Alexei Bell: le coeur à Cuba

Alexei Bell espère que son passage chez les... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

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Alexei Bell espère que son passage chez les Capitales l'aidera à se préparer au baseball professionnel, que ce soit en Amérique du Nord, au Japon ou à Taiwan.

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(Québec) S'il avait voulu imiter ses compatriotes cubains Puig, Cespedes, Abreu et Martin, Alexei Bell aurait pu faire défection et évoluer dans les ligues majeures au lendemain des Jeux olympiques de 2008. Alors au faîte de sa carrière, le natif d'El Caney a choisi de demeurer fidèle à son pays, mais surtout à sa famille. Mieux que son statut d'athlète admiré, c'est celui de superhéros de son fils de huit ans, Albert, qui comble le voltigeur des Capitales de Québec.

Vénéré des siens, Alexei Bell a, comme la plupart de ses concitoyens, connu des débuts modestes à Cuba. Le voltigeur de 31 ans a grandi dans une petite famille comme toutes les autres. Une famille qui a toujours encouragé la pratique du sport, même si elle n'a pas produit d'autres athlètes de premier plan.

«J'ai une famille bien humble. Nous sommes tous très sportifs, mais, curieusement, personne d'autre n'a pratiqué un sport à un haut niveau. Ma famille m'a toutefois toujours appuyé depuis que j'ai commencé le baseball, à l'âge de neuf ans. Mon premier entraîneur était Pedro Dominguez. C'est lui qui m'a enseigné les rudiments du sport. J'ai été bon tout de suite!» a raconté le 88 des Capitales, par l'entremise de son interprète.

Reconnu pour sa puissance au bâton et sa vitesse sur les sentiers, Bell a gravi avec succès tous les échelons du baseball, jusqu'à la Série nationale, la première ligue cubaine, qu'il a rejointe en 2002.

«À ma première année, l'équipe était très forte. Elle comptait beaucoup de bons vétérans. Moi, j'étais substitut. J'en ai profité pour travailler ma force et ma rapidité. Je savais que, vu ma petite stature [5'8" et 187 livres], je devrais démontrer des habiletés au-dessus de la moyenne, si je voulais devenir un régulier avec les Guêpes de Santiago de Cuba», a-t-il indiqué au sujet de l'équipe avec laquelle il a passé les 14 dernières saisons, à l'exception d'un bref passage chez les Crocodiles de Matanzas, en 2015.

Cinq ans plus tard, Bell connaissait une saison de rêve avec Santiago de Cuba. Considéré comme l'étoile montante du baseball cubain en 2007, il a compilé des statistiques qui, dans certains cas, n'ont pas été égalées. Il a notamment bouclé la campagne avec une moyenne de ,355, marquant 96 points, frappant 31 coups de circuit - cinq de plus que Cespedes - et produisant 111 points, ce qui représente un record, dans une saison comportant de 80à 90 matchs.

Il a également volé 25 buts, ce qui a fait de lui le premier - et le seul - à réaliser un 25-25, soit 25 circuits et 25 buts volés en une même saison. Il a en outre été nommé joueur le plus utile des séries éliminatoires dans la Série nationale.

Joueur le plus utile aux JO

Ses succès se sont transportés aux Jeux olympiques de Pékin, où il a contribué à la médaille d'argent cubaine avec ses trois doubles, quatre triples, deux circuits et 10 points produits, en neuf parties. Il avait mené tous les frappeurs de la compétition au chapitre de la moyenne au bâton (,500) et de la moyenne de puissance (1,031), ce qui lui avait valu d'être nommé joueur le plus utile du tournoi olympique.

«J'étais très heureux de recevoir cet honneur dans un événement aussi prestigieux, mais jamais, ça ne m'est jamais monté à la tête!» prend-il le soin de préciser.

Face au Japon, il avait notamment cogné un double et un triple, en plus de marquer deux points, aux dépens du lanceur vedette des Rangers du Texas, Yu Darvish. Bell était alors au sommet de son art.

Mais une balle, une simple balle reçue au visage lors du premier match de la saison suivante, est venue faire dévier la trajectoire de sa carrière. Il porte encore aujourd'hui des marques de l'incident, dont une dent en or, parant son sourire permanent.

Il est immédiatement revenu au jeu, mais n'a jamais vraiment été le même par la suite, terminant la campagne avec une moyenne au bâton de ,288. En uniforme, Bell n'avait d'ailleurs pas été utilisé lors de la Classique mondiale de 2009. Il a toutefois pu se reprendre en 2013.

C'est un joueur nouveau qui avait amorcé la saison suivante, en 2008-2009. Lors du match d'ouverture, il a claqué deux grands chelems dans la seule première manche, devenant le premier joueur cubain à réaliser pareil exploit et le quatrième à réussir deux grands chelems dans la même rencontre. Depuis, le talentueux joueur semble avoir retrouvé ses repères sur le terrain.

