Lutte professionnelle: «trésor caché» dans Limoilou!

  • À chaque gala de la North Shore Pro Wrestling, une des salles du Centre Horizon dans Limoilou se remplit à ras bord d'amateurs venus assister aux acrobaties des lutteurs. (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    À chaque gala de la North Shore Pro Wrestling, une des salles du Centre Horizon dans Limoilou se remplit à ras bord d'amateurs venus assister aux acrobaties des lutteurs.

    Le Soleil, Pascal Ratthé

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  • Lors du gala du 11 avril, un combat d'échelles à six lutteurs, dont Liam Letto (à droite) et Matt Angel, était très attendu du public. Donnant dans le plus extrême, ce type de match donne lieu à des moments plus tendus, dont des chutes d'une vingtaine de pieds à travers une échelle (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    Lors du gala du 11 avril, un combat d'échelles à six lutteurs, dont Liam Letto (à droite) et Matt Angel, était très attendu du public. Donnant dans le plus extrême, ce type de match donne lieu à des moments plus tendus, dont des chutes d'une vingtaine de pieds à travers une échelle

    Le Soleil, Pascal Ratthé

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  • Mathieu Darsigny, 22 ans, est garagiste et animateur d'une maison de jeunes à Saint-Hyacinthe. La fin de semaine, il devient Travis Toxic. (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    Mathieu Darsigny, 22 ans, est garagiste et animateur d'une maison de jeunes à Saint-Hyacinthe. La fin de semaine, il devient Travis Toxic.

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  • Le lutteur Alextreme pose avec une admiratrice. (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    Le lutteur Alextreme pose avec une admiratrice.

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  • Le 11 avril, Giovanni et Marko Estrada en ont mis plein la vue aux 400 spectateurs du Centre Horizon, à Limoilou. (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    Le 11 avril, Giovanni et Marko Estrada en ont mis plein la vue aux 400 spectateurs du Centre Horizon, à Limoilou.

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  • Pas facile la vie de lutteur, comme le démontre Shayne Hawke. (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    Pas facile la vie de lutteur, comme le démontre Shayne Hawke.

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  • Le «méchant» Stew Korvus lance un avertissement à la foule. (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    Le «méchant» Stew Korvus lance un avertissement à la foule.

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  • Brad Alekxis ne semble vraiment pas apprécié cette petite balade dans les bras de Judas. (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    Brad Alekxis ne semble vraiment pas apprécié cette petite balade dans les bras de Judas.

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  • La foule est élément central pendant un combat de lutte. «La foule est le coeur du combat. Sans la foule, on est rien», reconnaît Stephen Boutet, fondateur de la NSPW. (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    La foule est élément central pendant un combat de lutte. «La foule est le coeur du combat. Sans la foule, on est rien», reconnaît Stephen Boutet, fondateur de la NSPW.

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  • Franky The Mobster s'apprête à projeter au sol Alex Price. (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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    Franky The Mobster s'apprête à projeter au sol Alex Price.

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(Québec) Il fait chaud et humide dans la salle Paul-Émile-Dalpé du Centre Horizon, dans Limoilou. La foule hurlante se laisse divertir par les acrobaties, prend part aux mises en scène et interagit avec les personnages dans le ring. Le lieu est bruyant, sent la transpiration et la bière. L'éclairage minimaliste donne l'impression de se trouver au beau milieu d'une scène de Fight Club, sauf qu'on assiste à des combats de lutte.

La North Shore Pro Wrestling (NSPW), fédération de lutte professionnelle née à Québec en 2008, «est l'un des trésors cachés» de la capitale. Le constat n'est pas très impartial, puisqu'il provient de Steve Boutet, fondateur de la NSPW. L'ambiance qui règne dans le Centre Horizon, un soir de gala, tend à lui donner raison.

Comme c'est le cas pour presque tous les événements signés NSPW depuis au moins un an, la carte du samedi 11 avril a fait salle comble. Les 400 billets ont été écoulés et les retardataires qui s'imaginaient une soirée underground au parterre clairsemé se sont butés à des portes closes.

