Dernier round de l'histoire de la boxe au Colisée

Le combat entre Jean Pascal et Bernard Hopkins... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Le combat entre Jean Pascal et Bernard Hopkins en décembre 2010 a fait partie d'un des huit galas qui ont eu lieu au Colisée dans les cinq dernières années et demie.

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Le Colisée de Québec refermera bientôt ses portes sur plus de 65 ans d'histoire. Les plus grands chapitres de l'amphithéâtre de Limoilou ont été consignés par des sportifs, pas tous en patins. Autant par ses succès que par ses échecs, la boxe occupe une place de choix dans les annales de l'édifice. De Léo Lapointe à Kevin Bizier en passant par Fernand Marcotte, Bernard Hopkins et Éric Lucas, Le Soleil vous fait voyager dans le temps au matin de ce qui devrait être la dernière manifestation du noble art dans le vétuste aréna.

Fernand Marcotte a participé à quelques galas au... (Archives Le Soleil) - image 1.0

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Fernand Marcotte a participé à quelques galas au Colisée, dont celui du 7 mai 1973 où il avait subi la défaite contre Ray Chavez Guerrero.

Archives Le Soleil

«C'est un vrai festival de boxe comme il ne s'en est jamais vu à Québec.» Les promoteurs «sont fiers d'avoir réussi à obtenir l'usage de notre beau temple sportif, le plus vaste et le mieux aménagé de l'Amérique du Nord». Annonce du duel entre Adonis Stevenson et Sergey Kovalev dans le nouvel amphithéâtre pour cet automne? Plutôt Le Soleil du 27 août... 1951!

Journal du lundi après-midi, à quelques heures de «cette bataille surnommée le combat du siècle pour le Québec» entre le héros local Fernando Gagnon et Salvador «Dado» Marino, un Hawaiien décrit comme «l'étoile des Philippines» dans la chronique des journalistes Marcel Bourassa et Edmond Piché.

Dix rounds opposant le champion poids coq canadien au monarque mondial des poids mouches soldés par un verdict nul devant 7500 personnes, aussi témoins de quatre autres combats. Dont celui entre un certain Claude Meunier et «un boxeur de couleur dans la personne de Merrill Olmstead». Roland Lemoyne et Léo Lapointe sont les premiers entre les câbles, à 20h30.

«Un spectacle couronné de succès et maintenant admis officiellement comme une des meilleures réalisations locales à date dans ce domaine», soulignent le lendemain les scribes. Le Colisée a un an et demi. Sans doute le premier gala de boxe à s'y tenir.

Grand timide au petit gabarit, Gagnon roule néanmoins des poings chez les pros durant 13 années (de 1942 à 1955), aux quatre coins de la ville et de la province. Auteur de 105 victoires en 145 combats, champion canadien poids coq (118 livres) durant neuf ans, il exporte même son talent aux États-Unis, en Angleterre et jusqu'en Afrique du Sud.

Ouvrant la porte au premier boxeur de Québec à connaître une vraie carrière internationale, Fernand Simard. Le Montréalais Joe Villeneuve s'était produit au Japon dès 1935.

Simard compile 143 victoires en 163 combats professionnels (de 1958 à 1968) au fil de prestations dans plus d'une douzaine de pays. En 13 mois, 1966 et 1967, Simard boxe à Porto Rico, Paris, Cape Town, Granby, Sept-Îles, Québec, Rivière-du-Loup, Rimouski, Saint-Siméon et Moncton.

Classé deuxième léger au monde en 1966, il confie plus tard au journaliste du Soleil Jacques Arteau s'être déjà battu pour un salaire de 98,32 $, à Jonquière. Une autre fois, il avait été payé avec une cravate.

Simard est aussi sur la carte ce soir de mai 1959 où Dave Hilton père, âgé de 18 ans et fier résident de Sillery, gagne son premier titre canadien en plein Colisée. Les années 60 voient ensuite les Robert Cléroux, Willie Pep et Donato Paduano célébrer au Colisée.

Effervescence des années 70

Vint la décennie 1970. Effervescence dans la boxe, ici comme ailleurs. L'époque des grands combats de poids lourds américains avec Floyd Patterson, Muhammad Ali et Sonny Liston.

Le 8 mars 1971, 9326 spectateurs s'agglutinent dans un Colisée de 10 000 places pour le premier duel Ali-Frazier... diffusé sur écran géant. Presque autant que les 12 000 curieux entassés au Forum de Montréal pour la même occasion.

Cet intérêt profite à tous. Quatre promoteurs sévissent à Québec durant la seule année 1970. «Tout le monde essayait de prendre la pole, que ce soit au Colisée ou ailleurs», explique aujourd'hui Arteau.

Le journaliste à la retraite énumère comme lieux pugilistiques de l'époque le Stade municipal, la salle Saint-Malo et la fameuse Tour, dans le quartier Saint-Roch. Le Club athlétique Champlain tirait son surnom de la forme de son bâtiment.

Mais c'est au Colisée que le troisième Fernand - Marcotte celui-là - vivra plusieurs de ses plus importants combats. Premier titre canadien, contre Reynald Cantin (1971); champion nord-américain, aux dépens d'Al Romano (1972); première victoire contre Joey Durelle (1972); défaite face au Torontois Clyde Gray (1973); avant-dernier retour, battu par Ricky Thomas (1992).