Son parcours a toutefois été marqué par de nombreuses blessures. Une malchance qui s'est poursuivie cette saison chez les Capitales, avec qui il a subi un claquage à une cuisse, après seulement six matchs. Celui qui présente une moyenne au bâton de ,312 (39 coups sûrs en 125 apparitions) est de nouveau sur la liste des blessés et effectuera un retour au jeu mercredi prochain à Rockland. Bell a jusqu'ici inscrit 21points et en a produit 13, en plus d'avoir volé 6 buts en 32 rencontres.

«Ça se passe très bien. Je suis content que les Capitales m'aient donné cette occasion. On s'occupe bien de moi. Je me sens comme chez moi, ici. Avec l'aide de [Yuniesky] Gurriel, j'arrive à m'orienter dans la ville. Il m'a aussi beaucoup aidé pour ce qui est de savoir comment il faut se comporter dans la société et dans l'équipe», a raconté Bell, qui aime «le sens de l'organisation et le sentiment de sécurité» qui règnent au Canada.

Superman cubain

Chez les Capitales, son objectif ne sera pas différent de partout ailleurs où il a évolué. «Je n'ai pas d'objectifs personnels, que des objectifs collectifs. Je veux aider les Capitales à reconquérir le championnat de la Can-Am.» De la musique - latine - aux oreilles des partisans des Capitales!

L'ambition de Bell ne vient toutefois pas sans certains sacrifices personnels. Marié depuis 13 ans, il est souvent éloigné de la maison et a dû manquer la naissance de son fils. Son sourire s'illumine d'ailleurs lorsqu'on lui demande pourquoi il arbore une casquette de Superman.

«C'est surtout parce que mon petit gars aime ces films, mais aussi parce que mes fans cubains m'associent à un superhéros, en raison de mes records», admet du bout des lèvres celui dont l'idole est le Cubain Antonio Pacheco.

Le voltigeur Alexei Bell n'a pas d'objectifs personnels,... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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Le voltigeur Alexei Bell n'a pas d'objectifs personnels, mais veut aider les Capitales à reconquérir le championnat de la ligue Can-Am.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

Les Yankees, le rêve ultime

Alexei Bell n'a pas mis de temps à manifester son intérêt lorsque les autorités cubaines ont consenti à ce que leurs joueurs de baseball évoluent à l'extérieur du pays. C'est ce qui l'a amené chez les Capitales, en compagnie de trois autres compatriotes, cette saison. Une ouverture qui, l'espère-t-il, le mènera un jour chez les... Yankees de New York!

À 31 ans, le voltigeur de talent sait que la fenêtre qui lui permettrait de faire le saut dans les majeures rétrécit chaque année. Bien que le dialogue semble bel et bien engagé entre Cuba et les États-Unis, la carrière du joueur, elle, ne sera pas éternelle. Cela ne l'empêche pas de rêver de s'aligner un jour - et ce, en toute légalité - pour la formation avec laquelle ont brillé les Alex Rodriguez et Derek Jeter, ses deux joueurs favoris.

«J'espère que les relations avec les Américains vont continuer de s'améliorer. Je rêve de jouer, ne serait-ce qu'une saison, avec les Yankees», a admis Bell.

Le voltigeur de droite a déjà fait partie des trois meilleurs joueurs cubains du moment. Il était donc très convoité.

«Il a été approché pas mal. Ce n'était peut-être pas directement par des équipes des majeures, mais peut-être par des dépisteurs éloignés. Il nous a dit qu'il avait déjà parlé à du monde, mais qu'il ne voulait pas abandonner sa famille. Alors, il n'a jamais été tenté de partir», a raconté le gérant des Capitales, Patrick Scalabrini.

Entre-temps, les années ont toutefois passé et les blessures se sont accumulées. Avec elles, les chances d'Alexei Bell d'évoluer dans les grandes ligues se sont peut-être évaporées.

«C'est dur à dire, honnêtement. Lorsqu'il était 100 % en santé, il y a quelques années, probablement. Aujourd'hui, après quelques années, et ralenti par des blessures, est-ce qu'on peut dire encore ça? Je ne le sais pas. Mais est-ce réaliste pour lui de penser jouer un jour pour les Yankees? Ça l'est peut-être! Et moi, j'encourage tout le monde à penser comme ça. Dans notre gang, c'est peut-être celui qui est le plus proche de le faire», a jugé Scalabrini.

Une «Ferrari» pour Cuba

Bell espère que son passage chez les Capitales aidera justement à le préparer au baseball professionnel - que ce soit en Amérique du Nord, au Japon ou à Taiwan -, en raison du calendrier plus exigeant et de voyages plus longs que dans la Série nationale.

Considéré comme une supervedette et bénéficiant d'un traitement privilégié à Cuba, Bell est loin de mener le train de vie de ses compatriotes évoluant dans le baseball majeur sans l'autorisation de leur gouvernement. «Nous étions aux États-Unis pendant l'un de nos voyages et on a vu passer une Ferrari. Il nous a raconté que lui aussi, il avait une Ferrari, pour Santiago de Cuba. Il conduit une Hyundai Accent!», a lancé Scalabrini, pour illustrer le décalage.

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