Petit guide pour ne pas perdre la carte

Simon Bourque a mis en vente sur eBay... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Simon Bourque a mis en vente sur eBay cinq cartes, dont deux de Howie Morenz et une de Georges Vézina, pour un montant total de près de 100 000 $.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Dans les années 50 et 60, plusieurs jeunes Québécois ont acheté des cartes de hockey à la tonne... puis les ont jetées aux ordures quelque temps plus tard. Au début des années 90, plusieurs jeunes Québécois ont acheté des cartes de hockey à la tonne... et les ont gardées, espérant qu'elles prennent de la valeur. Aujourd'hui, les premières valent souvent une fortune, tandis que les deuxièmes pourraient aussi bien servir à ajuster une table bancale. Qu'arrivera-t-il des cartes vendues dans les années 2010? Survol d'une industrie toujours en ébullition.

Il y a 25 ans, on s'arrachait les cartes recrues, les premières d'un joueur à être imprimées. Elles n'ont pas perdu la cote, mais elles ne représentent plus le Saint-Graal du collectionneur. Autographes, morceau de chandail (jersey), de bâton, de patin, de gant, cartes en exemplaires limités... Le maniaque a aujourd'hui l'embarras du choix. «Même si Bill Gates s'y mettait, il ne pourrait pas tout avoir», lance Yannick Godbout, responsable des cartes sportives à la boutique L'Imaginaire depuis qu'il a... 14 ans.

En effet, il semble maintenant y avoir autant de cartes différentes qu'il y a de collectionneurs. Dans l'édition de janvier de la bible de l'industrie, le Beckett, l'espace consacré à la valeur des cartes de 1933-34 à 1990-91 est de quatre pages. Celui pour les cartes de l'an dernier : 16 pages.

Pour les ardents collectionneurs, ne suffit plus d'obtenir une carte avec un bout d'uniforme porté par Sidney Crosby ou la carte recrue de Nathan MacKinnon. Ils veulent celle qui est à la fois autographiée, en exemplaire limité (idéalement un exemplaire unique) et qui présente ce fameux jersey. Cette carte, évidemment, peut valoir une petite fortune. Par exemple, le Beckett évalue que la carte recrue, autographiée et avec un morceau de chandail de Taylor Hall de la série The Cup 2010-11 vaut 2000 $. C'est plus que la première carte de Maurice Richard (1500 $, Parkhurst 1951-52).

Comme à la loterie, un coup de chance est donc à la portée de l'acheteur, qui pourrait découvrir une carte rare en déballant un paquet. Mais n'achetez pas pour faire de l'argent, prévient Régis Fortin, de la boutique TPM. «Des fois, tu peux investir trois et quatre fois plus que ce que ça va te rapporter», dit-il.

Il est encore possible d'être sage, de se lancer dans la complétion d'une série à coût raisonnable, comme «dans le temps». Les gens le font encore, dit Jean-Pierre Samson, propriétaire de TPM, «mais ce n'est pas ça qui les fait halluciner».

Le boom et le down

Les choses ont donc bien changé depuis que le pays en entier s'est passionné pour les cartes, en 1990. Cette année-là commençait «l'âge d'or des cartes de hockey», estime M. Samson. «Les gens achetaient, achetaient...» C'était une mode. Suivie même par ceux qui ne s'intéressaient pas au sport!

C'est l'arrivée du Beckett qui a créé cet engouement, croit Yannick Godbout. Les collectionneurs avaient désormais un point de repère, une référence qui leur montrait noir sur blanc combien valaient leurs cartes.

«Les gens sont partis en peur», relate-t-il. Plusieurs pensaient alors investir en achetant une boîte de Score 1990-91, ou de Pro Set 1991-92, par exemple. «Erreur fatale», lance M. Godbout.

Alors que la rareté des cartes «pré-1990» assure aujourd'hui le maintien de leur valeur, celles produites de 1990 à 1995 sont trop nombreuses. Les fabricants, qui s'étaient multipliés dans les mois précédents, voulaient alors répondre à la gigantesque demande des consommateurs.

«Elles ont inondé le marché», explique Simon Bourque, un grand collectionneur (lire autre texte). «Elles ont fait miroiter bien des choses», ajoute Régis Fortin. Résultat : l'écrasante majorité de ces cartes ne vaut aujourd'hui que le prix du carton. Rien.

Inutile, donc, de vous présenter chez TPM ou à L'Imaginaire avec vos boîtes de cartes du début des années 90 dans l'espoir de les vendre. Yannick Godbout doit retourner des anciens collectionneurs avec leur petit bonheur «de 5 à 10 fois par semaine, surtout dans le temps des Fêtes, quand les gens ont besoin d'argent». Devant un tel client, Régis Fortin ne peut que répondre : «Bonne chance».

Ne jamais jeter une carte

Quoi faire avec tout ce carton, alors? Le mettre au recyclage? «Il ne faut jamais jeter une carte», lance Yannick Godbout, convaincant. Voilà plutôt une belle occasion d'initier un enfant aux plaisirs de la collection. Il pourra échanger, manipuler, trier, classer ses cartes, sans avoir peur de les briser (ça viendra plus tard!).

Après le boom du début des années 90, il y a eu le down de la deuxième moitié de la décennie. Il aura fallu l'arrivée d'un jeune prodige dans la LNH pour vivre une renaissance.

