La folle aventure des Jaros racontée dans un livre

Quelques-uns des joueurs des Jaros de la Beauce.... (Infographie Le Soleil)

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Quelques-uns des joueurs des Jaros de la Beauce. Jocelyn «Joe» Hardy (1), Gilles «Bad News» Bilodeau (2), Wally Weir (3) et Alain «Boom Boom» Caron (4). Les trois derniers ont également joué pour les Nordiques de Québec. (photos tirées des Archives du Soleil ou fournies par Steeve Vallières)

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Il y a 40 ans cet automne, les Jaros de la Beauce disputaient la première saison de leur éphémère existence. Revivez la courte aventure de ce club de hockey professionnel qu'un journaliste américain avait qualifié «d'équipe qui semble remplie d'évadés d'un hôpital psychiatrique».

Quelque chose frappe immédiatement l'imaginaire sur la couverture du livre Implacables : les Jaros de la Beauce, 1975-1976 de Steeve Vallières. Outre l'oeil au beurre noir évident au visage du capitaine Peter Folco sur cette photo de la formation de la North American Hockey League (NAHL), le logo de l'équipe rappelle étrangement celui des Bulldogs de Syracuse du film Slapshot. Vous savez, l'équipe qui alignait Tim «Le chirurgien» McCracken, Clarence «Le Bison des Plaines» Swamptown et le fameux Ogie Ogilthorpe?

Si vous y voyez des similitudes, c'est que le logo est effectivement celui de la formation beauceronne. La NAHL a servi d'inspiration à la Ligue fédérale du film de George Roy Hill, et les Jaros sont passés à un cheveu d'en être les vedettes plutôt que les Jets de Johnstown, rebaptisés les Chiefs de Charlestown.

«On nous avait demandé d'être dans le film, mais nous étions encore dans les séries alors que les Jets étaient déjà éliminés. Les producteurs avaient une fenêtre restreinte pour filmer et ne pouvaient nous attendre», fait remarquer l'ex-dur à cuire des Nordiques, Wally Weir, qui s'est fait connaître avec les Jaros.

Même si elle n'a duré qu'une saison et demie, l'aventure des Jaros est pleine de rebondissements et d'anecdotes qui, si elles semblent exagérées tellement elles sont extrêmes, n'en sont pas moins véridiques. «J'ai 40 ans, alors je n'ai pas connu les Jaros. Quand je suis allé voir les bobines des journaux de l'époque, j'ai découvert des personnages plus grands que nature et je me suis demandé pourquoi personne n'avait écrit un livre sur eux avant», explique Steeve Vallières, qui est technicien en documentation à la bibliothèque de l'Université Laval.

Il a commencé à travailler à son projet il y a trois ans, fouillant les archives, retraçant et rencontrant les anciens joueurs des Jaros pour ensuite envoyer son premier bouquin aux maisons d'édition. «Il y en a deux qui ont répondu, alors j'ai pu négocier un peu!» fait-il remarquer à propos du livre qu'il lance samedi à 17h30 à l'ancien domicile des Jaros, le Palais des Sports de Saint-Georges, maintenant rebaptisé Centre sportif Lacroix-Dutil.

 

Si vous pensez au logo de l'équipe du... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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Si vous pensez au logo de l'équipe du film Slapshot en voyant la couverture du livre de Steeve Vallières, vous ne faites pas erreur. Les Jaros ont servi d'inspiration au film et sont passés à un cheveu d'en être les vedettes!

Le Soleil, Erick Labbé

Bagarre générale au premier match

Commençant son ouvrage en racontant cette soirée où, après un match contre les Blazers de Syracuse, plusieurs joueurs des Jaros, dont Wally Weir, Peter Folco et le regretté Gilles «Bad News» Bilodeau, avaient fini en prison après s'être battus dans les gradins, Vallières retrace toute l'épopée de la seule équipe canadienne de la NAHL à partir du rêve fou de l'homme d'affaires beauceron André Veilleux.

«André, qui a aujourd'hui près de 80 ans et réside à Québec, était un millionnaire qui adorait le hockey. Il savait que la NAHL était une ligue tough et il voulait l'équipe la plus tough de la ligue.»

