La force tranquille de David Savard

David Savard ne s'emballe pas avec son nouveau statut... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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David Savard ne s'emballe pas avec son nouveau statut de défenseur de premier plan. «Dans le hockey d'aujourd'hui, ça change tellement vite.»

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Depuis un an, il a vu plus de glace dans la LNH que Sidney Crosby ou Zdeno Chara, mais à Québec, où il a grandi, rares sont ceux qui le reconnaîtraient dans la rue. David Savard est loin de s'en plaindre. La force tranquille de l'unité défensive des Blue Jackets de Columbus veut se faire remarquer sur une patinoire, pas en dehors.

Lorsqu'on voit David Savard projeter sa charpente de 220 livres le long des bandes de la LNH, difficile de croire qu'il peut passer inaperçu de quelconque façon. Sur la glace avec les Blue Jackets, le défenseur brasse la cage des meilleurs trios adverses soir après soir. Mais une fois qu'il a délassé ses patins, ne le cherchez pas sous les projecteurs. 

Le Québécois sort d'une année de rêve. Muté sur la première paire aux côtés de Jack Johnson à Columbus au début de la saison dernière, il a explosé avec une récolte de 11 buts et 36 points. Lui qui n'avait jamais représenté le Canada dans une compétition, il a aidé l'équipe nationale à remporter le Championnat du monde, ce printemps, à Prague. 

Dès que l'on s'assoit avec le défenseur, on comprend rapidement qu'il ne possède pas le tempérament flamboyant de plusieurs des jeunes millionnaires qui l'entourent. Le grand barbu parle avec une sagesse qui ne risque pas de trahir ses 25 ans. 

Des rangs mineurs à la LNH, en passant par la LHJMQ, le succès est toujours venu à lui, mais ne lui a jamais monté à la tête. Vous lui parlez de sa médaille d'or de ce printemps, Savard vous parlera du sourire que cela a mis sur le visage de son père. Sa prolongation de contrat de 21 millions $? Il se réjouit de pouvoir s'acheter une maison et fonder une famille dans le calme de l'Ohio, lui qui vient d'avoir son premier enfant. 

Il ne s'emballe pas avec son nouveau statut de défenseur de premier plan. «Dans le hockey d'aujourd'hui, ça change tellement vite. On voit tout le temps des vétérans qui se font racheter ou qui s'en vont dans la ligue américaine. Les équipes font des virages jeunesse rapidement. C'est une chose à laquelle je pense souvent. Il faut que tu te prépares et que tu prennes soin de ton corps, même jeune.»

C'est peut-être en raison de son tempérament effacé que le nom de Savard commence à peine à résonner dans la tête des amateurs de hockey québécois. Le fait que le défenseur a joué l'ensemble sa carrière junior et professionnelle à plus de sept heures de route de Québec n'y est pas non plus étranger. Mais ce n'est pas nouveau que le grand gaillard domine sur une patinoire. 

De Saint-Hyacinthe à Québec

Originaire de Saint-Hyacinthe, Savard débarque dans le hockey mineur de la région de Québec à 12 ans lorsque la famille déménage. Il ne tarde pas à faire sa place, même si, contrairement à la plupart des jeunes joueurs de hockey de son âge, il n'est pas dans un programme sport-études. Son père, un ancien joueur de hockey universitaire, n'en voit pas la nécessité. Le fils non plus.

«Je n'ai jamais été pour ça. J'étais déjà sur la glace deux ou trois fois par semaine avec mon équipe et j'aimais pratiquer d'autres sports. Parfois, j'ai l'impression qu'il y a des parents qui s'acharnent tellement dans l'espoir que leur enfant joue dans la LNH. Moi, le hockey, j'aimais ça un peu plus chaque année.»

Cela ne l'empêche pas de se tailler une place dans le midget AAA à 15 ans. Cette année-là, Savard joue un rôle de premier plan avec le Blizzard. Aux côtés des Jonathan Hazen, Dave Labrecque et Mikaël Tam, il guide l'équipe jusqu'en Coupe Telus.

«Serge Beausoleil venait de revenir à la barre de l'équipe et il repartait à zéro. Il est arrivé au camp et il a choisi les meilleurs joueurs, peu importe ce qu'ils avaient fait par le passé. Il n'y avait pas de vrai premier ou quatrième trio. Tous les joueurs de l'équipe ont été repêchés dans la LHJMQ!»

Choix de quatrième ronde du Drakkar de Baie-Comeau quelques mois plus tard, Savard fait le saut dans les rangs juniors immédiatement. «Je ne me faisais pas d'attente. J'avais été repêché et je me disais que si j'étais capable de faire l'équipe, au moins quelques matchs, ce serait une belle expérience. Je ne voyais pas plus loin que ça.»

Le Drakkar amorce l'année avec l'intention de reconstruire, mais se retrouve parmi les meilleures formations du circuit Courteau à la période des Fêtes. Savard est sacrifié pour faire l'acquisition du vétéran Matt Marquardt, des Wild-cats de Moncton.

«Je ne m'y attendais vraiment pas. Le 22 décembre, j'étais en vacances à Québec et j'ai reçu un coup de fil pour me l'annoncer. J'avais dû appeler ma famille de pension à Baie-Comeau pour leur annoncer que je ne reviendrais pas.» 

Une transaction payante

Trois jours plus tard, le lendemain de Noël, il débarque à Moncton. Il ne connaît pratiquement personne dans l'organisation des Wildcats. Le courant passe cependant rapidement avec son nouvel entraîneur, Danny Flynn.

