Le beau risque de Justin Ethier

Justin Ethier est à la tête de l'attaque... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Justin Ethier est à la tête de l'attaque du Rouge et Or depuis 2001.

Le Soleil, Erick Labbé

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Comment un bon petit joueur de tennis devient-il l'une des meilleures têtes de football au Canada? Justin Ethier planifiait rester à Québec un automne. Une seule saison où il comptait «extirper le plus» d'un maître à penser avant de rentrer à Montréal les poches vides et la tête pleine. Dix-neuf ans et sept Coupes Vanier plus tard, il dirige toujours l'attaque du club de football universitaire le plus victorieux au pays.

«Aujourd'hui, je repense tout le temps à ce move-là. Tout le monde me demandait : "Qu'est-ce que tu t'en vas faire à Québec?"» se rappelle Justin Ethier. Dans son bureau du PEPS de l'Université Laval, la vue sur l'arrière des gradins du stade où sa troupe a gagné 86 fois en 97 matchs officiels lui répond. Le fait qu'il ait plus de bagues de champion canadien à la maison que de doigts dans une main confirme son choix.

Sauf qu'à l'époque, ça n'avait rien d'évident. Dans la communauté montréalaise du football, où il coachait depuis six ans, peu croyaient au Rouge et Or. «Pour nous, c'était n'importe quoi. C'était le premier programme universitaire francophone qui partait, mais on se disait : "Ils vont se planter, ils vont se planter"», a-t-il révélé au Soleil, durant le camp d'entraînement.

Premier match officiel en 1996, défaite de 22-11 contre Bishop's. Pas la volée anticipée. «On savait que les joueurs qui étaient à Québec et tous les meilleurs sortis du Cégep du Vieux Montréal n'étaient pas là. On ne comprenait pas comment ils faisaient», avoue celui qui coordonnait alors l'offensive des Spartiates.

Le déclencheur

Ethier respectait le nouveau coordonnateur défensif du Rouge et Or, un certain Glen Constantin, et un ami de l'école secondaire, Marc Fortier, entraîneur débutant qui guidait les demis défensifs. Mais Ethier n'y voyait pas de progrès significatif pour ses connaissances en attaque.

Jusqu'à l'embauche de Jacques Chapdelaine comme entraîneur-chef en vue de la campagne 1997. Marc Santerre, son patron au Vieux, avait aussi postulé. «Je me disais que si c'était Marc, ce serait ma porte d'entrée. Quant à Jacques, je ne le connaissais pas personnellement, mais je savais qu'il était "LE" coach offensif des X et des O au Québec. Le gars était bon.

«Quand la nouvelle est tombée [début novembre 1996], la saison au Vieux n'était pas finie. J'ai quand même signifié mon intérêt à Glen pour ne pas manquer ma chance», se souvient celui qui, quelques semaines plus tard, gagnait le premier de trois Bols d'or consécutifs et de huit championnats en 10 ans pour les Spartiates.

Mais le seul titre collégial dans la carrière d'Ethier. Sauf qu'il ne s'en doutait pas. Dès le premier contact, Chapdelaine lui dit ne pas être en mesure de le payer. Ce qui n'empêche pas Ethier de s'amener à Québec chaque semaine dès janvier et de sacrifier ses économies durant les mois d'automne pour se loger et se nourrir dans une ville où il ne connaît personne. «Je voulais juste vivre ce trip-là durant une saison, en extirper le plus à Jacques et retourner à Montréal», raconte-t-il en riant.

La piqûre

L'homme a aujourd'hui 45 ans. Il se remémore avec plaisir sa jeunesse à Laval. Sa passion dévorante du sport alimentée par son grand frère. Les heures sur la patinoire de hockey et le losange de baseball; ses succès sur le court de tennis au début de l'adolescence.

Puis le football a pris toute la place. Cette dynamique d'équipe incomparable d'abord découverte au sein des Cactus du Collège Notre-Dame, école secondaire privée de Mont­réal qu'il a choisie au prix d'une heure d'autobus matin et soir.

A commencé quart-arrière, muté comme receveur. «Je n'étais pas gros dans ce temps-là non plus, mais je n'avais pas froid aux yeux», explique Ethier, dont le petit gabarit est inversement proportionnel à son autorité d'entraîneur sur un terrain de football.

Il jouera ses années de cégep au Collège Marie-Victorin. Où il a commencé à coacher, au début des années 90, avant la fermeture du club. Parmi ses mentors, il range aux côtés d'une sommité comme Chapdelaine, aujourd'hui fort de 14 ans dans la LCF, les Jacques Gauthier, François Bélanger et Jack Baum. «J'en ai pris un peu de tout le monde», dit-il.

«Ce n'est pas la stratégie qui m'a amené dans le coaching», constate-t-il. «C'est la communication, se sentir poussé, le côté motivation. À l'époque, je ne savais pas trop ce que je faisais, mais les gens aimaient comment je communiquais. Je pense être un bon motivateur.»

