Russ Anber en 12 rounds

Russ Anber, l'homme-orchestre de la boxe québécoise, porte... (La Presse, François Roy)

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Russ Anber, l'homme-orchestre de la boxe québécoise, porte en bracelet une réplique de la ceinture de champion du monde WBC des poids lourds gagnée par Deontay Wilder en janvier dernier.

La Presse, François Roy

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Entraîneur, homme de coin, soigneur, analyste et même équipementier, Russ Anber sait jouer toutes les partitions autour d'un ring. Il a même déjà tapé de la grosse caisse sur le frère d'un bagarreur de la LNH, premier combat de sa courte carrière de boxeur. Dans une semaine, au Centre Vidéotron, Eleider Alvarez et Oscar Rivas compteront sur lui pour avoir la note juste. Portrait en 12 rounds de  l'homme-orchestre de la boxe québécoise.

1er round : le père

Le petit Russell a son premier contact avec la boxe à 10 ans. Hiver 1971. Muhammad Ali va affronter Joe Frazier. Un événement qui dépasse les frontières sportives. «Mon père était de la vieille école et il me disait que Joe Louis battrait les deux sans problème», raconte Anber. Qui clamait de son côté que le Montréalais Donato Paduano, 147  livres, aurait raison du vainqueur, que ce soit Ali ou Frazier! «Je voyais son nom dans les journaux et on l'appelait l'Ange du ring. Il remplissait le Forum et le Centre Paul-Sauvé, c'était une grosse vedette à l'époque! Mais je ne savais pas qu'il y avait des catégories de poids...»

2e round : le magicien

Né à Montréal, Anber passe son adolescence à Sainte-Adèle. Il apprend le français en jouant au baseball. Un de ses coéquipiers est Alain Choquette, futur magicien. À 15 ans, les deux travaillent au Sports Experts. C'est l'année du premier Rocky et des Olympiques de Montréal. Anber s'émerveille devant les exploits dans le ring des Américains Sugar Ray Leonard, Howard Davis et autres frères Spinks contre les Cubains et les Russes. Choquette teste ses tours sur ses collègues et mousse ses ventes en prétendant qu'un certain Russ Anber, membre de l'équipe nationale libanaise de ski alpin, utilise le même équipement. Ils sont encore amis et Anber a quelques tours de magie à lui.

Russ Anber et son ami d'enfance Alain Choquette

3e round : le professeur

Cinquième secondaire à Sainte-Agathe. «Mon prof de chimie était Italien. C'était peut-être un peu raciste de ma part, mais je me dis que comme il est Italien, il doit aimer la boxe! Je lui ai demandé de m'enseigner.» Son premier adversaire est un dur de l'école à qui il concède 30 livres, le frère de Ronnie Stern, futur goon des Flames de Calgary. «Je lui ai donné un rince... j'avais tellement peur! J'ai fait les deux choses qu'il m'avait montrées : jab, droite, jab, droite. Plus je le frappais, plus il fonçait sur moi et plus il fonçait, plus je le frappais!» se remémore Anber, qui a rendu hommage à Agostino Santini il y a quatre ans, dans un discours aux finissants de son ancienne école. Santini l'a aussi initié au snooker, la grande passion d'Anber.

4e round : le catalyseur

Sa rencontre avec Vinnie Curto le fait vite dévier vers le métier d'entraîneur. «Tu vois des choses que les autres dans ce gymnase ne voient pas et tu sais comment l'enseigner. Tu vas devenir un grand entraîneur», lui dit le poids moyen de Boston venu s'entraîner au Club de boxe olympique de Montréal. «Santini m'a initié à la boxe, mais d'avoir la bénédiction d'un gars établi comme Curto, mon chemin de carrière venait d'être tracé», indique celui qui sera homme de coin pour la première fois à 18 ans, en octobre 1979, pour le combat Curto-Bernardi préparatoire à l'affrontement de Curto contre Eddie Melo du mois suivant.

5e round : l'entraîneur

Il prend les rênes du Club de boxe Ville-Saint-Laurent en 1981. Celui dont il devait être l'adjoint s'est désisté. C'est là qu'il rencontre les frères Howard et Otis Grant. Anber devient le premier entraîneur à mener un boxeur canadien sur le podium des Championnats du monde amateurs quand Howard gagne la médaille d'argent en 1986. Puis l'or aux Jeux du Commonwealth la même année, avant de prendre part aux Jeux olympiques de 1988. Otis finit deuxième des Jeux panaméricains en 1987 et, 10 ans plus tard, se hisse au titre de champion du monde des poids moyens WBO chez les pros. Le gym déménage dans une ancienne caserne de pompiers d'Ahuntsic dès 1983 et y est toujours, rue Saint-Urbain. Hercules Kyvelos et David Lemieux y sont passés, entre autres.

