Le tennis, une histoire de famille chez les Auger-Aliassime

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Félix Auger-Aliassime a perdu le premier match de tennis qu'il a disputé, à quatre ans, raconte son père Sam. Lorsque ce dernier est venu le voir, le petit a pleuré. Pas à cause de la défaite, mais parce qu'il devait quitter le terrain.

«J'avais du plaisir à jouer, se souvient Félix. C'est encore vrai et je suis content, parce que pour réussir il faut avoir du plaisir quand on embarque sur un terrain. C'est un truc que mes parents ont instauré dès mon jeune âge.»

L'adolescent de 14 ans répond aux questions du Soleil d'une voix posée, d'où émanent confiance et intelligence. Il enchaîne : «Je côtoie des jeunes qui n'ont plus autant de plaisir parce que ça devient trop sérieux. C'est quasiment rendu un travail. À 14 ans, moi, c'est pas encore le cas. Je veux continuer à jouer pour mon propre plaisir. Je ne joue pas pour mon coach ou pour mon père.»

Le «petit» prodige de Québec mesure désormais 6'1'' et n'a sans doute pas fini de grandir. Son aura de future vedette vient de performances marquantes : son nom est désormais associé aux plus grands de son sport.

Au Challenger de Drummondville, en mars, il a battu trois hommes lors des qualifications, dont l'ancien 67e joueur mondial Chris Guccione, un Australien de 6'7''. Lorsqu'ils se sont serré la main, on a réalisé que David venait de battre Goliath. Félix avait alors quelques pouces de moins. Ses victoires lui ont d'ailleurs permis de devenir le premier garçon né dans les années 2000 à obtenir des points de l'ATP. Malheureusement, une blessure aux abdominaux l'a empêché de poursuivre sur sa lancée dans le tableau principal.

En 2012, il a gagné l'Open Super 12 d'Aurey, en France, sorte de championnat du monde des 12 ans et mois. Avant lui, Rafael Nadal, Andy Murray et Gaël Monfils l'ont aussi emporté. 

Cette association avec les grands du tennis, Félix la prend comme une source de motivation. «Ça me prouve que je suis sur le bon chemin, que c'est possible et qu'il me reste juste à travailler fort», dit-il, rejetant l'idée que ça lui ajoute de la pression.

Son père s'assure que fiston garde les pieds sur terre. Il ne veut pas que Félix accorde trop d'entrevues, craignant les distractions. «Il n'a rien gagné, indique le paternel. Et je le lui dis. C'est très important qu'il reste concentré dans son développement. Depuis qu'il a six ans qu'il veut jouer à Wimbledon ou gagner Roland-Garros. Ce qui me fait peur, c'est qu'il soit distrait, qu'il soit déconcentré, qu'il quitte son chemin. Mais pour l'instant ça se fait très bien.»

Depuis quelques mois, Félix fréquente le Centre national d'entraînement de Tennis Canada à Montréal, où il côtoie les meilleurs jeunes joueurs au pays. C'est aussi là qu'il poursuit ses études secondaires, grâce au programme à distance de l'Académie des Estacades. Auparavant, il faisait partie de l'académie de «Jack» Hérisset et Jacques Bordeleau, au Club Avantage. Son père Sam l'y entraînait.

Relation père-fils

«Mon père et moi, on a toujours eu une assez bonne relation sur le terrain, affirme Félix. Des fois, c'était plus dur parce qu'on avait de la difficulté à mettre ça de côté rendu à la maison. On a mis des règles dès mon jeune âge, et c'est sûr que quand les règles n'étaient pas respectées il y avait des punitions. Mais on a toujours eu une bonne relation.»

Quand on lui demande quels sont ses rêves et ses objectifs, il énumère : «Je rêve de jouer au niveau professionnel, de jouer dans des grands chelems, peut-être même de faire partie du

top 10 mondial. Mais je reste réaliste. Je continue d'étudier. Je veux faire des études supérieures.»

