, l'homme au cigare. Dès qu'il a vent de l'initiative, Jean-Claude Cantin frappe à sa porte.

«Il arrivait quelque chose à laquelle j'avais toujours rêvé, soit l'élite de l'élite. J'étais allé voir Bob pour lui dire que je voulais coacher ce groupe. Je venais de gagner dans le midget AA à Québec-Centre, j'avais de l'expérience dans le junior A avec le club-ferme des Remparts et avec le Rouge et Or. La première saison n'avait pas été facile, les entraîneurs dans la Ligue Inter-Cité ne voulaient pas tous laisser partir leurs meilleurs joueurs», rappelle le premier entraîneur-chef du Couillard, nom d'un entrepreneur en construction.

Dès la deuxième année, le Couillard - il deviendra les Gouverneurs après trois saisons - remporte le championnat canadien, aussi appelé Coupe Wrigley, premier de quatre titres nationaux (1978, 1979, 1996 et 2001). «Encore aujourd'hui, j'ai conscience d'avoir participé à l'élaboration d'une très belle structure de hockey que je suis fier de voir se poursuivre.»

Ces hommes de hockey ne travaillaient pas pour leur gloire personnelle, ni pour arrondir leurs fins de mois. «J'avais eu une bouteille de gin en cadeau à Noël, pis j'en buvais pas...», rigole encore ce pionnier du hockey universitaire à l'Université Laval (lorsqu'il y en avait) et au collégial (Titans de Limoilou). «Moi, c'était 750 $ avant les Fêtes et 750 $ après...», raconte Létourneau en riant.

Le long règne

Pendant 10 ans, Jean-Louis Létourneau a dirigé les Gouverneurs, remportant son lot de championnats de la Ligue parmi les 12 de l'histoire. Ce bachelier en récréologie de l'Université d'Ottawa et en éducation physique de l'Université de Moncton, où il était l'adjoint de Jean Perron avec les Aigles Bleus, faisait déjà partie de la structure quand son ami Fred Dixon a été promu du midget AAA aux Remparts (junior majeur) en 1982.

«Nos succès n'étaient pas le fruit du hasard. Des clubs qui s'entraînaient quatre fois par semaine, dans le temps, ça n'existait pas. Dans les colloques, les intervenants disaient : "Si vous voulez battre les Gouverneurs, faites comme eux!»

Enseignant d'éducation physique à l'école primaire à l'époque, Létourneau faisait du hockey le soir, un mode de fonctionnement qui n'est plus possible aujourd'hui. Il a eu l'occasion de faire le saut dans le junior majeur à une reprise, mais l'équipe qui le courtisait ne voulait pas lui payer le salaire qu'il laissait sur la table pendant une année sans solde.

«On a beau avoir soulevé plusieurs trophées, il n'y a rien qui vaut plus à mes yeux qu'un ancien joueur qui vient te serrer la main. Je souhaite à tous les entraîneurs de vivre ça», dit celui qui a été à la barre de l'équipe jusqu'en 1992.

L'héritage

Lizotte entame sa cinquième saison avec le Blizzard. Il est le troisième à diriger l'équipe aussi longtemps sans interruption après Létourneau et le regretté Jeannot Gilbert.

«Ce n'était pas mon plan de carrière de faire du coaching, j'étudiais en économie, mathématiques et relations industrielles à l'Université Laval. Ça m'a aidé de gagner cinq tournois provinciaux sur six dans le midget espoir. Je devais être l'adjoint de Serge [Beausoleil], mais je l'ai plutôt remplacé lorsqu'il est parti à Rimouski en 2011. J'aurais aimé travailler avec lui, il était attachant et j'appréciais son approche.»

Le monde du hockey est tricoté serré, même au bout de 40 ans. Quand Bryan Lizotte a été nommé entraîneur-chef du club midget AAA, il s'entraînait au même gymnase que Jean-Claude Cantin et dirigeait une équipe midget espoir avec Louis-Philippe Létourneau, le fils de Jean-Louis. Au-dessus d'eux, l'âme de Bob Chevalier les suit. «Bob, c'était le Zeus du hockey à Québec. Regarde l'héritage qu'il a laissé», fait remarquer Jean-Claude Cantin.

Lizotte en est aujourd'hui l'héritier. «À tous les jours, on réalise l'histoire de cette organisation, c'est la moindre des choses d'essayer qu'elle se perpétue.»

Un peu plus de 70 joueurs ayant joué... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Un peu plus de 70 joueurs ayant joué sous les ordres de Bryan Lizotte, de Jean-Louis Létourneau ou de Jean-Claude Cantin ont été repêchés par la LNH. Même si tous les jeunes peuvent rêver à une carrière au hockey, le développement et l'éducation demeurent les priorités. 

Le Soleil, Patrice Laroche

L'école, le hockey, le rêve

Quatre décennies plus tard, une constante : l'entonnoir ne permet pas à tous les joueurs midget AAA d'accéder à la LNH. À ce jour, un peu plus de 70 joueurs du Couillard, des Gouverneurs et du Blizzard ont été repêchés par la LNH, mais ils n'y ont pas tous disputé un match.

«Comme 99 % des jeunes ne se rendent pas dans la LNH, le hockey n'est pas une fin en soi et le midget AAA doit aussi être perçu comme un outil dans le développement et l'éducation des jeunes», estime Jean-Claude Cantin, qui a refusé à quatre reprises une invitation à diriger les Remparts dans les années 70, estimant que sa mission se trouvait plutôt dans les programmes sport-études.

