Bordeleau, l'as caché du tennis à Québec

Jacques Bordeleau avec un groupe d'élèves en janvier... (Archives Le Soleil)

Agrandir

Jacques Bordeleau avec un groupe d'élèves en janvier 1986

Archives Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Pleins feux

Sports

Pleins feux

Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Si Jacques Hérisset est le roi du tennis à Québec, Jacques Bordeleau est son as caché. Depuis plus de 35 ans, le deuxième travaille dans l'ombre du premier. Une position que Bordeleau chérit. Il faut dire qu'avec son ami et associé «Jack», le copropriétaire de l'Académie Hérisset-Bordeleau s'est imposé au fil du temps comme un incontournable dans le milieu tennistique québécois.

«Je suis le gars low profile, et c'est très bien comme ça.» L'homme qui s'adresse au Soleil est souriant, avenant. On l'imagine mal perdre patience. Et pourtant, l'entraîneur Bordeleau n'hésitait pas à lever le ton, à brasser la cage de ses élèves. On sent même qu'il aurait aimé pouvoir le faire lors des matchs. Mais les contacts entraîneurs-athlètes y sont limités, voir interdits, dans son sport préféré.

«J'ai peut-être pas pris le bon sport», dit-il aujourd'hui, mi-blagueur. «J'aurais peut-être été meilleur au hockey. Au tennis, dans les matchs, tu peux pas coacher. Je ne suis pas un gros tacticien. Je suis un gars psychologique. Je peux chialer, mais une heure après, je vais faire des farces.»

D'abord joueur, Bordeleau est devenu pro, puis entraîneur. Il s'est longtemps occupé des meilleurs juniors de Québec, au premier chef Marc-André Tardif et Mélanie Bernard, qu'il a conduit à des championnats canadiens à la fin des années 80 et au début des années 90.

«C'était un motivateur hors pair», se souvient Tardif, qui voit Bordeleau comme un deuxième père. «C'était lui qui me donnait confiance. J'ai gagné plusieurs matchs où je n'étais peut-être pas techniquement le meilleur. Mais l'avant-match a fait la différence. [...] Oui, il pouvait être sévère, mais de la bonne façon. On savait que ça faisait pas son affaire», ajoute l'ex-tennisman, qui est demeuré ami avec cet «homme extraordinaire».

Malgré ses quelques sautes d'humeur, Bordeleau nomme la patience comme première qualité d'un bon entraîneur. «Il faut répéter, tout le temps répéter. C'est pour ça que je suis moins sur le terrain présentement. Je suis moins patient!» lance celui qui a été nommé entraîneur de l'année au Canada en 1984 et en 1989.

Depuis quelques années, Bordeleau a délaissé les courts pour s'occuper davantage des tâches administratives. Il admet ne plus être au diapason des jeunes des années 2010. «J'ai pas été capable de m'adapter. Elle n'est pas facile, la jeunesse actuelle. Les jeunes veulent être bons, mais ils ne jouent pas», remarque Bordeleau.

Il avoue tout de même s'ennuyer du travail de terrain. Après tout, depuis qu'il est tout petit, il n'a jamais été bien loin d'un court de tennis.

Des courts derrière la maison

Plus jeune de quatre frères - le plus vieux est décédé à 20 ans -, Bordeleau est né en 1956 à Chicoutimi-Nord. Il n'a que six ans quand son père construit des terrains de tennis derrière la maison familiale «pour pas qu'on couraille un peu partout».

À l'image de l'amour de Bordeleau pour le tennis, les terrains de son père existent toujours. Ils servent à un club privé de quelque 200 membres. Maman Bordeleau prenait encore les réservations il y a quelques années, elle qui a aujourd'hui 93 ans.

Tout jeune, Bordeleau se découvre un certain talent. Chez les juniors, il fera partie du top 10 québécois. Il ne réussit toutefois jamais à se rendre aux Championnats canadiens, ne perçant pas la muraille de ses plus coriaces adversaires aux Championnats provinciaux.

Mais sa passion continue de grandir. À 18 ans, il imite ses deux frères et s'inscrit en éducation physique à l'Université Laval. «Pendant neuf ans, il y a eu un Bordeleau ici à Laval en éducation physique», dit-il avec une pointe de fierté.

À l'époque, le Rouge et Or est doté d'une équipe de tennis en bonne et due forme. Bordeleau lorgne aussi le basketball, mais il opte finalement pour son sport fétiche. Ses entraîneurs sont alors Richard Legendre et Jacques Hérisset. «C'était impressionnant pour nous. Legendre était le meilleur au Canada», rappelle Bordeleau, parlant de celui qui est ensuite devenu ministre des Sports dans le gouvernement Landry. «À Chicoutimi, on faisait juste frapper des balles. C'était la première fois qu'on avait des coachs qui s'occupaient de nous.»

Programme sport-études

À sa dernière année universitaire, son entraîneur Hérisset, devenu ami, lui demande de travailler avec lui au Club de tennis Montcalm. Après un an au pied de la côte Gilmour, le président du Club Avantage, Serge Jacques, invite Hérisset à se joindre à l'aventure nouvellement lancée. Bordeleau le suivra.

Dans les débuts, Bordeleau est assistant-pro. Un travail qui l'amène à faire un peu de tout : créer des ligues, des tournois, donner des cours aux adultes, aux juniors, etc. C'est pendant cette période qu'il commence à entraîner des jeunes. Il prend goût à ces nouvelles tâches, au point de vouloir s'y consacrer à temps plein. Au milieu des années 80, son voeu se réalise. «Je pense qu'à ce moment-là, on était dans les premiers clubs au Canada à avoir un gars engagé juste pour travailler avec les jeunes», explique-t-il.