Jack Hérisset ne tarit pas d'éloges sur le jeune homme. Il parle d'abord brièvement de ses qualités athlétiques hors du commun, puis s'attarde à l'individu et à ses parents. «C'est un petit gars à qui on a toujours montré à redonner au suivant. Son entourage est sain et c'est ça qui est important. Il est très discipliné sur le terrain et hors du terrain. Dans son cas, tous les espoirs sont permis», affirme le «parrain» du tennis à Québec.

Le tennis dans le sang

Dans son Togo natal, Sam Aliassime et ses 12 frères et soeurs avaient un terrain de tennis à la maison. C'est là qu'est née la passion du père de Félix et de Malika pour ce sport, lui qui, en tant qu'Africain, était pourtant destiné au soccer.

Aliassime immigre au Canada à 25 ans, en 1996, pour vivre avec sa femme québécoise. Il enseigne le tennis, mais souhaite d'abord que ses enfants pratiquent le soccer. Les cours ne fonctionnent toutefois pas à son goût. «J'ai pas aimé l'enseignement, j'ai pas aimé l'ambiance, raconte-t-il. Finalement, je me suis dit : "je vais acheter un ballon de soccer, on va jouer à la maison". Mais quelques mois plus tard, j'ai réalisé qu'ils voulaient jouer au tennis quand ils m'accompagnaient au club. J'ai jamais pensé les faire jouer au tennis. C'est venu d'eux.»

Il réalise alors les bons côtés de la situation. Pas besoin de courir à gauche et à droite pour reconduire les enfants au stade ou à l'aréna. «C'est vraiment un des premiers avantages que j'ai vus», lance

M. Aliassime en riant.

Ses enfants démontrent rapidement un talent hors du commun. Il leur enseigne le sport, tâche qu'il perçoit comme une extension de son rôle de père. Il n'hésite pas à la dire : il est un entraîneur et un père rigoureux. «Pour moi, le tennis, c'est l'éducation. Coacher, c'est éduquer. Je trouve ça normal [d'être l'entraîneur de mes enfants]. Pour moi, le but n'est pas juste de faire des champions de tennis, mais aussi de faire de bonnes personnes. Ma devise, c'est : on se comporte bien tous les jours. La victoire, on s'en fout. Je préfère avoir une bonne personne que de gagner un tournoi avec quelqu'un qui a une mauvaise attitude.»

Difficile d'en sortir

N'empêche qu'avec un père qui est aussi votre entraîneur, difficile de sortir le tennis des conversations familiales. Même à la maison.

«Ça tourne toujours autour du tennis, reconnaît Malika. On vit là-dedans, on baigne là-dedans à longueur de journée. Veux, veux pas, ça revient toujours un peu là-dessus.»

Mais M. Aliassime y voit simplement l'illustration de leur passion commune. «Le tennis, il ne faut pas le jouer, il faut le vivre. Oui, on va parler souvent du tennis, mais on va parler du sport en général. On ne parlera pas de leur tennis», explique celui qui a déjà fait partie de l'équipe nationale de son pays natal.

À 14 et 16 ans, Félix et Malika se retrouvent désormais à Montréal, loin de leur père et de la maison familiale. Sam y voit une étape normale dans leur développement. En Afrique, illustre-t-il, on donne de l'autonomie très tôt aux enfants pour qu'ils puissent se débrouiller seuls. «À huit ans, Félix allait à Toronto pour faire un stage, tout seul. Il pouvait y passer deux semaines. Si tu veux faire ce sport, tu dois apprendre à être autonome.»  Jean-Nicolas Patoine

«On est en plein recul»

«Le tennis canadien va bien, mais le tennis québécois va mal. On est en plein recul», lance Sam Aliassime sans détour. Le père de Félix et Malika remarque que les Québécois ont de la difficulté à remporter des tournois contre leurs compatriotes. Il y a quelques années, c'est pourtant les joueurs de la Belle Province qui étaient en avant, croit-il

Aliassime père estime que les instances du tennis en Ontario ont changé leurs structures en ce qui a trait à l'administration et à la direction technique, pendant que le Québec a conservé la même formule. «Il y a moins de jeunes dans les tournois. C'est ça qui est grave. Dans les années à venir, il n'y a pas un Québécois qui va aller au Centre national parce que le niveau n'est pas là. C'est très inquiétant.»

