Jean Gagnon: un rempart à la hauteur

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Ancien capitaine des Remparts, Jean Gagnon est maintenant conseiller au directeur général des Diables rouges.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) La barbe des séries a remplacé la moustache de l'époque, mais que l'on soit en 2015 ou que l'on se transporte dans les années 70, la Coupe Memorial reste un trophée difficile à conquérir. Jean Gagnon peut en témoigner, puisqu'il y a participé deux fois en qualité de joueur et s'apprête à y accompagner les Remparts de Québec dans son rôle de conseiller au directeur général.

«Il faut que les joueurs se rendent compte à quel point c'est un gros tournoi. Dans mon temps, tout ce qui entourait la Coupe Memorial était déjà immense. Ça n'a pas "rapetissé",  et, en plus, on sait à quel point notre organisation ne fait pas les choses à moitié», soutient l'ex-capitaine des Diables rouges en 1975-1976, l'année de sa deuxième présence à la grande réunion printanière du hockey junior canadien.

Pour s'y rendre, les Remparts avaient remporté la Coupe du Président en 1974 ainsi qu'en 1976, dernière en date dans l'histoire de l'équipe, qui a néanmoins été l'équipe hôtesse de la Coupe Memorial en 2003 et gagnante de celle de 2006.

«La Coupe du Président, c'est un bel exploit, mais ce n'est rien à comparer à la Coupe Memorial. J'ai remporté deux fois le championnat de la Ligue et j'aurais bien aimé la gagner, mais on n'a pas réussi. Je pense qu'on avait une équipe assez forte pour le faire à ma première année, mais la deuxième fois, on était un peu trop léger et on manquait un peu de talent offensif. On s'y était rendu grâce à notre esprit de corps.»

Né de Québec, Jean Gagnon est probablement le plus européen des hommes de hockey natifs de la capitale. Après une brillante carrière au niveau junior et un bref essai dans les ligues mineures professionnelles, il s'est illustré en Ligue nationale A et B de la Suisse pendant tout près de 20 ans. À 5'7", sa petite taille jouait contre lui dans le hockey d'hier, bien que son caractère a toujours été à la hauteur.

«Mes chances de jouer dans la LNH étaient minces dans le temps. Le gros sans talent qui se battait avait plus de chances de percer que le petit. Sans dire que je l'aurais fait, j'aurais pu espérer y jouer dans le hockey d'aujourd'hui. Je n'ai jamais été dérangé par ma grandeur. Je venais de Québec-Centre, ça jouait dur à Saint-Malo... Je n'étais pas gros, mais je m'impliquais physiquement. Sans être bagarreur, je ne reculais pas, j'avais du chien et peur de rien, je frappais tout ce qui bougeait.

«J'étais un peu innocent, aussi, parce qu'à mon premier camp avec les Remparts, je m'étais pogné avec Richard Nantais. Je l'avais pincé au centre de la glace, il ne m'avait pas venu venir», raconte-t-il en riant à propos de son altercation avec l'ailier qui amassera 193 points et 213 minutes de punitions, cette année-là.

Mobile et «grande gueule»

Fils d'une famille qui ne roulait pas sur l'or, il a chaussé les patins de son frère pour la première fois à huit ans, se retrouvant vite avec les Castors de Québec (pee-wee), dans la Ligue Inter-Cité et avec le Couillard de Sainte-Foy, dans le junior A. Et en l'espace de trois ans, il passera de recrue de 17 ans à capitaine des Remparts.

«À 17 ans, j'ai mérité le poste de sixième défenseur et j'ai fini l'année comme quatrième. J'étais bon dans les deux sens de la patinoire, je ne marquais pas beaucoup de buts, mais j'amassais des points. J'avais un bon sens du hockey, ma mobilité était mon point fort. J'avais une grande gueule, aussi, mais dans le bon sens du terme», dit Jean Gagnon à propos du leadership qu'il exerçait.

En trois saisons avec les Remparts, Gagnon accumulera 165 points, dont 34 buts, et passera 400 minutes au banc des punitions. Il recevra le tout premier trophée Émile-Bouchard remis au meilleur défenseur de la LHJMQ en 1976.

En 1974, Québec cause la surprise en battant Sorel en finale, et ce, malgré la présence de Pierre Larouche dans le clan adverse. Les Remparts s'inclineront en demi-finale de la Coupe Memorial, à Calgary. En 1976, les Diables rouges liquident Sorel, Cornwall et Sherbrooke en séries pour ensuite faire acte de présence au rendez-vous national disputé à Montréal.

«Jouer avec les Remparts, c'est quelque chose, aujourd'hui, mais c'était prestigieux pas à peu près dans mon temps. Je suis arrivé après les années de Guy Lafleur et Jacques Richard, on jouait encore devant des foules de 8000 à 10 000 spectateurs, dont plusieurs étaient assis dans les marches, c'était hallucinant de voir ça. Après 1976, ç'a commencé à descendre pas mal», rappelle celui qui a notamment été le coéquipier de Guy Chouinard, Réal Cloutier, Pierre Lacroix, Jacques Locas Jr, Mario Marois et... Richard Nantais!

Jean Gagnon a participé à la Coupe Memorial... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Jean Gagnon a participé à la Coupe Memorial en 1974 et en 1976 avec les Remparts de Québec.