Au début de l'aventure, Boutet lui-même ne pouvait s'imaginer un tel engouement à Québec. «Quand on a commencé, on avait à peu près 30 à 40 personnes par gala», a-t-il raconté au terme de la soirée de lutte du 11 avril. «On a souvent pensé à abandonner. Mais chaque fois, il y a quelque chose qui venait nous motiver», ajoute celui qui lutte sous le nom de Stephen Sullivan.

Avec l'aide de Kevin Steen, lutteur québécois devenu Keven Owens dans la World Wrestling Entertainment - le plus populaire des circuits de lutte américains (anciennement WWF) -, Boutet et ses acolytes ont réussi à attirer des lutteurs des États-Unis, gagnant ainsi des adeptes. Avec de bons contacts et une passion certaine, les artisans de la NSPW se sont graduellement bâti une crédibilité, même à l'extérieur du Québec. Aujourd'hui, «on attire les meilleurs lutteurs en Ontario ou des Maritimes».

L'organisation est reconnue par le milieu comme étant la meilleure fédération de la province, et ce, depuis trois années consécutives. Boutet, sans pouvoir l'affirmer, ose croire que sa ligue est actuellement la meilleure au Canada. Quelques vedettes américaines continuent de venir faire leur tour pour pimenter la programmation, mais les athlètes de la NSPW, dont beaucoup de Québécois, font amplement le travail.

Déjà 100 galas

Sept années se sont écoulées depuis la fondation de la fédération; le projet d'une bande de tripeux qui y oeuvrent bénévolement. Après un peu plus de 100 galas - le 100e a été célébré en mars -, il leur est impossible de faire marche arrière. Surtout pas maintenant, pas avec leurs récents succès.

«J'ai pour mon dire que c'est un cycle. C'est pareil pour la boxe, le UFC [arts martiaux mixtes], etc. Présentement, à Québec, la lutte est extrêmement populaire [...] Nous, on profite du moment présent. On sait que probablement un moment donné ça va baisser. C'est incroyable qu'on ait 400 personnes par gala», s'est enthousiasmé le grand manitou. «C'est mon bébé, c'est ma fierté.»

Malgré sa croissance, la NSPW entend demeurer au Centre Horizon, situé sur la 4e Rue à l'angle du boulevard des Capucins. Y trouvant refuge depuis 2010, la fédération veut rester fidèle aux amateurs et au centre, quitte à refuser des visiteurs à l'entrée.

La NSPW sort parfois de son quartier général pour quelques événements dans les festivals en période estivale, notamment en Beauce. La semaine dernière, elle tentait l'expérience dans un bar, prenant le contrôle de La P'tite Grenouille de Lévis. Le prochain «vrai» gala aura lieu le samedi 9 mai.

Lutteur de fin de semaine

Mathieu Darsigny, 22 ans, est garagiste et animateur d'une maison de jeunes à Saint-Hyacinthe. La fin de semaine, il devient Travis Toxic, «Mathieu Darsigny multiplié par 1000».

Rencontré dans les couloirs du Centre Horizon après le gala du 11 avril, Travis Toxic n'avait rien à envier aux sportifs professionnels. L'entrevue accordée au Soleil a été interrompue à répétition. «Est-ce que je peux prendre une photo avec toi?» lui a demandé un jeune fan. Le lutteur, qui n'était plus dans son costume, a accepté sans hésitation. Et c'est sans compter tous les spectateurs qui l'ont montré du doigt à leur sortie de la salle.

C'est que Travis Toxic a attiré l'attention. Participant à un combat d'échelles à six, qu'il a gagné, il a multiplié les sauts spectaculaires... après s'être fendu la tête contre une échelle (accidentellement, nous a-t-il dit).

Savourant sa victoire au sommet d'une autre échelle placée dans le ring, il a ensuite fait une chute d'au moins 25 pieds après qu'un adversaire déçu eut décidé de le lui faire payer cher en le poussant jusqu'au plancher. Un saut qui a laissé des traces, le lutteur boitant quelque peu et gardant une compresse de glace sur son postérieur. «C'est quand même un sport qui fesse! Oui, ça peut arriver [des accidents], mais ce sont les risques du métier», a expliqué le jeune homme une fois libéré de ses admirateurs.