Chapdelaine a vu clair dans son jeu. Après une première campagne à l'UL, il lui propose du temps plein pour la saison suivante. Moyennant d'abandonner les porteurs de ballon, position qu'il connaissait à peine à son arrivée, pour s'occuper des unités spéciales, qu'il maîtrise encore moins!

Première Coupe Vanier en 1999. Chapdelaine limogé après la saison 2000. Constantin devient entraîneur-chef du R et O et nomme Ethier à la tête de l'attaque. Les victoires s'empilent, les opportunités d'emploi suivent. 

Le regret des pros

Ethier aurait sans doute pu prendre la barre du Vert & Or de Sherbrooke en 2007, mais a refusé de briguer le job. La même année, regret d'avoir décliné l'offre de Danny Maciocia et des Eskimos d'Edmonton de devenir leur entraîneur des porteurs. Qui dirigeait alors l'attaque des Eskimos? Chapdelaine...

«Pas sûr que j'aurais été heureux chez les pros, mais j'aurais aimé vivre l'expérience», confie-t-il, avec du recul. «Mais si je regarde l'année où j'y serais allé, tout le staff offensif a été congédié après la saison...»

Maintenant, il a moins la bougeotte. Se voit encore ici dans 10 ans. «Tant que c'est un milieu stimulant», insiste celui qui compte sur Constantin pour l'aider à repousser les limites du métier chaque année.

Âgé de 45 ans, le coordonnateur offensif Justin Ethier... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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Âgé de 45 ans, le coordonnateur offensif Justin Ethier se voit encore avec le Rouge et Or dans 10 ans. «Tant que c'est un milieu stimulant.» 

Le Soleil, Erick Labbé

S'imposer des limites

Justin Ethier dessine les plans offensifs du Rouge et Or football depuis 2001. Canevas du succès pour l'architecte de l'attaque, qui a toutefois pris en chemin un détour de deux ans loin du football. L'entraîneur a accepté de revenir sur ces années charnières de sa carrière, disant depuis savoir mieux s'imposer des limites.

«Quand j'ai arrêté, pour moi, le football, c'était fini», révèle celui qui a pris tout le monde par surprise en annonçant son retrait du football, à l'hiver 2010. Crise de la quarantaine? Possible. Épuisement professionnel? Probable. Aucun médecin n'a posé de diagnostic précis. Il n'en a pas demandé.

«Je ne sais pas, j'avais peut-être un écoeurement. J'étais épuisé. Me semblait que je pouvais amener ma contribution dans d'autres sports, ça me trottait tout le temps dans la tête», affirme celui qui en est à sa quatrième campagne depuis son retour, aussi inattendu que son départ, en septembre 2012.

Amoureux du sport avec un grand S

Interventions radiophoniques, organisation d'événements, réunion des anciens, cet amoureux du sport avec un grand S n'a pas chômé durant ces deux années. N'empêche qu'il est rentré au bercail après deux saisons et deux matchs d'absence. A manqué 26 victoires et deux défaites, deux finales canadiennes, une Coupe Vanier.

«Je suis quand même un peu différent. Un peu...» laisse-t-il tomber. «C'est parce qu'il n'y a jamais de limite avec cette affaire-là! Surtout avec tous les entraînements maintenant sur vidéo, de deux angles de caméra, tu peux toujours en faire plus. Ça n'a pas de fin! Quand j'ai arrêté, j'étais vraiment essoufflé de ça.

«Là, je suis meilleur à me dire : "J'ai fait ce que j'avais à faire, il arrivera ce qu'il arrivera", mais c'est quand même dur encore. Certaines fois, tu rentres chez vous et ça ne te sort pas de la tête», reconnaît celui qui n'a pas d'enfant. 

Justin Ethier à propos de...

... Mathieu Bertrand

(ex-quart-arrière du Rouge et Or

et coordonnateur des unités spéciales)

«Quand il a décidé de venir jouer ici en 1998, ç'a changé le programme. J'ai été chanceux de le coacher. C'est un joueur très spécial dans l'histoire du Rouge et Or et c'est l'fun qu'il soit encore ici.» Il considère Bertrand comme le meilleur joueur qu'il ait dirigé.

***

... Benoît Groulx 

(ex-quart-arrière du Rouge et Or

et coordonnateur offensif à McGill)

«Recruter n'est pas mon rôle, mais lui, je l'ai suivi dès ses débuts. On disait : "Il est petit", ci ou ça. Mais dès son premier entraînement avec nous, j'ai dit : "Ce gars-là va être notre quart partant." Il m'a permis de devenir un meilleur coordonnateur.»

***

... Hugo Richard 

(quart-arrière du Rouge et Or depuis l'an dernier)

«Je vois des ressemblances avec Mathieu [Bertrand]. La même hargne, un grand compétiteur. Quand ils font une erreur, le jeu d'après, ces gars-là vont passer à travers des murs. C'est ça qu'on voulait et c'est exactement le gars qu'on est allé chercher.»

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