Auguste Impose: né pour régner sur glace

Auguste Impose a été sélectionné au 43e rang... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Auguste Impose a été sélectionné au 43e rang du repêchage européen de la LCH par les Remparts en 2015.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Depuis tout petit, l'attaquant Auguste Impose épate la Suisse avec son talent offensif. C'est toutefois à Québec, sous les projecteurs du Tournoi international de hockey pee-wee, qu'il s'est révélé au reste du monde en 2009, mais surtout en 2010.

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La une du journal L'Impartial

Le Soleil

«Impose : un nom à retenir», titrait Le Soleil du 20 février 2010. «Un prodige de 12 ans», le qualifiait le journal helvète L'Impartial, à sa une, un mois et demi plus tard. Bien malin celui qui aurait pu prédire que ce fils de réfugiés congolais, une «force de la nature» selon son entraîneur de l'époque, reviendrait un jour régner sur une glace québécoise dans l'uniforme des Remparts...

De Genève à Québec, l'improbable odyssée d'Auguste Impose trouve ses origines aux Ponts-de-Martel, une petite commune de Suisse romande comptant un peu plus de 1000 âmes. C'est grâce à ce village si le garçonnet de la fin des années 90 a pu devenir le redoutable patineur d'aujourd'hui.

1989. Patrick et Sylvie Impose fuient le contexte politique instable du Congo pour la Suisse, où ils sont requérants d'asile. Aux Ponts-de-Martel, le médecin et l'aide-soignante se bâtissent une nouvelle vie et fondent une famille. Leurs deux plus vieux, Aurélien et Auguste, sont encore des gamins quand, en 1998, la famille est menacée d'expulsion. N'eût été une forte mobilisation de leur village, c'est le sort qui les attendait.

«À cette époque-là, ils avaient dit à mes parents qu'il fallait qu'ils rentrent en République démocratique du Congo. Mon père m'a dit qu'on était passé à la télé et tout. Moi, j'étais tout petit, alors je ne m'en souviens pas. Et puis, tout le village s'est mobilisé pour que l'on reste. Et grâce à ça, on a pu rester. Mon frère, ma petite soeur [Caroline] et moi, on a d'abord eu nos papiers. Ensuite, mon père et ma mère les ont eus aussi», raconte le nouvel attaquant des Remparts.

Accueillis à bras ouverts par la population des Ponts-de-Martel, les Impose se sont rapidement intégrés à la petite communauté du canton de Neuchâtel. Les parents, par leur travail dans une résidence de personnes âgées; leurs deux fils, par le hockey, un sport choisi pour tenter d'«éviter la discrimination».

«Chaque fois que je sortais de l'école, je partais avec mes patins. À même pas 10 minutes à pied de l'école, il y avait une patinoire. Je jouais pendant des heures, je driblais, je m'amusais. Puis bien, ça m'a aidé, sans m'en rendre compte. Ce sont des habiletés que j'ai commencé à développer comme ça. Chaque fois que je pouvais, j'allais au hockey libre. Et après, j'ai vu que j'étais pas mal. Même que je savais jouer!» lance le jeune homme au sourire permanent.

Très rapidement, le talent des deux garçons est remarqué. Né en 1997, Auguste jouera surclassé avec des joueurs nés un ou deux ans avant lui, presque tout son hockey mineur, ce qui amène la famille à voyager régulièrement dans la ville voisine de La Chaux-de-Fonds, à une vingtaine de kilomètres. Au bout de quelques années, le déménagement s'impose. Auguste a 10 ans.

«Pour mon père, ça devenait compliqué tout le temps de faire les allers-retours, parce qu'il travaille de nuit. Surtout qu'il n'aimait pas trop qu'on prenne le train, parce qu'on était assez jeunes encore. Il se trouve qu'une fois, quand j'étais avec lui, il s'était presque endormi au volant», relate le centre de 5'10" et de 189 livres.

Surclassé chez les pee-wee

Il n'a que 11 ans et évolue surclassé chez les pee-wee depuis déjà deux ans lorsque, à l'instar de son frère aîné quelques années auparavant, on lui offre de participer au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec, en 2009.

«Quand la sélection Suisse romande se préparait pour aller au Canada, ils ont joué un match préparatoire contre la Chaux-de-Fonds, mon équipe. Après le match, ils ont insisté pour que j'aille avec eux. Ils ont dit: "Même pour l'argent on s'arrangera. Il faut vraiment qu'il vienne!"» relate Impose.

C'est toutefois à sa deuxième participation en 2010 que le jeune homme fait écarquiller les yeux des amateurs de hockey, des médias de Québec et, déjà à l'époque, des dépisteurs de la LNH.

Dans les années qui allaient suivre, Impose demeure dans la lorgnette de la Fédération de Suisse de hockey sur glace, s'alignant avec les formations U16, U17 et U18, dans différentes compétitions internationales. Au printemps dernier, il représente son pays au Championnat du monde des moins de 18 ans, devant ses compatriotes, à Zoug.

Au cours du tournoi, il mène la Suisse à la demi-finale, inscrivant deux buts et deux passes en sept rencontres. Cela ne suffit toutefois pas pour qu'il soit réclamé, lors du dernier repêchage de la LNH, en juin.

 

Auguste Impose (11) lors du Tournoi international de... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Auguste Impose (11) lors du Tournoi international de hockey pee-wee en 2010

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

En première ligue suisse avec des anciens de la LNH

C'est à ce moment que la décision de revenir à Québec, pour y disputer au moins une saison junior, allait se préciser dans l'esprit du jeune homme, qui évolue dans le réseau de développement de la formation professionnelle du Genève-Servette HC, depuis plusieurs années.