Ce n'est pas pour rien que les Jaros ont aligné sept joueurs qui ont cumulé plus de 130 minutes de pénalité en une soixantaine de matchs à leur première saison et que la toute première partie des Beaucerons a été lancée par... une énorme bagarre générale.

«Les Beaucerons adoraient les Jaros. Personne n'aurait jamais imaginé qu'il y aurait un jour un club de hockey professionnel en Beauce. Par contre, les bagarres générales et l'aspect assez sanglant du hockey à cette époque a nui à l'image de l'équipe à l'extérieur du Québec.»

Même s'il savait à quoi il s'attaquait en écrivant l'histoire des Jaros, Steeve Vallières avoue avoir été parfois surpris des découvertes faites au fil de ses recherches. «Un soir, Gilles Bilodeau, qui avait cumulé 451 minutes de pénalité à sa première saison professionnelle avec les Jaros, avait décidé de se battre avec Jeff Carlson, l'un des trois frères Carlson [dont deux jouaient deux des célèbres frères Hanson dans Slapshot]. Non seulement ces gars-là jouaient vraiment avec leurs grosses lunettes comme dans le film, mais ce soir-là, Carlson avait décidé de se défendre avec un micro... ça ne s'invente pas!»

Si elle est colorée, l'histoire des Jaros est cependant très courte. Après avoir atteint la grande finale à leur première saison, les Beaucerons ont fermé les livres au mois de décembre l'année suivante. «La saison avait mal débuté pour les Jaros, qui avaient perdu six matchs d'affilée et après même pas une demi-saison, André Veilleux en a eu assez. Il a décidé de tirer la plogue, illustre Steeve Vallières, pour qui son livre est aussi une façon pour que la mémoire de cette équipe survive aux années.

STEEVE VALLIÈRES. Implacables : les Jaros de la Beauce, 1975-1976; Hurtubise, 256 p.

Un tremplin pour Wally Weir

Pour l'ancien dur à cuire des Nordiques de Québec Wally Weir, les Jaros de la Beauce auront été le tremplin vers une carrière de 10 saisons dans l'Association mondiale de hockey et la Ligue nationale. «Je jouais dans la Ligue internationale,  et Dwane Byers a donné mon nom à André Veilleux [le proprio des Jaros]. J'ai eu un essai et ça a marché, c'était le début de mon rêve», illustre l'ancien défenseur originaire de Verdun.

La popularité des Jaros l'a amené au domicile des Nordiques pour la première fois. «Tout le monde voulait voir les Jaros, alors un match avait été organisé au Colisée de Québec. Le soigneur des Nordiques, Brian Turpin, s'occupait de l'équipe adverse. Il m'a vu jouer et c'est lui qui m'a obtenu une invitation au camp la saison suivante.»

Maintenant âgé de 61 ans, Weir se souvient des Jaros comme d'une équipe où les joueurs étaient toujours prêts à jeter les gants. «On se chicanait presque entre nous autres pour décider qui allait y aller!» rigole-t-il, ajoutant que l'esprit d'équipe était également très fort. «Quand un gars allait manger quelque part, 20 gars y allaient avec lui.»

Weir garde également d'excellents souvenirs de la Beauce. «L'aréna était toujours plein et on était vraiment bien traités. Quand on sortait, au Palace ou ailleurs, c'était toujours "sur le bras".»

C'est aussi à Saint-Georges que Weir a appris le français. «Je n'avais jamais vraiment appris à l'école. Mais là, j'avais Gilles Bilodeau comme coéquipier et il ne parlait pas anglais, alors que moi, je ne parlais pas français. On a appris ensemble», explique-t-il en faisant allusion au dur de dur des Jaros.

La renaissance de Joe Hardy

Alors que, quelques mois plus tôt, Jocelyn «Joe» Hardy n'avait plus vraiment la tête au hockey et croyait que sa carrière était terminée, l'attaquant originaire du Saguenay est devenu en 1976 le premier hockeyeur professionnel à marquer 200 points dans une saison. Six ans avant que Wayne Gretzky n'accomplisse à son tour l'exploit dans la LNH

À sa première saison dans l'uniforme des Jaros de la Beauce, Hardy a compté 60 buts et ajouté 148 aides. Il évoluait au sein d'un trio complété par Richard Grenier et le regretté Alain «Boom Boom» Caron, qui ont respectivement marqué 77 et 78 buts. Luc Simard, qui a inscrit 65 filets cette année-là, se glissait parfois dans cette ligne de choc.