6e round : l'analyste

Jeux olympiques de Séoul, 1988. Privé d'une accréditation promise par Boxe Canada pour suivre son boxeur Howard Grant, Anber est invité par le descripteur Doug Sanders à jouer l'analyste d'un jour. Mais il est tellement bon que les patrons de la CBC veulent l'avoir en ondes pour le reste des Jeux! Pour bien paraître à l'écran, il se fait couper les cheveux, qu'il avait aux épaules après se les être laissés pousser durant toute l'année préolympique. Il a depuis commenté la boxe à CBC à chaque JO, sauf ceux de 1992, diffusés par CTV. Le producteur pour Atlanta 1996 est ensuite devenu président de TSN et l'a embauché. On le voit depuis à TSN, RDS et ESPN Canada.

7e round : l'équipementier

Petit-fils d'un immigrant libanais devenu manufacturier de boucles métalliques, il suivait son père chez les clients fabricants d'équipement sportif. Entrer dans l'usine de Daigneault-Rolland (DR) équivaut à visiter l'atelier du père Noël pour le jeune Russ. Le bruit des machines à coudre, l'odeur du cuir, gants de baseball et jambières de gardien partout! Il deviendra lui-même distributeur pour des équipementiers de boxe américains dès les années 80, avant de démarrer sa propre entreprise au début 2000, Rival Boxing. Il fait encore affaire avec le manufacturier pakistanais qui avait accepté sa première commande de 2000 $. Les ventes atteignent aujourd'hui 2,5 millions $ par année pour les deux boutiques de Montréal et Las Vegas.

8e round : l'élève

Le Soleil a rencontré Anber le lendemain de la défaite de David Lemieux contre Gennady Golovkin. Anber a formé Lemieux. Il a été son premier entraîneur, de l'âge de 9 ans à 22 ans. Se sont séparés en 2011, après avoir perdu contre Marco Antonio Rubio. «Depuis quatre ans, David n'a pas fait ça à sa manière, il a fait ça comme je voulais. Il s'est entraîné fort et ç'a paru contre Golovkin. Même s'il n'a pas gagné une minute d'une ronde, il a tenu parce qu'il était en bonne condition physique, il était bien préparé. Mais c'est comme quand Mario Lemieux avait déculotté Raymond Bourque en passant la rondelle entre ses jambes. C'est ça que Golovkin a fait.»

9e round : l'homme de coin

Minorité audible et visible dans les Laurentides, l'homme de 54 ans sourit en voyant le chemin parcouru. Anber travaille dans le coin de quatre champions du monde en Deontay Wilder, Vasyl Lomachenko, Badou Jack et Liam Smith, en plus des Roy Jones, Jean Pascal, Artur Beterbiev, Jessie Vargas, Eleider Alvarez, Malik Scott, Oscar Rivas. Son talent pour enrubanner les mains est reconnu partout. Son perfectionnisme en fait un conseiller de choix, même s'il n'est plus entraîneur-chef depuis sa rupture avec David Lemieux. Sa dextérité manuelle lui permet de bien refermer les plaies. «Quand j'étais jeune, pour plusieurs, leurs héros étaient des boxeurs. Pour moi, les héros avaient un Q-tip dans la bouche et une serviette sur l'épaule», affirme-t-il.

10e round : le champion

Il porte en bracelet une réplique de la ceinture de champion du monde WBC des poids lourds gagnée par Deontay Wilder en janvier dernier. «Ce n'est pas n'importe quel titre. À une époque, le champion du monde des poids lourds était le plus grand athlète sur la planète!» s'exclame celui qui a eu l'idée de ce souvenir créé en seulement cinq exemplaires, un peu comme une bague de la Coupe Stanley ou du Super Bowl. Ironie du sort, Wilder a arraché le titre des mains du Québécois d'origine haïtienne Bermane Stiverne. Troisième défense du titre à venir en janvier.

11e round : le voyageur

En se rendant à Moscou pour le combat de Roy Jones du 12 décembre, Anber renouvellera son adhésion au club des 75 000 milles aériens pour une troisième année de suite. «L'autre jour, je revenais des États-Unis et j'avais fait Tuscaloosa-Birmingham-Chicago-Birmingham-Montréal. Le douanier me demande d'où j'arrive et je ne le savais plus!» s'esclaffe-t-il. Orlando, deux fois Las Vegas et Québec sont sur son itinéraire avant la Russie. Il côtoie Québécois et Américains, mais aussi Ukrainien, Colombiens, Suédois, Anglais, Tchétchène. «Comme anglophone au Québec, la première chose que tu apprends, ce n'est pas le français, c'est comment te faire comprendre. C'est la même chose aujourd'hui.»

12e round : l'observateur

De sa table du Bistro du Marché central de Montréal, Anber regarde tourner la planète boxe. Au plan du développement de boxeurs pour la scène mondiale, le Québec a fait «plus dans les 20 dernières années que dans les 100 années précédentes». Mais il regrette que les cartes locales se fassent aussi rares et dénonce qu'Adonis Stevenson n'ait toujours pas affronté Jean Pascal après six défenses de titre. Pascal et Lucian Bute avaient aussi pris un temps «ridicule» avant de croiser le fer, selon lui. Il estime par ailleurs que Bute a pris tout un contrat en se mesurant à James DeGale avec seulement quatre rounds dans le corps depuis plus de 22 mois.

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