«Avant les Championnats du monde, mes conseillers, l'entraîneur Chris McSorley et son adjoint Louis Matte se sont mis à parler de ce qui allait se passer avec moi. Est-ce que je jouais encore junior? J'y avais déjà passé trois saisons. Ils pensaient que si je jouais une autre saison junior, ça n'allait pas être bien pour moi...»

Impose est invité à terminer sa saison avec le club de la première ligue suisse (LNA), alors décimée par les blessures. Il va même jusqu'à disputer des matchs en séries éliminatoires aux côtés d'anciens de la LNH tels que le Québécois Matthew Lombardi, les ex-joueurs du Canadien Matt D'Agostini et Tom Pyatt, ainsi que le frère de ce dernier, Taylor.

«Ce n'est pas tous les clubs en Suisse qui font jouer des jeunes, mais Genève en fait partie. Là où j'ai eu de la chance, entre guillemets, c'est que c'est arrivé à un moment où il y avait beaucoup de blessés. Ça fait que j'ai eu ma chance. Je l'ai saisie. Et ça s'est vraiment très bien passé. C'est là que j'ai vu que j'avais les capacités pour jouer à ce niveau-là.»

Cette année, il y avait toutefois fort à parier qu'Impose n'aurait pas trouvé sa place parmi les six meilleurs attaquants du Grenat. Et à 18 ans, un retour chez les juniors pour une quatrième saison d'affilée semblait peu probable. Lorsque la possibilité d'évoluer à Québec a été soulevée à la veille du repêchage européen de la LCH, où il a été sélectionné au 43e rang par les Remparts, ses coéquipiers n'ont pas hésité à lui vanter la qualité de l'expérience qu'il vivrait dans la capitale.

«D'Agostini, Lombardi et les Pyatt, quand ils ont su  que je m'en venais ici, ils m'ont tous dit que je devais y aller, que j'aurais du fun. Tout le monde m'a dit : "Les Remparts, c'est la meilleure organisation". Et c'est là que j'ai pensé à ma pension [du tournoi pee-wee], les Veilleux. Je leur ai demandé si je pouvais retourner chez eux. Ils m'ont dit qu'il n'y avait pas de problème! C'est une belle petite histoire!»

À Québec, il compte bien ajouter quelques pages à cette histoire, dont il avait écrit le premier chapitre en 2010. Ce faisant, il espère que des dépisteurs de la LNH lui jetteront un sérieux coup d'oeil.

«J'en rêve, comme tous les joueurs qui jouent dans cette ligue. On l'a tous dans un coin de notre tête. Pour ça, d'abord, il faut que je joue bien avec les Remparts, il faut que les Remparts jouent bien. Le reste, ça viendra après...»

Auguste Impose sur...

...le hockey suisse

«Au début, quand on voyait un Suisse en NHL, c'était déjà très grand! Au fil des années, on a commencé à voir que le hockey suisse a beaucoup progressé. La formation aussi. Les entraînements sont de mieux en mieux. Ils investissent aussi beaucoup plus dans des systèmes sports-études, ce qu'il y avait beaucoup moins avant. Maintenant, tous les clubs vont mettre l'accent là-dessus. Pour les générations futures, ça va être très, très bien. Et ensuite, dès qu'on a commencé à voir qu'il y avait un, deux, trois joueurs qui commençaient à arriver [dans la LNH], dans la tête des autres, on a commencé à se dire : "S'ils arrivent, pourquoi pas nous?" Et maintenant, on a tous la NHL dans la tête...» laisse entendre Auguste Impose, citant en exemple les Nino Niederreiter (Minnesota) et Roman Josi (Nashville).  

...la culture du hockey au Québec

«Ce qui m'avait le plus impressionné, lors du tournoi pee-wee, c'est tout l'engouement autour du hockey ici. Tout le monde connaît le hockey, sait ce que c'est. En Suisse, les gens connaissent le sport, ils savent ce que c'est, mais ils ne connaissent pas trop le jeu. Ce n'est pas trop populaire. Ici, vraiment, ils connaissaient! Je voyais des mamans parler de ça... J'étais impressionné! Même quand on était dans un petit magasin. On s'était arrêté pour acheter des petits trucs. Le vendeur a vu nos vestes et il nous a dit : "Vous faites le tournoi?" Je ne pouvais pas croire qu'il savait ça! Je trouvais ça incroyable! C'est surtout ça qui m'avait surpris. Et de voir autant de gens venir voir jouer des enfants de 10 ans, 11 ans... C'est ça, qui m'avait le plus surpris.» 

...représenter la Suisse... en Suisse

«Deux ans avant [le Championnat mondial des moins de 18 ans], on avait su qu'il y avait moyen que ce soit en Suisse. Nous, on était des moins de 16, alors on se disait : "Imaginez ce que ce sera, on sera moins de 18!" Quand ç'a été officiel, on se réjouissait tous. On était tous excités. Et la Fédération nous avait dit que l'objectif, c'était de passer les quarts de finale. Parce que la Suisse s'est souvent arrêtée en quart de finale. Après, ils se disaient que si on passait les quarts de finale, il y avait des chances qu'on ait une médaille, ce qui aurait été quelque chose d'incroyable. [...] On a terminé quatrièmes. On a perdu contre le Canada pour la troisième place. Et en demi-finale, on a perdu en prolongation.»

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