«Je l'ai beaucoup aimé. Il avait entraîné professionnel et ça paraissait. C'était un excellent stratège et un entraîneur très près de ses joueurs», se rappelle Savard. «Parfois, quand il voyait que le moral était plus bas, il réunissait les vétérans pour leur dire que l'on devrait organiser un party, que ce serait bon pour l'esprit d'équipe.»

L'acquisition de Savard devient rapidement un coup fumant pour les Wildcats. À sa première saison complète dans les Maritimes, il explose avec 44 points et devient un choix de quatrième ronde des Blue Jackets de Columbus.

L'année suivante, Moncton ajoute en cours de saison les vétérans Kelsey Tessier et Nicolas Deschamps au noyau formé des Savard, Gormley et Barberio. Le pari rapporte. L'équipe se fraye un chemin jusqu'à la Coupe Memorial. Ce sera la dernière saison dans la LHJMQ David Savard, qui est nommé défenseur de l'année. 

Des rangs mineurs à la LNH, en passant... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Des rangs mineurs à la LNH, en passant par la LHJMQ, le succès est toujours venu à David Savard, mais ne lui a jamais monté à la tête. 

Photothèque Le Soleil

Une blessure et une leçon 

À son arrivée avec les Falcons de Springfield, club-école des Jackets, l'équipe compte pas moins de 11 défenseurs dans l'alignement. Ce sont les vétérans qui écopent. Savard ne se fait pas seulement une place dans la formation, il termine l'année parmi les meilleurs pointeurs chez les défenseurs de la Ligue américaine. S'établir dans le grand club n'est déjà qu'une question de temps.  

Seule ombre au tableau : la saison 2012-2013. Alors que la LNH est en lock-out, Savard subit une hernie dans la Ligue américaine. Croyant le règlement du conflit imminent, il choisit de ne pas se faire opérer tout de suite, inquiet de perdre sa place avec les Blue Jackets. Une erreur. «Quand la LNH a recommencé et qu'ils m'ont remonté, j'étais amoché et je n'étais plus capable de suivre. Comme j'avais pris la décision de ne pas me faire opérer, j'ai fini l'année. Finalement, quand je suis passé sous le bistouri à la fin de la saison, je me sentais à 100 % après trois semaines. J'ai appris de ça pour le reste de ma carrière.»

La blessure est maintenant loin derrière lui. Désormais bien implanté à la ligne bleue à Columbus, il se plaît au milieu d'un jeune noyau de joueurs d'impact qui grandit ensemble. «On a tous le même âge, c'est une équipe qui se tient beaucoup. On est plusieurs avec de jeunes familles.»

Savard aime également sa ville d'adoption, qui vibre davantage au rythme du football universitaire que du hockey. «J'aime donner aux partisans et rencontrer des jeunes, mais ça ne me tente pas d'aller au centre d'achats et que les gens m'arrêtent. Dans la vie de tous les jours, je suis comme tout le monde.»

Ça ne veut pas dire que les partisans des Blue Jackets ne sont pas passionnés, précise-t-il. «Quand on a fait les séries en 2014, j'avais été surpris par la foule à Columbus. Les gens étaient debout pendant les 60 minutes. Ils ne s'assoyaient pas de la rencontre. C'était fou. Mes parents étaient là et ils n'en revenaient pas.»

Tortorella accueilli à bras ouverts

Rencontré au mois d'août, David Savard avait de hautes attentes pour les Blue Jackets, forts de l'ajout du jeune vétéran Brandon Saad. Nul besoin de dire qu'il s'explique mal le début de saison catastrophique de huit défaites qui a coûté son poste à l'entraîneur-chef Todd R ichards. «On a eu une bonne présaison et on s'attendait à ce que ça se poursuive. Tout le monde a été déçu», admet Savard. «On a eu deux défaites un peu crève-coeur pour commencer l'année malgré de bonnes performances. C'est comme si tout s'était effondré après ça.»

Savard assure que Richards a tout fait en son possible pour redresser le bateau. «Ce n'était pas lui le problème, ni Sergei Bobrovsky. On ne produisait pas devant lui. Souvent, dans le hockey professionnel, c'est l'entraîneur qui paye quand l'organisation veut fouetter les troupes.» Fouetter les troupes, ce sont les mots justes quand on parle des Blue Jackets, qui ont remplacé Richards par le bouillant John Tortorella.

Même s'il reconnaît que Tortorella n'a pas toujours fait l'unanimité dans ses précédents arrêts, le Québécois assure que l'équipe a accueilli le nouveau pilote à bras ouverts. «Il y a un mot pour décrire Tortorella, c'est "passionné". C'est un gros changement de style, car Todd Richards était très calme derrière le banc, mais ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose.» Lui qui avait passé toute sa jeune carrière avec le même entraîneur, Savard sait qu'il doit maintenant refaire ses preuves. «Tu repars à zéro. John Tortorella ne doit rien à personne. C'est à moi de bien faire sous son règne.»

Pas question pour les Blue Jackets de lancer l'éponge après un difficile début de saison. L'équipe n'est pas étrangère avec ce genre de situation, ayant perdu ses huit premiers matchs en 2011-2012. C'était d'ailleurs les huit premiers matchs de David Savard dans la LNH. «Chaque match est important à partir de maintenant. On s'est rendu la vie difficile, mais je pense que ça va être bon pour l'équipe. On s'est déjà retrouvé là, on va y aller un match à la fois.»

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