Maxime Boutin: la dernière mission du numéro 1

Les embûches n'ont pas manqué sur la route... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Les embûches n'ont pas manqué sur la route de Maxime Boutin, mais il n'a jamais abandonné.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Comme ses courses sur le terrain de football, le parcours de Maxime Boutin a rarement été une belle ligne droite. Deuil, blessures, suspension, les plaqués de la vie ont été nombreux à l'endroit du porteur de ballon du Rouge et Or. Mais il est toujours debout, à la porte des buts de sa carrière sportive. Il ne veut pas rater son dernier jeu.

Trois matchs. Pas plus. C'est ce qui reste dans les jambes de Maxime Boutin. Peut-être même juste un, si le Rouge et Or s'incline samedi après-midi en finale québécoise. «Je suis dû pour la retraite!» s'esclaffe l'athlète de 24 ans, rencontré chez lui à l'aube du dernier droit de son ultime campagne universitaire.

Celui qui enfile le maillot numéro 1 chaque semaine depuis 2011 au sein du prestigieux club de l'Université Laval ne l'a pas eu facile. Les embûches n'ont pas manqué, mais il n'a jamais abandonné.

«Pendant tout mon parcours à l'université, c'est cette année où j'ai le plus de plaisir à jouer», confiait-il, au lendemain du dernier match régulier. «Je sens que je suis revenu dans mes belles années du cégep et du secondaire, où tu ne te casses pas la tête à savoir si ça va bien aller, si tu vas avoir tu temps de jeu. Je pense juste à jouer et à gagner.»

Si la route jusqu'au sommet s'avère périlleuse cette année, il se sent plus d'attaque que jamais. «Un parcours difficile va faire ressortir le meilleur de nous-mêmes», insiste-t-il. Comme ce fut le cas pour lui au fil de ses 13 années de football.

Le soccer prend le bord

Élevé dans le quartier Lebourgneuf de Québec, où il habite toujours avec sa blonde, Boutin a choisi l'Académie Saint-Louis comme école secondaire par automatisme. «Mon frère allait là, c'était à côté de chez nous», résume celui qui pratiquait alors soccer, hockey et basketball.

Son aîné, Michaël, a excellé en soccer. Il a été champion canadien universitaire et civil, avec le Rouge et Or de 2009 et le Royal-Sélect de Beauport de 2012.

Mais le jeune a mis le ballon rond de côté dès le secondaire. «Quand j'ai goûté au football, j'ai lâché tout le reste», se souvient celui qui a fait ses premiers pas comme demi défensif.

«Je n'étais pas gros! Je devais peser 80 livres et mesurer 5'. Et je ne connaissais même pas les règles! Ça m'a pris une couple de games avant de les apprendre», rigole-t-il aujourd'hui. 

Il avait quand même inscrit un touché sur un retour de botté dès son deuxième ou troisième match. Mais c'est surtout en deuxième secondaire que le nouveau porteur de ballon et secondeur commence à s'épanouir sur le terrain.

Une maman combative

Le football l'a toujours obligé à redoubler d'effort en classe. À cette époque, il s'agit davantage d'une soupape pour oublier, ne serait-ce que quelques heures, les souffrances de sa mère qui se meurt.

Elle est décédée en octobre 2006 des suites d'un cancer du côlon qu'elle combattait depuis plus de quatre ans. Les médecins lui donnaient six mois. La mère de famille et secrétaire au syndicat des infirmières s'est éteinte à 43 ans. Son fils cadet en avait 15.

«Perdre ta mère à 15 ans, c'est tough», confie-t-il. «Tu es dans une phase critique et j'étais ado pas mal. Ça doit être là que j'ai appris à ne pas être un lâcheur. Ma mère a été combative jusqu'au bout.

«Elle était à tous mes matchs jusqu'en secondaire 3. Mais c'est surtout en secondaire 4 et 5 que j'ai eu une éclosion, j'aurais voulu qu'elle soit là pour me voir», laisse-t-il tomber, la voix éteinte.

Commerçant automobile de métier et «plus fidèle partisan» de fiston, son père ne rate pas une partie. Il a longtemps assisté à chaque entraînement.

Boutin parle de ses deux saisons juvéniles avec l'Arsenal comme de ses «plus belles années» sur la pelouse. Malgré deux défaites en finale du Bol d'or. Il s'y est fait ses plus chers amis, qu'il a ensuite suivis au Campus Notre-Dame-de-Foy.

Où il a été nommé meilleure recrue de 2008 en première division du collégial AA, puis joueur par excellence en 2009. Une autre défaite en grande finale l'attend en 2010 avec le Notre-Dame, saison en demi-teintes à cause d'une blessure à la cheville.

 

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Le Soleil

Vite oui au Rouge et Or

Même si le Vert & Or de Sherbrooke lui sert la grande séduction, Boutin succombe aux timides avances du Rouge et Or. «J'ai niaisé longtemps avant de choisir mon université, mais quand le Rouge et Or est entré en jeu, j'ai dit oui tout de suite. Au fond de moi, c'est ce que je voulais», sourit-il, avec du recul.