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Un bon vendeur

À son retour à Québec après un long détour en Suisse, où sont nés ses enfants Christophe et Tania, Jean Gagnon a été actionnaire des boutiques Cellunivers pendant sept ans, mais il ne s'est jamais éloigné du hockey. Même si sa candidature n'avait pas été retenue pour un poste d'entraîneur adjoint avec l'Océanic et les Remparts, c'est un rôle de bras droit de Patrick Roy qui l'a ramené au Colisée de Québec.

Pourtant, les deux hommes n'étaient pas des amis d'enfance. Leur amitié a plutôt pris naissance sur une surface de dekhockey, un loisir qu'ils ont longtemps pratiqué. Ils allaient ensuite se joindre au même club de golf, par l'entremise d'un ami commun.

«J'étais chez Detroit Diesel Canada East, je vendais des moteurs, des transmissions, etc. J'aurais pu vendre n'importe quoi... À un moment donné, Pat m'a dit : "Viens donc travailler avec les Remparts." Je suis devenu directeur du recrutement [en 2008]et, ensuite, directeur général adjoint. Il me donnait des mandats, on avait confiance l'un envers l'autre et c'est la même chose avec Philippe [Boucher]. Je fais de la route, j'assiste à beaucoup de matchs. Je vois du junior majeur jusqu'aux échanges, du collégial, junior A, midget AAA, juvénile, etc. jusqu'au repêchage, en plus de quelques missions ici et là.»

À ses yeux, l'exécution est présentement supérieure à ce qu'elle était dans son temps. Ses yeux d'évaluateur s'éblouissent encore face au talent, mais perdent leur admiration devant la nonchalance. «Quand un joueur se "pogne le beigne", ça me pue au nez, ça m'énarve en ost... Si tu joues mal, un soir, mais que tu travailles, ce n'est pas grave. L'effort te permet toujours de passer à travers une période difficile. Je trouve que certains baissent les bras trop vite dans le hockey d'aujourd'hui», confie celui qui adore ceux qui donnent tout, même s'ils ne possèdent pas un talent naturel.

L'appel de la Suisse

Choix de cinquième ronde par les Racers d'Indianapolis en 1976, Jean Gagnon a été le dernier joueur retranché au camp de cette équipe de l'ancienne Association mondiale de hockey. Il ne s'en doutait pas, mais sa vie allait prendre une direction inattendue par la suite.

Après trois saisons à bourlinguer dans les ligues mineures professionnelles avec les Nordiques du Maine et les Generals de Flint, le défenseur répond à l'appel de l'Europe. «J'y allais pour un an, j'y ai joué 17 ans d'affilée. Au lieu d'aller à l'université, j'ai fréquenté l'école de la vie.»

Il passera la majorité de son temps avec les clubs de Fribourg-Gottéron, Martigny et Lausanne, se permettant deux séjours à Genève et Sierre en toute fin de carrière. «À 43 ans, on m'a offert un contrat de deux ans pour jouer en LNB, mais j'ai refusé, c'était assez, ça ne me tentait plus.»

Au terme de sa 12e saison, il obtient la nationalité suisse après avoir résidé 144 mois de suite au pays. Il devient un joueur local, bien qu'on savait d'où il était originaire. «Mon accent, je ne l'ai pas perdu pantoute. Pour se faire comprendre, il faut parler lentement. Quand j'y vais, ils disent : "Tiens, voilà le Québécois..." Là-bas, ça se passait en allemand, en italien, en français et un peu en anglais. Sans le parler, j'ai appris des mots d'allemand, les termes de hockey étaient faciles à comprendre.»

Gagnon a adoré jouer et vivre en Europe, où il découvrira vin et fromage. Et sur la glace, un calibre étonnant. «On s'imagine que c'est facile là-bas, mais c'est fort. Demande à Frédérick Roy [le fils de Patrick], il a trouvé que ça patinait à la Coupe Spengler», illustre celui qui a participé 10 fois à la plus ancienne compétition internationale disputée à Davos, l'emportant une fois en 1987 sous les couleurs de l'équipe canadienne.

À ceux qui voudraient suivre le même chemin, il suggère d'abord d'aller au bout de leur expérience en Amérique du Nord. Et n'y va plus qui le veut. «Ça prend des statistiques. Si tu n'as pas de chiffres, tu n'iras pas. On me contacte encore pour s'informer de tel ou tel joueur, je ne recommanderais pas tout le monde», confie celui qui a déjà passé 51 minutes sur la patinoire lors d'un match en Suisse.

La modernité de Fribourg; le charme de Lausanne sur la rive du lac Léman; l'ensoleillement de Martigny et Sierre dans le Valais; les images défilent dans sa tête. «J'ai eu du plaisir partout où j'ai joué, mais je suis très bien à Québec.»

Des coéquipiers et des adversaires marquants de Jean Gagnon

Réal "Buddy" Cloutier : «Un marqueur naturel.»

Guy Chouinard : «Des mains extra-ordinaires.»

Jacques Locas Jr : «Wow, quel patineur et joueur habile, il m'a toujours impressionné.»

Robert Mongrain : «Lui, c'était "go, go, go" tout le temps. Ultra-rapide, totalement dédié à l'équipe.»

Richmond Gosselin : «Un inconnu du Manitoba que j'ai découvert en Suisse. Habile, rapide, bon marqueur.»

Aldo Zenhausern : «Très bon joueur suisse, tout en dentelle. Il est malheureusement décédé.»

Kobi Kolliker : «Ancien coach des équipes nationales suisse et allemande, un ex-défenseur suisse très physique qui avait du chien et avec qui je me pognais tout le temps.»

 

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