Dominic Picard: le parcours d'un gagnant

Le centre partant des Blue Bombers de Winnipeg... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Le centre partant des Blue Bombers de Winnipeg enfonce ses crampons dans le gazon pour une 22e année.

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(Québec) Dix-sept anciens joueurs du Rouge et Or entament la saison dans la Ligue canadienne de football. Dominic Picard amorce sa 10e campagne professionnelle. Un exploit en soi dans un circuit où la carrière moyenne ne dépasse pas trois ans. Mais dans son cas, c'est beaucoup plus que ça. Son rêve était terminé avant même de commencer. Pendant de longs mois, sa plus grande ambition se limitait à rejouer un simple match universitaire.

Le centre partant des Blue Bombers de Winnipeg enfonce ses crampons dans le gazon pour une 22e année. Chargé de la remise au quart-arrière Drew Willy pour le match d'ouverture de ce soir, à Regina, Dominic Picard fait partie d'un petit groupe de 18 joueurs actifs comptant 10 saisons d'expérience ou plus dans la LCF.

L'athlète de tout juste 33 ans obtient du coup sa carte de membre d'un club très sélect de Québécois ayant évolué durant au moins une décennie aux plus hauts niveaux de ce sport. Ce cercle restreint inclut les Pierre Vercheval, Randy Chevrier, Steve Charbonneau et Alexandre Gauthier.

Pas mal pour un jeune de Sainte-Foy qui aimait d'abord le baseball, du temps où «le foot, ce n'était pas connu. Il n'y avait pas de Rouge et Or [né en 1995], pas d'Alouettes [1996]. C'était un sport bizarre que je voulais regarder et dont je ne comprenais pas trop les règlements», se souvient Picard, lors d'une entrevue accordée au Soleil avant son départ pour la capitale du Manitoba.

Élevé par une mère monoparentale qui tenait le budget familial très serré pour l'envoyer à l'école privée, il a eu la piqûre au Séminaire Saint-François, l'une des quatre écoles secondaires pourvues d'un programme de football dans la région de Québec au début des années 90.

«Depuis que j'étais tout jeune, mon rêve était de devenir athlète professionnel. Et le foot, je suis tombé en amour avec ça. Je veux coacher après ma carrière de joueur. C'est ma vie!» s'exclame-t-il.

5000 calories par jour

Picard a tracé son chemin à force de travail. N'a jamais été le plus grand ni le plus gros, encore moins le plus rapide. Même ses 6'2" et 301 livres sont loin d'en faire un gros gabarit dans les tranchées de la LCF. Mais détermination, ténacité et ruse l'ont élevé au rang de sommité dans son domaine.

«Pour moi, c'est le travail. Il n'y a pas de secret», tranche celui qui dit avoir toujours été le premier entré dans la salle d'entraînement et le dernier sorti. Très tôt, sa volonté a été mise à l'épreuve.

Élève de cinquième secondaire au SSF, à Saint-Augustin-de-Desmaures, Picard se tapait une quinzaine de kilomètres en autobus de ville chaque fin d'après-midi de l'automne pour servir de caméraman aux entraînements quotidiens du Rouge et Or, sur le campus universitaire.

Ou la fois où, au cégep, un entraîneur qui le trouvait trop maigre pour faire la «poule» a voulu le muter comme secondeur. «Je me suis entraîné encore plus et j'ai adopté un plan à 5000 calories par jour», se rappelle l'ex-Cougars du Collège Champlain de Lennoxville. L'année suivante, on le nomme joueur de ligne collégial par excellence au Québec.

Puis l'Université Laval s'impose comme choix naturel à partir de 2001, malgré des offres des universités du Maine et du Nouveau-Mexique. Car avant même de filmer les exercices du grand club, Picard était entré à l'école de football du Rouge et Or dès 1996. Ses liens avec les entraîneurs Glen Constantin et Carl Brennan remontent à loin.

Plaqué par le cancer

C'est le 4 novembre 2004 que tout bascule. Il vient d'être choisi comme meilleur universitaire au Québec à sa position. Le diagnostic plaque plus fort que n'importe quel adversaire : cancer des testicules. Il a 22 ans.

«En tant qu'athlète, tu essaies de bien manger, tu t'entraînes, tu fais toutes ces affaires-là. Tu es jeune, tu te penses invincible! Et un moment donné...» se remémore-t-il, encore remué par cet épisode noir.

Fin de sa saison. Mais il craint surtout que ce soit la fin de sa vie. «Tu te poses plein de questions, tu ne sais pas si tu vas te rendre au lendemain. Ç'a été très, très difficile», confie-t-il, avouant ne pas aimer ressasser ce passé.

