Jonny Murray: en ligne droite vers la LNH

«Je suis content de ma carrière. Je suis... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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«Je suis content de ma carrière. Je suis dans la Ligue depuis 15 ans, ça fait de moi un vétéran. Une fois que tu as franchi le cap des cinq années de service et que tu n'as pas commis de gaffe majeure, tu peux durer assez longtemps», dit Jonny Murray

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Jonny Murray a vite gravi les échelons comme juge de lignes. Il devrait se joindre au club sélect des 1000 matchs dans la LNH en début de saison 2016-2017, puisqu'il vient de rater la présente campagne en raison d'une hernie discale. La semaine dernière, il convenait avec ses patrons de faire l'impasse sur les actuelles séries et retrouvera son poste l'automne prochain.

«Je suis content de ma carrière. Je suis dans la Ligue depuis 15 ans, ça fait de moi un vétéran. Une fois que tu as franchi le cap des cinq années de service et que tu n'as pas commis de gaffe majeure, tu peux durer assez longtemps», confie le chevalier du sifflet de 40 ans, qui aimerait enfiler le chandail rayé jusqu'au début de la cinquantaine.

L'arbitre originaire de Beauport n'a pas l'occasion de séjourner souvent dans sa région natale au cours d'une saison. En période de rééducation à la suite d'une hernie discale qui l'a tenu à l'écart du jeu, Le Soleil a profité de son passage à Québec pour le rencontrer. Coup de patin en ligne droite vers le sommet!

La LNH n'attend pas tous les officiels du hockey mineur. Avant que le boulot à temps partiel ne devienne votre gagne-pain, il faut faire ses classes sans savoir qu'un appel reçu à 19h11, le 11 juin 2000, changera votre vie juste au moment où vous pensiez renoncer à cette profession...

«En 1999-2000, j'avais décidé d'arrêter après la Coupe Memorial, j'étais tanné de la politique, de voir du monde passer avant d'autres. Avant un match, un superviseur de la LNH était venu nous voir, Éric Furlatt [actuel arbitre dans la LNH] et moi, en nous disant qu'il reviendrait nous parler après la partie. Pendant le match en question, j'avais pris une méchante fouille, j'avais rendu ma décision tout croche, et dans ma tête, j'étais cuit. Je le pensais encore plus en réalisant qu'il n'était pas revenu nous revoir après le match...»

Quelques jours plus tard, convaincu que l'heure de la retraite avait sonné, un coup de fil le fera changer d'idée. À l'autre bout, Andy Van Hellemond, alors responsable des arbitres : «Salut, aimerais-tu devenir arbitre dans la LNH? Si oui, rappelle-moi demain.»

Le lendemain, un numéro inscrit sur une feuille lui confirme qu'il n'a pas rêvé. «Cet appel a changé ma vie», dit Murray, dont la progression a été fulgurante.

Du novice à 7 $ par match

Lorsque Murray était enfant, son père - qui était impliqué dans le hockey mineur - l'envoyait dans le vestiaire des arbitres pour qu'il soit plus en sécurité. Il n'a jamais oublié la suggestion de Ghislain Caron, un enseignant du primaire, de devenir arbitre. À 14 ans, il enfile le chandail rayé pour la première fois.

«Je me levais à 5h du matin pour faire du novice, à 7 $ par match... J'ai ensuite monté très vite dans le pee-wee, dans le AA, le bantam, etc. Le problème, c'est que je commençais à arbitrer des joueurs contre qui je jouais, ça ne marchait pas. Je l'ai fait jusqu'à ce que je sois promu un niveau provincial et à 16 ans, j'ai arrêté de jouer, sachant que je ne ferais pas carrière.»

Au bout d'une saison dans le midget AAA et le junior AAA, il se joint à la LHJMQ à 18 ans. C'était à l'époque des Harfangs de Beauport, alors dirigés par Jos Canale. Une saison plus tard, on fait appel à ses services pour agir comme juge de lignes  «maison» pour les matchs des As de Corn­wall, club-école des Nordiques dans la Ligue américaine. Il travaillera notamment pendant la demi-finale de la LAH.

«J'étais jumelé à David Tavaroff, je ne parlais pas un mot anglais. J'avais un nom à consonance anglaise, mais quand ça sortait, ça ne sonnait pas l'anglais pantoute. Ça ne m'a jamais nui, mais ça explique peut-être pourquoi ça m'a pris sept ans avant d'être choisi pour les séries de la LNH. Je peux comprendre qu'ils [ses patrons] aient attendu que je parle mieux l'anglais pour m'assigner dans les séries.»

Gardien de délateurs à la sûreté du québec

Avant d'être embauché par la LNH, il arbitrait tout en travaillant comme gardien de délateurs à la prison de la Sûreté du Québec et agent de sécurité. Il ne remerciera jamais assez son employeur de l'époque de l'avoir souvent libéré pour exercer sa passion un peu partout sur le territoire de la LHJMQ, où il patinera pendant 10 ans (en plus des ligues Américaine et Internationale) avant d'accéder à la LNH.

Son premier match : Dallas à Ottawa, en octobre 2000. «J'étais stressé. Le plus difficile, c'est que je ne parlais pas l'anglais. Je l'ai appris sur le tas, comme on dit», ajoute celui qui a participé trois fois aux demi-finales de la LNH et qui aimerait ajouter le Match des étoiles et la Coupe du monde à son palmarès.