Par contre, les aspirations sont toujours permises. «Les jeunes doivent aller à l'école, c'est pour cela que la Ligue midget AAA s'est rapprochée du milieu scolaire. Il y a une chose, par contre : je ne les empêcherai jamais de rêver à une carrière dans le hockey», indique Bryan Lizotte, l'actuel entraîneur-chef du SSF.

Jean-Louis Létourneau est d'avis qu'un joueur d'âge midget ne devrait pas faire le saut trop rapidement dans le junior majeur à moins d'être un talent exceptionnel. «Oui, les joueurs s'améliorent peut-être dans les pratiques, mais l'art de lever les bras au ciel [marquer un but] ne s'enseigne pas. Je trouve qu'on oublie de mettre les jeunes dans des situations où ils peuvent être les meilleurs, où ils arriveraient à l'aréna en sachant qu'ils sont les leaders, qu'ils peuvent faire gagner leur équipe. À la place, certains jouent sur le quatrième trio dans le junior.»

Pas un défilé de mode

Létourneau précise n'avoir jamais eu le mandat de faire passer la victoire avant le développement, bien que l'un n'allait pas sans l'autre. Même chose pour l'image du club.

«Bob avait le don de passer ses petits messages sous le signe de l'humour. Par exemple, il détestait les manteaux d'équipe, les casquettes, etc. Ils trouvaient qu'on sollicitait trop les parents. Pour lui, le hockey de développement ne devait pas être une parade de mode. Au lieu de vous habiller, qu'il disait, j'aimerais mieux vous donner

10 heures de plus de glace pour vous montrer à patiner, à lancer», raconte Létourneau, qui pourrait écrire un livre sur les métaphores de son mentor! 

Des joueurs marquants

JEAN-CLAUDE CANTIN

coach de 1976 à 1978

Une question délicate, il y en a tellement. Sylvain Boutet, bien sûr, mais aussi Claude Drouin, qui avait tout pour lui, le talent, l'éducation, la personnalité. Il y a aussi Daniel Richard, un très bon étudiant qui avait le nom, le physique, les habiletés. Ça me fend encore le coeur de savoir qu'il est décédé aussi jeune, quelle tristesse.

***

JEAN-LOUIS LÉTOURNEAU  

coach de 1982 à 1992

Sans hésitation, je dis Réjean Boivin, qui est maintenant actuaire à New York et qui a été finaliste au trophée Hobey-Baker [meilleur joueur universitaire aux États-Unis]. Il était un joueur assidu, agréable, facile à diriger. Si un coéquipier avait de la misère, il allait au devant lui, il était comme un adjoint. Benoît Groulx [meilleur compteur de l'histoire de l'équipe, il est maintenant dg et entraîneur-chef des Olympiques de Gatineau, dans la LHJMQ] m'a aussi marqué. On l'avait repêché même si nous n'avions pas le droit parce qu'il n'allait pas à l'école. Bob [Chevalier] avait dit : «On va l'inscrire quelque part.» Il lisait des piles de journaux, savait tout par coeur de chaque équipe. Il n'avait que 15 ans, mais Bob pensait déjà qu'il coacherait dans la LNH.

***

BRYAN LIZOTTE

coach depuis 2011

Olivier Leblanc, qui joue au Cap-Breton et qui a été repêché par Columbus, était un modèle de surpassement, il avait une attitude incroyable. Je l'ai revu à Calgary, l'été dernier, et je retrouvais le même petit gars que j'avais connu. Il reflète bien mes valeurs. J'ai aussi toujours eu un bon lien de confiance avec Jacob Sweeney, qui a été repêché en première ronde par Victoriaville même s'il avait été retranché au pré-camp du AAA.

Ils sont aussi passés par là

Pierre Rioux, Jacques Chouinard, René Labbé, André Côté, Gaétan Duchesne, Réjean Vignola, Michel Petit, Claude Verret, Martin Bouliane, Patrick Émond, Sylvain Côté, Patrick Roy, Mario Brunetta, Jean-Marc Routhier, Claude Gosselin, Claude Lefebvre, Alain Côté, Frédéric Chabot, Yves Racine, Claude Boivin, Joé Juneau, Michel Picard, Martin Robitaille, Alexandre Legault, Patrick Poulin, Patrick Nadeau, Philippe Boucher, Jean Roberge, Éric Lavigne, François Groleau, Jacques Auger, Marc Chouinard, Christian Laflamme, Étienne Drapeau, Xavier Delisle, Gregor Baumgartner, Simon Gagné, Éric Chouinard, Maxime Ouellet, Jean-Philippe Côté, Steve Bernier, Marc-Antoine Pouliot, Patrice Bergeron, Alex Chiasson, David Savard, Frédérick Roy, Mikaël Tam, Félix Girard, etc.

En chiffres

  • 4  titres nationaux
  • 12 championnats des séries
  • 14 entraîneurs-chefs (Jean-Claude Cantin, Michel Morin, Fred Dixon, Jean-Louis Létourneau, Jeannot Gilbert, Martin Guay, René Matte, Serge Beausoleil, Stéphane Hains, Pierre Lacroix, Christian Alain, Frédéric Marquis, Martin Plante et Bryan Lizotte)
  • 27  le plus de victoires en une saison par un gardien (Patrick Roy)
  • 53  le plus de buts en une saison (Michel Picard)
  • 72  joueurs repêchés dans la LNH
  • 76  le plus de passes en une saison (Benoît Groulx)
  • 109 le plus de points en une saison (Pierre Sabourin)

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