Il croit que les tournois pour enfants devraient se faire davantage par équipe, afin que les joueurs en herbe puissent continuer à jouer, même après une défaite. «Ce qui fait mal aux enfants en compétition, c'est pas qu'ils aient perdu, c'est que le tournoi est fini pour eux. Par exemple, on amène un enfant de sept, huit, dix ans dans un tournoi à Montréal. Il joue avec ses amis. D'un coup, une journée plus tard, on lui dit : "t'as perdu, c'est fini, tu retournes chez toi". Il doit laisser ses amis là-bas, qui continuent à jouer. Ça fait mal», explique-t-il au milieu d'un long exposé.

Aliassime a toutefois glissé de bons mots pour l'Académie de tennis Hérisset Bordeleau, pour laquelle il travaille. Un endroit qui donne beaucoup aux joueurs de la région, a-t-il tenu à dire. «Ce sont de bons champions de la vie qui sont passés par cette école.»

Malika Auger-Aliassime affirme qu'avec son père Sam et... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 4.0

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Malika Auger-Aliassime affirme qu'avec son père Sam et son frère Félix «ça tourne toujours autour du tennis. On vit là-dedans, on baigne là-dedans à longueur de journée. Veux, veux pas, ça revient toujours un peu là-dessus.»

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

La championne qui détestait son sport

Quand elle était petite, Malika Auger-Aliassime détestait le tennis. Elle avoue n'avoir eu la piqûre qu'à 12 ans, elle qui avait pourtant commencé six ans plus tôt.

«Mon père nous a beaucoup poussés quand on était jeunes, mon frère et moi. Mais moi, ça me convenait moins. J'aimais mieux faire du social, voir mes amies. Mais une fois cette période-là passée, c'est moi qui en demandais toujours plus», raconte Malika, double championne en titre du tournoi Louis-Després, ce qui fait officieusement d'elle la meilleure raquette de la région de Québec. «Ç'a été quelques années difficiles, mais je suis contente d'avoir passé au travers.»

Aujourd'hui, elle adore la compétition, le sentiment de devoir toujours se dépasser. Cette passion lui a été essentielle, car elle se remet à peine de deux ans de blessures dues à une croissance rapide. Elle a souffert au dos, à l'épaule, au genou... Des ennuis qui ont retardé son développement, elle qui n'a que 16 ans.

Malgré ses succès, Malika se retrouve dans l'ombre de son jeune frère Félix. «Ça m'a toujours motivée et ça ne m'a jamais dérangée. Je ne suis pas quelqu'un de jaloux au départ. Son succès, il le mérite pleinement. Je peux juste être fière de lui», affirme-t-elle.

Cet été, elle a participé à des tournois de la Fédération internationale de tennis (ITF) dans l'Ouest canadien, atteignant les demi-finales d'une compétition à Edmonton. Elle tentera ensuite sa chance lors des préqualifications de l'US Open. Sa présence à la Coupe Banque Nationale - l'ancien Challenge Bell, qui commencera le 14 septembre - dépend de ses résultats.

Elle pourrait recevoir un laissez-passer, ce que n'exclut pas le directeur du tournoi, Jack Hérisset. «Mais moi, je veux mériter ma place», lance celle qui se définit comme une joueuse agressive qui n'est pas du genre à reculer.

À moyen terme, elle souhaite se retrouver dans une université américaine, tremplin idéal vers le tennis professionnel et la WTA.  Jean-Nicolas Patoine

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