Immunisé contre la critique

Au cours d'une saison, un juge de lignes de la LNH «dispute» 75 matchs, sans compter les séries éliminatoires lorsque son nom est retenu. Mais contrairement à chacune des 30 formations, il ne se produit jamais à la maison. Aujourd'hui, Jonny Murray estime être immunisé contre la critique.

«Disons qu'on finit par l'accepter, on s'y habitue», s'avance-t-il sur ce sujet. Basé à Fort Lauderdale, l'arbitre de Beauport est à l'horaire à peine deux fois par mois sur les patinoires de Sunrise (Panthers) et de Tampa Bay (Lightning) au cours d'une saison. Le reste du temps, il se promène aux quatre coins de l'Amérique du Nord, au gré de son horaire.

«Je suis à la maison environ 10 à 12 jours par mois, et pas de manière consécutive. Quand j'entends des joueurs ou des entraîneurs raconter qu'ils disputent un "aller-retour", ça me fait rire. Nous, on en fait à l'année», dit-il en souriant.

La plupart du temps, Murray voyage seul, de façon commerciale, pendant que les équipes de la LNH s'offrent des vols nolisés où les joueurs n'ont qu'à grimper à bord, en bout de piste. En séries, la LNH forme des duos de juges de lignes, ce qui lui permet alors d'avoir un compagnon de route.

«Si je rate un appel, il n'y a personne pour me dire : "Pauvre petit, tu as voyagé sur un vol commercial..." C'est correct, on est des arbitres, on n'est pas là pour se faire aimer.»

Fin psychologue

Ce qu'il recherche, avant l'amitié des joueurs, c'est le respect. Un bon arbitre doit aussi être un fin psychologue, puisque chaque joueur doit être abordé d'une manière différente selon la situation.

«Il faut savoir gérer les personnalités, la pression et la possibilité que 20 000 personnes te huent! Avec le temps, les gars nous respectent. Je n'en connais pas qui cherchent à nous impressionner à cause de leur statut de vedette. De toute manière, ça ne fonctionnerait pas. Ils comprennent qu'on a un job à faire, que l'on peut commettre une erreur, ici et là, mais qu'eux aussi, ils peuvent en faire. S'il y en a un qui me plante après un mauvais call, je peux aller lui demander pourquoi n'a-t-il pas visé le filet sur une chance de marquer...

«Je suis humain, ils le savent, et si je fais un mauvais appel, je l'admets. Ça m'est déjà arrivé avec Zdeno Chara [Bruins de Boston], il avait accepté mes excuses et m'avait défendu auprès d'un coéquipier. Il y a 1200 matchs par année dans la LNH, peut-être 150 000 hors-jeux, combien sont controversés? Peut-être trois ou quatre par saison, c'est peu...» 

Jonny Murray en quatre mots

Souvenir › Dans le feu de l'action, une rondelle perdue, un bâton trop élevé, un contact physique accidentel, les risques du métier sont nombreux pour les juges de lignes. À preuve, Jonny Murray traîne une cicatrice au menton depuis sa toute première saison dans la LNH, gracieuseté de Mario Lemieux. «Après le match, il était venu s'informer et pour s'excuser, il m'avait remis son bâton en souvenir. Un mois plus tard, il me remettait une photo signée de sa main sur laquelle on se trouvait tous les deux.»

Humour › «Ouais, tout un but, mais je fais ça tous les jours dans ma ligue de garage», voilà le genre de remarque amicale que Jonny Murray peut lancer à l'auteur d'un jeu de la semaine. Il pense d'ailleurs que son humour lui permet d'être apprécié dans la LNH. «Je suis le genre à détendre l'atmosphère, même avec certains entraîneurs. Alors, les joueurs doivent se dire que si je suis assez ami avec leur boss, ils vont y penser à deux fois avant de m'enguirlander...»

Admiration › Depuis qu'il travaille dans la LNH, Jonny Murray a développé une passion pour le football et le baseball, et cela n'a rien à voir avec sa participation à un match de la Classique des stades, à New York (Yankee Stadium). Dans les gradins d'un stade de la NFL ou des ligues majeures, il peut alors manifester comme n'importe quel partisan, lâcher son fou. «C'est parfois difficile de ne pas exprimer ses sentiments. Avec le temps, on ne voit plus les joueurs de hockey comme des vedettes, on se concentre sur notre job. Je me souviens de l'un de mes premiers matchs entre Colorado et Ottawa, je m'étais laissé surprendre à regarder Joe Sakic et Peter Forsberg, je n'avais même pas fait le signal qu'il n'y avait pas de hors-jeu. Pendant cinq secondes, je m'étais laissé impressionner, jusqu'à ce que je me dise : "Réveille-toi, tu travailles!"»

Conseil › Entre deux saisons, Jonny Murray donne des cours de patinage en puissance avec son école Extreme Power Skating, l'une des plus populaires au Québec. Il refile aussi des conseils sur la relation entre joueurs et officiels. «Je dis souvent aux joueurs de se rappeler qu'ils cohabiteront toute leur carrière avec des arbitres, que ça ne donne rien de les écoeurer. Un joueur peut être en désaccord avec une décision, mais tout est dans la façon de le dire. Je me souviens d'un match où [Sidney] Crosby n'était pas content après moi. On s'était recroisés à l'hôtel, le lendemain, il était venu me saluer en s'excusant...»

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