Comme nombre de lutteurs de la relève, Travis Toxic a grandi en regardant la lutte à la télé. Et comme bien des jeunes qui en mangent, il a fait ses premiers pas avec son frère et des amis. En vieillissant, ils ont découvert qu'ils pouvaient suivre des cours de lutte. «La plupart des fédérations [comme la NSPW] ont des écoles.»

Apprenant à tomber, à bouger dans le ring et à trouver son personnage, Mathieu Darsigny s'est tranquillement métamorphosé en son double : Travis Toxic. «Tu trouves ton trait de caractère. Tu peux garder ton nom, mais moi, je voulais un nom qui lookait un peu.»

Une affaire de passionnés

Adepte de théâtre, mais aussi de sports extrêmes, Mathieu confie que la lutte s'est rapidement imposée comme le meilleur des deux mondes.

La grande majorité des lutteurs de la NSPW ont des boulots à l'extérieur du ring. Même son fondateur, Steve Boutet, travaille à temps plein. L'organisation est entièrement bénévole et les recettes des galas sont réinvesties pour de l'équipement. Les lutteurs invités reçoivent un cachet couvrant essentiellement leurs dépenses pour se déplacer, sans plus. 

Éventuellement, la lutte devient de plus en plus prenante, surtout si l'on connaît du succès. C'est le cas de Travis Toxic, qui va de gala en gala, parfois à coups de deux ou trois par mois. Ajoutez à cela l'entraînement physique. Ce dernier s'est bâti un nom en prenant des risques, multipliant les sauts peu orthodoxes. Tout ça sans assurances et en assumant une potentielle blessure qui le forcerait d'arrêter de travailler. 

Tous ne prendront pas les mêmes risques, mais tous sont amoureux de la discipline. Constat final de Boutet : la NSPW et la lutte en général, au Québec, est une affaire de passionnés.

Les prouesses athlétiques en premier

Personne ne sera vraiment choqué d'apprendre que la lutte est arrangée (!). L'issue des combats est scellée d'avance par un booker, qui agit un peu comme un scénariste. Dans la World Wrestling Entertainment (WWE), dont le budget est évidemment immense en comparaison de ceux des circuits indépendants comme la NSPW, tout ce qui se trouve à l'extérieur du ring a une importance capitale, presque autant que le combat lui-même. À la NSPW, tous les efforts sont concentrés sur les duels. D'ailleurs, les membres de la fédération partagent la même philosophie que son fondateur, Steve Boutet, qui considère la lutte comme un sport avant tout. «Nous autres, on met le côté athlétique en premier, contrairement à la WWE ou d'autres fédérations plus axées sur les histoires.»

Le booker conserve son rôle à la NSPW, mais il revient aux lutteurs de compléter le chemin pour arriver au résultat demandé. «Le booker fait le squelette, les lutteurs mettent la chair autour de l'os», note Boutet. Le public décidera au final s'il a apprécié le combat, mais aussi s'il a aimé sa relation avec les lutteurs, un autre élément décisif sur la popularité d'un combattant. «T'as beau être le meilleur lutteur du monde, si la foule se fout de toi, ça ne marchera juste pas.»

Une question au booker de la NSPW, Michael Bisson

Q Comment détermine-t-on l'issue d'un combat?

R L'issue dépend de nombreux facteurs et ceux-ci varient d'un combat à l'autre. Est-ce que le combat en est un opposant deux lutteurs au coeur d'une rivalité importante? Quelle histoire veut-on raconter? Quelle sera la suite? Lequel des deux lutteurs suscite une réaction plus importante (négative ou positive) de la foule? Lequel des lutteurs pourrait le plus bénéficier d'une victoire et influencer la perception que la foule a de celui-ci? Un peu comme chaque acte d'une pièce de théâtre, un combat sert à tenir le spectateur en haleine et susciter chez lui un intérêt pour la suite et le dénouement de l'histoire.

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