«Avec Reynald Cantin, on avait rempli le Colisée à deux gars de Québec. C'est quelque chose! Et on ne se battait pas pour un championnat du monde!» se remémore Marcotte, encore de nos jours enthousiaste observateur du monde de la boxe.

Les gens de Québec ne verront Marcotte à son apogée qu'à la télé, ou à Montréal. Fort d'une fiche de 75 victoires en 90 combats sur 25 ans de carrière professionnelle (de 1970 à 1995), il ne se produira plus dans sa ville de 1977 aux années 90. Les gros combats et l'argent sont à l'autre bout de l'autoroute 20.

Les programmes locaux se mettent dès lors à décliner. En mai 1977, un fiasco de 1247 spectateurs au Pavillon de la jeunesse fait dire au copromoteur de l'événement, Marcel Giguère : «Faut croire qu'il n'y a plus de clientèle pour la boxe à Québec.»

En 1978, Giguère est l'unique promoteur reconnu par la Commission athlétique de Québec. À 250 km de là, Régis Lévesque et Henri Spitzer brassent des grosses affaires. Un modèle en quelque sorte reproduit aujourd'hui avec InterBox et GYM, qui gèrent tout de la métropole.

Octobre 1978, l'inénarrable Lévesque promet au Colisée la naissance d'une grande rivalité entre Marcotte et Eddie Melo. Le combat se tient finalement à l'Auditorium de Verdun. Pour la boxe à Québec, la longue traversée du désert était déjà commencée.

Grande noirceur

Entre 1977 et 2009, Québec plonge dans une longue nuit pugilistique. Que ce soit au Colisée, au Pavillon de la jeunesse, au Hall d'exposition ou au Concorde, tous les promoteurs s'y sont cassé les dents.

«J'ai cru à 10 000 personnes, mais je rêvais en couleurs. Même avec Stéphane Ouellet, une étoile montante, j'ai eu moins de monde qu'avec Alain Bonnamie. Je perdais 37 000 ou 38 000 $ chaque fois», ressasse aujourd'hui l'ex-promoteur Angelo Nittolo, homme d'affaires spécialisé dans le recyclage de métal. Il dit avoir englouti 100 000 $ en quelques cartes à Québec.

«Je ne peux continuer à perdre de l'argent simplement parce que j'aime la boxe», déclare-t-il un soir de juillet 1992, à la lumière de la maigre foule de 2500 amateurs venus au Colisée applaudir le retour de Fernand Marcotte et Bonnamie en combat de championnat nord-américain. Nittolo retente l'expérience un lundi de février 1994, avec Ouellet en finale, mais sans plus de succès.

Les années 80 sont déjà pénibles, malgré un «Colisée tout neuf» bonifié à 15 000 sièges. L'ombre de la mort de Cleveland Denny, terrassé dans le ring par Gaétan Hart en juin 1980, planera sur la boxe québécoise plusieurs années.

Cinq mois avant les événements du Stade olympique, Hart se produit devant 250 personnes à l'hôtel Le Concorde, sur la Grande Allée. «Le promoteur Roger Larivée aurait aimé bien sûr faire des profits, mais il entend bien revenir à la charge, dès qu'il aura remboursé l'argent perdu...» rapporte alors le journaliste du Soleil, Pierre-Paul Noreau, à présent rédacteur en chef de votre quotidien préféré.

Sans vedette locale ni combat d'envergure, la disette dure. Le retour se prépare dès 2004, avec l'arrivée au Québec d'un jeune Roumain. Lucian Bute livre son quatrième combat pro au Colisée, en sous-carte d'Alcine-Santos, avant de gagner sa première ceinture (NABF) au Pavillon de la jeunesse, en 2005. Il relancera le noble art dans la capitale quatre ans plus tard.

Merci au Canadien

La boxe est revenue en force à Québec depuis 2009 grâce au Canadien!

Les droits du combat revanche entre Lucian Bute et Librado Andrade appartenaient au promoteur d'Andrade. Jean Bédard, président d'InterBox et promoteur de Bute, explique la suite. «La chaîne télé HBO propose sa date, le 28 novembre. Le président de Golden Boy Promotions m'appelle pour savoir s'il pouvait faire ça au Centre Bell, mais le Canadien jouait à Montréal, ce soir-là.»

Bédard se tourne aussitôt vers son ami Jacques Tanguay, qui en mène large dans le paysage sportif de Québec avec les Remparts et le Rouge et Or football. Ni une ni deux, le maire Régis Labeaume lui-même confirme à Bédard la disponibilité du Colisée.

«Considérant le nombre de spectateurs [16 473] et la qualité du spectacle, c'est notre gala qui a eu le plus de succès», estime aujourd'hui le patron d'InterBox. À ses yeux, le gala Bute-Andrade II de Québec se compare au Pascal-Kovalev du 14 mars dernier, au Centre Bell. Les 20 479 spectateurs pour Bute-Pascal, l'an passé, à Montréal? «Il y avait beaucoup de monde, mais le show n'était pas bon», admet-il.

Huit galas se sont tenus au Colisée dans les cinq dernières années et demie. Sixième combat de championnat du monde cet après-midi. La capitale a entre autres eut droit aux adieux d'Éric Lucas et à la visite de l'increvable Bernard Hopkins.

InterBox voulait tenir un gala avec Jean Pascal ici cet été, mais la vétusté d'un Colisée sans climatisation l'en empêche. Aujourd'hui, c'est à Kevin Bizier, un gars de la place, que pourrait revenir l'honneur du dernier combat de l'histoire.

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