À partir de 2005, il y a eu un «effet Sidney Crosby», analysent MM. Godbout et Fortin. «Quand Crosby est arrivé dans le décor, les gens se sont relancés là-dedans, dit M. Fortin. Mais pas nécessairement des anciens collectionneurs qui avaient abandonné. Ce sont des nouveaux qui sont embarqués.»

Même si elles ne sont plus «à la mode» comme il y a 25 ans, les cartes sont donc encore très populaires. Dans sa boutique du collectionneur, où l'on trouve aussi timbres, monnaie, figurines et Cie, Jean-Pierre Samson assure qu'il fait toujours de bonnes affaires avec les cartes sportives. «Je vends moins en termes de volume, mais en termes de ventes brutes, c'est deux à trois fois plus qu'à l'époque», estime-t-il. Ça s'explique par le prix des boîtes de cartes, plus élevé en 2015 qu'en 1990.

Les cartes récentes sont d'ailleurs plus à l'abri d'une baisse draconienne de leur valeur que l'étaient celles sorties il y a 25 ans, croit Régis Fortin. «[Les fabricants] aiment mieux sortir plusieurs sortes de cartes que sortir plusieurs copies de la même carte.» L'intérêt des acheteurs demeure donc vif malgré l'afflux de nouveaux produits, analyse-t-il.

M. Samson soutient que plusieurs anciens collectionneurs des années 90 reviennent aujourd'hui... avec une relève. «Les pères retombent en amour avec les cartes grâce à leurs enfants», explique-t-il. Il voit aussi plusieurs nouveaux retraités. Des gens qui avaient cloué leur passion sur le banc et qui ont maintenant le temps d'échanger, de manipuler, de trier, de classer leurs cartes de hockey. Comme quand ils étaient enfants...

La «douce folie» de Simon Bourque

l y a quelques années, Simon Bourque avait un exemplaire de toutes les cartes de hockey imprimées avant 1990. Toutes.

Pour donner une idée de la trempe de cette collection, une seule série des années 30 peut valoir plus de 15 000 $. Et il y en a des dizaines. De plus, les vieilles cartes de M. Bourque comptaient parmi celles en meilleur état dans le monde. Il faut alors multiplier la valeur indiquée dans le Beckett, le magazine de référence des collectionneurs.

«C'est fou, mais c'est une douce folie», dit M. Bourque.

La passion de ce président d'un bureau d'ingénieurs est née à la fin des années 50, quelques années après lui. Il achète alors des paquets de gomme à mâcher qui s'accompagnent d'un boni : des cartes de hockey.

«On n'était pas très riches chez nous, mais ma mère me donnait souvent un 5 ¢ pour ça», raconte le Beauceron. Il cesse sa quête à 15 ans, mais la reprend en 1988 quand son jeune fils s'intéresse à la chose.

À l'époque, M. Bourque n'a plus ses vieilles cartes. «Maman disait que c'était de la cochonnerie. Elle a tout tiré ça aux poubelles! Mon frère m'en parle encore.» Après deux ans, l'intérêt de son fils se dissipe. «Mais moi, ç'a repris!»

Et comment! Il réussit à rassembler toutes les cartes de hockey sorties avant le boom des années 90. Y compris toutes les séries des années 10, 20 et 30. Des raretés.

«Ça prend des moyens», admet-il. «Et il faut une certaine discipline. Celle que je me suis imposée est de revendre mes doubles.» Il crée donc un site sur eBay uniquement pour financer sa collection. Un site qui propose maintenant près de 20 000 articles à vendre.

«On ne collectionne pas pour faire de l'argent», affirme-t-il. «Mais sans revendre, ça aurait été impossible [d'accumuler toutes ces cartes]. À moins d'avoir 5, 10 millions juste pour t'amuser. Ce qui n'était pas du tout mon cas.»

L'ivresse de la quête

Lors du passage du Soleil dans ses bureaux, M. Bourque avait en main cinq petites cartes, dont deux de Howie Morenz et une de Georges Vézina. Il s'agit des plus beaux exemplaires de ces cartes, assure-t-il. Cinq petits morceaux de carton actuellement en vente sur eBay pour un montant total de près de 100 000 $. Avis aux intéressés.

Car il y a deux ans, Simon Bourque a décidé de se départir de sa collection de cartes de hockey. «Je ne pouvais pas aller plus loin là-dedans. J'étais rendu au bout. J'avais tout trouvé, j'avais tout ramassé. En termes de complétion des séries, mais en plus en termes de qualité. Il n'y avait plus de défi.» À terme, il est persuadé de récolter plus d'un million de dollars.

Simon Bourque n'a jamais regretté la mise en vente de son trésor, la chasse passant avant l'objet, dit-il. «C'est la maladie du collectionneur. [...] La quête, c'est vraiment ce qu'il y a de plus intéressant.» 

Un rival et un allié

Le site d'enchères eBay a complètement changé le milieu des cartes de hockey. Petit à petit, à partir de son lancement en 1995, les acheteurs ont pu devenir vendeurs. Jean-Pierre Samson et Yannick Godbout y voient tous les deux du pour et du contre. Surtout du pour, en fait, puisque M. Samson estime qu'eBay est «un allié».

«Les gens peuvent vendre par eux-mêmes, mais ça fait aussi en sorte qu'ils sont moins gênés d'acheter», explique-t-il. De plus, eBay «nous permet de vendre des cartes en Slovaquie ou en Suède», lance M. Godbout. 

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