À la même période, Bordeleau et Hérisset s'associent officiellement pour fonder ce qui s'appelait alors l'École de tennis Jacques Hérisset.

Vient ensuite la création du programme sport-études, en collaboration avec l'école secondaire Cardinal-Roy. L'un des premiers au Québec. Les parents, qui envoient pour la plupart leur enfant dans une école privée, n'ont pas été faciles à convaincre. Le vent a tourné lorsque l'ex-Nordiques Marc Tardif, père de Marc-André, s'est levé pour soutenir le projet. «Dès que Marc Tardif a dit ça, les autres se sont dit : "Si lui embarque, on embarque nous aussi." Il n'a prononcé que quelques mots, mais ç'a été l'élément déclencheur pour que le tennis vienne à Cardinal-Roy», se souvient Bordeleau.

«Ç'a donné un gros boom au niveau des résultats de tennis qu'on a eus», se souvient-il, évoquant les championnats canadiens conquis à cette époque. La réputation de l'Académie grandit.

Nombreux chapeaux

Bordeleau est finalement sorti un peu de l'ombre, il y a quatre ans, lorsque l'école de tennis a changé de nom pour devenir l'Académie Hérisset-Bordeleau.

Qu'il soit dans l'ombre ou non, Bordeleau n'a pas l'intention d'arrêter. Il porte d'ailleurs de nombreux chapeaux. En plus de ses tâches à l'Académie, il est toujours la personne-ressource du volet sports-études en tennis à l'école Cardinal-Roy. Depuis deux ans, il est l'entraîneur-chef de l'équipe de tennis de l'Université Laval, qui a remporté le championnat canadien il y a un mois. Il travaille aussi au développement d'une éventuelle équipe collégiale au Cégep Garneau.

«Jack est mon mentor. Et il travaille toujours, à 72 ans!» lance Bordeleau.

Jacques Bordeleau a toujours été près d'un court... (Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

Agrandir

Jacques Bordeleau a toujours été près d'un court de tennis.

Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Travailler dans la bonne humeur

Lorsqu'on demande à Jacques Bordeleau de quoi il est le plus fier, ses premiers mots vont pour sa relation avec son partenaire d'affaires et ami, «Jack» Hérisset.

Les deux hommes sont à la fois semblables et complémentaires, dit Bordeleau pour expliquer leur union qui dure. «On est très solidaires. Je pense qu'on a les mêmes valeurs. On est faits quasiment pareil, analyse-t-il. Et l'autre chose : on rit. On a toujours ri. Je dirais que c'est le plaisir qui a fait qu'on est devenus aussi solides que ça», estime Bordeleau, qui admet que lui et Hérisset se retrouvent très rarement sur un court pour frapper des balles.

Selon ce dernier, trois raisons expliquent leurs succès : passion, travail et excellence. «On est deux vieux fous du tennis», dira d'abord «Jack» pour expliquer la partie «passion». «On a à peu près tout fait tous les deux.»

Hérisset a 72 ans; Bordeleau en aura 60 l'an prochain. Les deux hommes sont malgré tout des bourreaux de travail. «Nous, ça n'arrête pas à 5h, dit l'aîné. On s'envoie des courriels à minuit le soir. Ceux qui travaillent avec nous sont parfois mal pris», ajoute-t-il, laissant entendre que les deux hommes sont exigeants pour eux-mêmes, mais aussi pour les autres.

«On veut que les choses soient bien faites», laisse-t-il finalement tomber pour expliquer l'élément «excellence».

Tout ça, dans la bonne humeur. Bordeleau est un blagueur. À tel point que Hérisset, lorsqu'il prononce un discours, préfère ne pas regarder en direction de son complice, de peur qu'il le fasse rire au mauvais moment. «Il est très bon pour détendre l'atmosphère. Un gag n'attend pas l'autre», dit le directeur de la Coupe Banque Nationale.

Pour Bordeleau, ce sont les amitiés récoltées au fil du temps, grâce au tennis, qui définissent le mieux son parcours. «Mes amis, c'est quasiment six couches de génération. Je suis bien fier d'avoir gardé des liens amicaux avec mes juniors», conclut le papa de deux filles dans la vingtaine.

Les meilleurs

Le meilleur joueur qu'il a entraîné : Marc-André Tardif

La meilleure joueuse qu'il a entraînée : Mélanie Bernard

Le meilleur de tous les temps :Roger Federer

La meilleure de tous les temps :Serena Williamsou Martina Navratilova

Le phénomène Auger-Aliassime

Même s'il a vu passer bon nombre d'athlètes talentueux, Jacques Bordeleau estime qu'aucun n'avait le talent de Félix Auger-Aliassime au même âge, soit 15 ans. «Félix accomplit des choses que Marc-André [Tardif] n'a pas fait. C'est extraordinaire ce qu'il fait. Il est très mature pour son âge», explique Bordeleau, qui n'a jamais été l'entraîneur de Félix, rôle occupé par son père Sam à l'Académie Hérisset-Bordeleau.

Auger-Aliassime vient tout juste de remporter le titre en double chez les juniors au US Open avec son compatriote Denis Shapovalov. Quelques jours plus tôt, il s'était incliné après une longue bataille en finale des Internationaux juniors de Repentigny contre l'Hongrois Mate Valkusz, de deux ans son aîné.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer