La magie retrouvée de Laurent Dubreuil

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Laurent Dubreuil occupe présentement le deuxième rang au classement cumulatif des épreuves de 500 m en Coupe du Monde.

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(Québec) À pareille date l'an dernier, Laurent Dubreuil était au plus bas. Il venait de regarder les Jeux olympiques à la télé, de son salon. Se disant qu'il aurait pu y être. Qu'il aurait dû y être! «C'est fou à quel point une année peut faire une différence», sourit celui qui se présente parmi les favoris aux Championnats du monde sprint de patinage de vitesse sur longue piste, aujourd'hui et demain, à Astana.

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«Dans la même année de calendrier, il y a eu les pires bas et les plus gros hauts. C'est quand même particulier... Ça va tellement bien que j'essaie de rester dans le moment présent et de ne pas penser à l'an passé. Mais j'espère en même temps que ça va rester frais pour longtemps. Ce n'est pas mon genre d'oublier ça», dit Laurent Dubreuil

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Laurent Dubreuil débarque au Kazakhstan bardé d'une médaille de bronze des récents Mondiaux par distance et du deuxième rang cumulatif aux épreuves de 500 m du circuit de la Coupe du monde. Son 1000 m n'est pas encore au point, mais le cumul des deux pourrait en surprendre plus d'un.

De zéro à héros en 12 mois. L'athlète de Saint-Étienne-de-Lauzon a touché le fond du baril au tournant de l'année 2014. Incapable de se qualifier pour Sotchi, où les plus optimistes lui prédisaient même une médaille. La chute n'en fut que plus brutale pour le jeune espoir et fils aîné de deux anciens patineurs olympiques.

«C'était différent, vraiment différent. On n'a pas joué aux cartes», a lancé Dubreuil, quand Le Soleil l'a visité au domicile familial, en janvier. Il rentrait de Calgary, rapportant son premier titre de champion canadien et un record québécois dans ses valises.

Son frère, Daniel, et sa soeur, Anna-Belle, revenaient aussi de l'Ovale olympique albertain. La fratrie de patineurs combattait le décalage horaire avec une partie de cartes, sur la table de la cuisine.

Avant les Fêtes, le jeune homme de 22 ans a raflé quatre médailles de suite en Coupe du monde. Du jamais vu pour un Québécois en longue piste depuis la naissance du circuit mondial, en 1985.

Il y a deux semaines, il est devenu le premier Québécois médaillé aux Championnats du monde par distance depuis Sylvain Bouchard en 1998, premier Canadien depuis Jeremy Wotherspoon en 2008. Dubreuil compte cinq médailles et neuf présences parmi les six meilleurs en 11 courses internationales sur 500 m cette saison.

«Dans la même année de calendrier, il y a eu les pires bas et les plus gros hauts. C'est quand même particulier...» réfléchit-il à haute voix. «Ça va tellement bien que j'essaie de rester dans le moment présent et de ne pas penser à l'an passé. Mais j'espère en même temps que ça va rester frais pour longtemps. Ce n'est pas mon genre d'oublier ça.»

Pas son genre, non. «Les échecs me motivent plus que les victoires», établit-il. «Je ne suis pas aussi content quand ça va bien que je suis fâché quand ça va mal. Quand ça va bien, c'est juste normal. Je suis talentueux et je m'entraîne fort, alors pourquoi ça n'irait pas bien? Mais quand les résultats ne reflètent pas mes attentes, c'est là que ça fait plus mal.»

Ce qui le comblerait vraiment? «Être champion du monde ou champion olympique. Là, tu as réussi.» Rien de moins. «Ça va bien en ce moment, mais je ne suis pas encore au bout de ce que je veux réaliser.»

Confiant, pas arrogant

La fin de son hiver se passe dans l'oeil des caméras, sur les anneaux les plus prestigieux au monde. Mais il y a un an, il pansait ses plaies mentales et physiques à l'abri des regards. Et il comptait. Le nombre de «courses magiques» par saison. Sensation «indescriptible», performances «rares» que «tu referais 100 fois et ce ne serait jamais mieux. Tu finis et tu n'as même pas l'impression d'être fatigué», tente-t-il d'expliquer. 

Autant le concept apparaît flou, autant les chiffres sont clairs. Sept «courses magiques» à sa dernière saison junior, en 2011-2012, dont une quatrième place en Coupe du monde senior et l'or aux Mondiaux juniors.

Puis une seule au cours des deux années suivantes. Aucune l'an dernier! Régime sec. «J'étais stalé! Mes deux premières années seniors, je ne me suis pas amélioré», analyse le patineur, sans détour. «J'ai réalisé qu'il n'y avait plus de magie. Aussi moins d'attitude quand je patinais. J'étais plus blasé.»

La confiance voisine l'arrogance, admet-il. Mais la frontière entre les deux est claire pour lui. «Tu arrives sur la ligne et tu rayonnes de l'intérieur. Tu sais en dedans de toi que tu vas faire une cristie de course. Tu te dis : "Cette course-là, vous êtes mieux de la regarder, parce que vous allez capoter!"

«Pas que tu baves les autres ou que tu sois arrogant envers eux, précise-t-il. Mais tu sais que tu es bon et que tu vas faire une bonne course. Tu te dis : "Regardez-moi, vous allez voir quelque chose de spécial." Quand j'étais jeune, j'étais de même. Mais dans les dernières années, je n'étais plus comme ça.

«J'arrivais sur la ligne et je ne pensais pas que j'étais capable de battre les meilleurs. Je ne pensais pas que j'étais capable de battre Mo Tae-Bum [or JO 2010] et Michel Mulder [or JO 2014]. Maintenant, à toutes les fois que je suis sur la ligne, je suis sûr que je suis capable.» Il l'a encore fait le 15 février, dans le deuxième 500 des Mondiaux par distance.

Un nouveau programme d'entraînement privilégiant le volume à l'intensité a aussi joué un rôle dans la renaissance du phénix Dubreuil. Il y a retrouvé sa forme d'antan et avec, son excessivité intrinsèque. «Cette agressivité sur la glace qui fait qu'une bonne course devient une course magique.»

Cette magie retrouvée le hissera-t-il au pinacle international dès cette saison? «Si je gagne, ça va être bien l'fun. Mais si je ne gagne pas, je vais me demander comment faire pour gagner l'année prochaine. Ce sera le même processus que l'an passé, mais pas dans la déception totale», résume celui qui complétera le calendrier de Coupe du monde les 21 et 22 mars, à Erfurt, en Allemagne.

«Tu es rendu meilleur que ton père!»

«Tu es rendu meilleur que ton père!» lance Gerard van Velde à Laurent Dubreuil, en bordure de l'anneau de glace. Le Québécois vient de gagner sa deuxième médaille en Coupe du monde. Le Néerlandais ancien champion olympique (1000 m, 2002) devenu entraîneur de champion olympique (Michel Mulder, 500 m, 2014) confirme ce que tout le monde sait. Laurent s'est fait un prénom. Il n'est plus seulement le fils de.

Même s'il a raté ceux de 2014, Dubreuil a déjà été présent à des Jeux olympiques. Ceux de 1992. Sa mère était enceinte de quatre mois. Il naîtra en juillet suivant. Concurrente aux cinq épreuves de longue piste aux Jeux de Calgary, en 1988, Ariane Loignon est à Albertville pour encourager son amoureux, Robert Dubeuil, qui finira 14e au 500 m. En piste, Dubreuil père avait été jumelé à Van Velde.

«Ça n'a jamais été un poids, au contraire. Mes parents ne nous ont jamais mis de pression», assure l'aîné de trois patineurs de haut niveau. «Pour eux, tant que leurs enfants font un sport. Ça adonne que le patin de vitesse est leur sport préféré, mais si ma soeur avait voulu jouer au soccer, mettons, ils l'auraient inscrite, l'auraient conduite à ses entraînements et seraient allés voir ses matchs.»

Il s'est émancipé du cocon familial lors de son sacre comme champion du monde junior, en 2012. Encore plus cette année avec une médaille aux Mondiaux par distance et quatre en Coupe du monde. Il se dit très reconnaissant envers ses parents, soulignant comme autre mentor l'entraîneur Gregor Jelonek. Robert Dubreuil est dg de la Fédération de patinage de vitesse du Québec et Ariane Loignon, conseillère en sport à la Ville de Lévis.  Olivier Bossé

La persévérance des Spurs

Laurent Dubreuil ne participe pas qu'à des pools de patinage de vitesse - ça existe, comme au hockey -, il suit aussi le football universitaire américain et le basketball de la NBA. Il s'inspire du triomphe des Spurs de San Antonio de l'an passé. Victimes d'un échec crève-coeur en finale de 2013 face au Heat de Miami, les vieux Spurs sont revenus plus forts l'année suivante. Meilleure fiche de la ligue et victoire sans appel dans l'ultime série contre le Heat. «Avec les mêmes joueurs plus vieux, ils ne devaient pas être meilleurs. Mais ç'a clairement touché un fil, ça les a motivés. S'ils avaient gagné la première année [2013], je crois qu'ils n'auraient pas été aussi bons l'an passé. Moi, l'épreuve que j'ai vécue [avoir raté les JO de Sotchi] m'a amené un désir de m'améliorer plus grand qu'avant.» 

Mon «ami» Kulizhnikov

Pavel Kulizhnikov domine le sprint en longue piste. Le Russe de 20 ans gagne tout sur 500 m et souvent sur 1000. «Je ne l'aime pas du tout», avoue sans ciller Laurent Dubreuil. Kulizhnikov l'empêche d'atteindre son but. Mais il y a plus. Il y a le doute. En mars 2012, aux Mondiaux juniors, Dubreuil a gagné le 500 m, deux rangs devant Kulizhnikov. Le lendemain, sur 1000, le Russe triomphait et le Québécois se classait quatrième. Kulizhnikov a ensuite été déclaré positif à un test antidopage. Suspendu deux ans. Dubreuil a reçu sa médaille de bronze par la poste. Celle du Finlandais Tommi Pulli, qui héritait de l'argent. Pulli est aujourd'hui le meilleur ami de Dubreuil sur le circuit. 

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