«Je me suis accroché à l'idée de jouer encore une partie de foot. Une. Parce que je pensais que c'était terminé, que je n'allais plus jamais jouer, qu'on m'enlevait ce que j'aimais le plus au monde! Mon rêve, c'était de renfiler l'uniforme de l'Université Laval.»

Il loue encore coéquipiers, entraîneurs et partisans pour le réconfort reçu durant sa guérison. «J'ai été chanceux dans ma malchance», analyse-t-il, avec du recul. «J'avais toute une équipe, toute une ville qui m'appuyait. Aujourd'hui, c'est une motivation supplémentaire pour atteindre mes buts.»

Revenu au jeu l'automne suivant, il s'est montré encore plus dominant durant cette quatrième, et dernière, campagne universitaire couronnée du titre de meilleur joueur de ligne universitaire au Canada. Non seulement son cauchemar était mort, mais son rêve s'avérait plus vivant que jamais.

À son meilleur

Les Blue Bombers en ont ensuite fait une sélection de troisième ronde au repêchage de 2006, 23e au total. Après Winnipeg (2006 à 2008), il est passé chez les Argonauts de Toronto (2009 à 2011) et les Roughriders de la Saskatchewan (2012 à 2014), avant de revenir avec les Bombers cette année.

Il a gagné à tous les niveaux : Bols d'or au secondaire et au collégial, deux Coupes Vanier à l'universitaire et la Coupe Grey en 2013, avec les Riders. Il dit avoir une bonne idée du moment de sa retraite, mais le garde secret. Adepte de yoga, de natation et de boxe à l'entraînement, il s'estime meilleur maintenant qu'il y a 10 ans. «Plus explosif, plus souple, plus tout», résume-t-il, plus que jamais confiant en ses moyens.

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Dominic Picard

Photo Le Soleil, Yan Doublet

Dominic Picard en bref

› Amateur de baseball

Lanceur, receveur et premier-but jusqu'au niveau bantam, troisième ou quatrième frappeur, Dominic Picard a toujours aimé le baseball. Chaque mois de mai, avec des amis, il se rend aux États-Unis pour assister à un match des majeures. Cette année, ils sont allés à Cleveland. L'an passé, c'était New York, une autre fois Miami. Content de revenir à Winnipeg, où il peut suivre les Goldeyes, club indépendant comme les Capitales de Québec.

› La LCF à Québec?

Dominic Picard adorerait que Québec ait son équipe de la LCF. Mais il se fait réaliste. «Avec des investisseurs sérieux, il y aurait quelque chose à faire. Il faut au moins 20 000 spectateurs par match. Mais le Rouge et Or est tellement quelque chose d'extraordinaire, en ce moment. Les gens de Québec ont leur football et sont heureux comme ça! Et c'est plus une équipe de hockey que les gens veulent avoir...»

› Haute tension

Dominic Picard a joué des deux côtés. La rivalité entre Bombers et Riders, qui lancent leur saison en s'affrontant, s'avère ce qu'il y a de plus intense dans la LCF, assure-t-il. La lutte de deux provinces, le Manitoba et la Saskatchewan au grand complet. L'aller-retour de la fête du Travail, à Regina, puis du Banjo Bowl, la semaine suivante à Winnipeg, constitue l'expérience la plus survoltée et bruyante que Picard ait vécue.

› Questions d'argent

Dominic Picard refuse de jaser salaire et contrat dans les médias. Mais selon le Winnipeg Sun, le Québécois détient une entente de deux ans qui lui rapportera «au-dessus de 195 000 $ par saison» avec les Blue Bombers. Une économie de 140 000 $ en bonis aurait de plus convaincu les Roughriders de libérer leur meilleur joueur de ligne en 2014. Picard ne nie pas ces chiffres.

› Du chemin à faire

Dominic Picard retrouve son mentor Bob Wylie. Le vétéran coach dirige la ligne offensive, tandis que Mike O'Shea occupe le poste d'entraîneur-chef pour une deuxième année seulement. Les Bombers montrent la plus longue disette active sans Coupe Grey, soit 24 ans. Ils n'ont pas connu de saison gagnante depuis 2011 et affichaient l'an dernier la pire attaque au chapitre des verges gagnées. La grande finale se tient à Winnipeg, cette année.

› Un livre par semaine

Malgré ce que laisse paraître son t-shirt, le colosse ne consacre pas tout son temps libre à ses muscles. Dominic Picard prend soin de ses méninges. Durant la saison morte, il avait fixé la barre à un livre par semaine. Philosophie d'entraîneur, psychologie, comportement humain, biographies touchant toutes les sphères du sport. Pas de roman. Cet apprentissage pour sa future carrière de coach lui sert déjà comme joueur, assure-t-il.

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