«Les Mariners de San Diego de l'Association mondiale de hockey m'avaient fait une autre offre, mais je voulais arrêter. Je ne voyais plus d'opportunité de revenir dans la Ligue nationale, où j'avais joué avec les Seals de Oakland et les Golden Seals de la Californie», raconte Hardy au bout du fil à propos de la fin de l'été 1975.

Son agent l'a toutefois mis en contact avec l'homme d'affaires André Veilleux, qui était à jeter les bases d'une équipe professionnelle à Saint-Georges de Beauce. «Je l'ai rencontré et il m'offrait plus cher que l'AMH! Les Mariners m'offraient 40 000 $ et André m'offrait un salaire entre 40 000 $ et 50 000 $», se souvient-il, ajoutant qu'il appréciait aussi le fait que Veilleux soit près de l'organisation des Nordiques de Québec de l'AMH.

«Il avait acheté la distribution et la vente du programme des Nordiques. D'ailleurs, après ma carrière, j'ai aussi travaillé pour lui, dans son entreprise. C'est pour ça que j'ai abouti à Québec», explique Hardy, qui est vite passé de simple joueur à joueur-entraîneur... comme le célèbre personnage de Reggie Dunlop joué par Paul Newman dans Slapshot.

«L'entraîneur était Marc Picard au début de la saison, mais ça brassait souvent et les joueurs avaient des suspensions et des amendes. Après une soirée où ça avait brassé plus que d'habitude à Utica, André a mis Marc dehors parce qu'il n'était pas capable de retenir les joueurs. Il m'a ensuite offert le poste et je n'avais pas vraiment le choix de dire oui», poursuit Hardy.

Une décision qui a probablement coûté le championnat aux Jaros, estime-t-il aujourd'hui. «Comme j'étais à la fois le coach et le coéquipier, j'essayais de donner de la glace à tout le monde alors que notre trio à moi, Grenier et Boom Boom Caron aurait sûrement été plus souvent sur la glace sous n'importe quel autre entraîneur.»

Même si Hardy et ses compagnons de trio n'étaient pas du genre à jouer les fier-à-bras, ils n'étaient jamais intimidés par les adversaires. «Si des joueurs avaient essayé, ils se seraient fait planter!» illustre-t-il. 

«On avait presque une dizaine de tough chez les Jaros. Bilodeau, Troy, Van Horlick, Weir, Busniuk, Byers, Garneau... Personne ne nous accotait, même pas les Jets de Johnstown. Ils avaient les frères Carlson et Dave Hanson, mais pas grand-chose d'autre...» 

***

Promesse non tenue pour Globensky

Les Jaros évoluaient dans la même ligue que les Nordiques du Maine, le club-école du Fleurdelisé à l'époque de l'AMH. Joe Hardy se souvient d'ailleurs que le rude défenseur Alan Globensky avait déclaré à la radio qu'il allait être rétrogradé au Maine pour «régler le cas des Jaros». Le Montréalais a bel et bien abouti avec la formation de Lewiston, mais il n'a pas réussi à tenir sa promesse. «Michel Garneau et un autre joueur lui avaient sauté dessus et ça s'était arrêté là!» raconte Joe Hardy en riant. 

***

Entente avec le CH

Contrairement à d'autres équipes de la NAHL, les Jaros n'étaient pas le club-école d'une formation de l'Association mondiale. «Les Toros de Toronto avaient proposé que les Jaros deviennent leur club-école, mais M. [André] Veilleux avait dit non, car il voulait garder plus de francophones dans l'équipe», indique Steeve Vallières, auteur de Implacables : les Jaros de la Beauce, 1975-1976. L'homme d'affaires avait cependant signé une entente avec le Canadien et la formation beauceronne alignait quelques joueurs appartenant à l'organisation. L'attaquant Mike Busniuk, qui allait plus tard disputer deux saisons avec les Flyers de Philadelphie, le gardien Yves Archambault et l'attaquant Mike McKegney, frère de l'ex-Nordiques Tony McKegney, faisaient partie de cette brigade de joueurs appartenant au Tricolore qui ont revêtu l'uniforme des Jaros.

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