«J'ai 20 ans, je tripe football, j'ai juste le goût de faire ça. Je savais que ça n'allait pas être facile, mais j'étais prêt à faire les sacrifices. Dans ma tête, je pensais que je pourrais faire une différence.»

La campagne 2011 s'annonce prometteuse comme porteur et retourneur dès les premières rencontres. Mais quand le froid prend et que ça devient plus sérieux, la recrue est clouée au banc. Il ne fera même pas le voyage dans l'Ouest pour la demi-finale et la finale canadiennes.

«Là, tu te dis : "Je veux-tu vraiment faire ça pendant cinq ans?" Plusieurs joueurs le font [chez le Rouge et Or] et c'est tout à leur honneur de s'entraîner et de s'impliquer sans jamais avoir de temps de jeu. Mais je me demandais si j'allais être capable.

«Même à ma deuxième année, j'étais troisième porteur, je ne voyais pas beaucoup de terrain. Pendant ce temps-là, mes amis étaient sur le marché du travail et moi, j'étudiais encore, même si je n'avais pas besoin d'un bac pour devenir policier», explique celui qui avait sa technique policière en poche.

Le moment d'une vie

Puis arrive la Coupe Vanier 2012. Apothéose en plein Rogers Centre de Toronto. Récolte de 253 verges et de 2 touchés au sol pour 287 verges cumulées dans ce triomphe-revanche du Rouge et Or contre McMaster. Deuxième meilleure prestation par la course en 50 ans d'histoire de ce match de championnat et le titre de joueur par excellence.

«Un rêve! Sorti de nulle part parce que j'avais eu une saison bien ordinaire, j'avais trouvé ça difficile toute l'année. D'exploser comme ça à la fin, c'était tripant», affirme celui qui demeurait le seul porteur capable de courir dans le camp de l'UL, les deux autres étant blessés.

Et encore. Boutin souffrait d'une blessure dard (stinger) au cou qui lui engourdissait le bras gauche. Après ce fameux match, il a dormi sans oreiller durant deux mois. A mis un an avant de retrouver toute la force dans son bras.

«Je n'ai jamais regretté. J'ai souffert et je souffre encore, mais c'était tellement une belle expérience. Ç'a été le moment de ma vie.»

Ce qui ne l'empêche pas d'amorcer l'automne suivant comme... troisième porteur, encore. «L'ordre naturel revenait», comme il dit. Malgré la frustration, Boutin accepte son rôle. «Tu te rends à l'évidence : l'équipe va passer avant toi. C'est une culture chez le Rouge et Or et c'est ce qui fait que ça marche. Ce n'est jamais facile pour personne, mais tout le monde finit par l'accepter, même si certains sont plus longs à casser», fait-il valoir, sans se classer dans la dernière catégorie.

Suspension et rédemption

La saison 2014 ne part pas mieux avec une suspension de deux matchs pour avoir enfreint le couvre-feu durant le camp d'entraînement hivernal, en Floride. Se sentant «lâché pour pas grand-chose», il songe sérieusement à renoncer. Puis se range aux arguments de l'entraîneur-chef Glen Constantin et comprend aujourd'hui avoir «servi d'exemple».

«Le camp était ordinaire. Après deux championnats de suite, la tête des gars n'était plus là. Les gars pensaient plus à faire le party qu'à faire les efforts pour le prochain championnat, et ç'a paru sur le terrain après», constate-t-il, au sujet de la première défaite du Rouge et Or en 12 finales de conférence encaissée l'an dernier.

«Je ne voulais pas finir sur une suspension. Je ne suis pas un lâcheur! Je ne voulais pas avoir l'étiquette du gars qui s'en va quand ça va mal», explique-t-il, sur son insistance à rester.

Le voilà maintenant récompensé avec, de loin, sa meilleure saison universitaire. Il a mené la conférence Québec pour les portées et les verges par la course durant le calendrier régulier. Mais l'athlète de 5'9" et de 195 livres en veut plus. Les portes des pros lui sont fermées. Il veut finir en beauté, finir en gagnant.

«Quand ça va bien, c'est tellement gratifiant qu'on oublie vite les bouts plus durs. Le Rouge et Or m'a fait grandir. Je foirais beaucoup au début, à l'école je m'en allais nulle part. Là, je suis plus assidu à mes affaires. Je sais comment agir pour devenir un leader. Il faut montrer l'exemple et pas juste le dire», conclut avec fierté le bientôt titulaire d'un baccalauréat multidisciplinaire en criminologie, psychologie et toxicomanie.

Maxime Boutin... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

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Maxime Boutin

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

L'histoire d'un numéro

Maxime Boutin porte le chandail numéro 1 depuis son arrivée avec le Rouge et Or... ou presque. Il a pris sa première photo officielle vêtu du 34, son numéro du cégep et du secondaire. Mais le chandail était trop grand. Restait le 1 et le 17. Même que Boris Bede avait choisi le 1, mais l'entraîneur Glen Constantin trouvait que le 1 n'allait pas pour un botteur. Bede a donc hérité du 17 et Boutin du 1. 

Maxime Boutin du Rouge et Or

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