La double passion du Dr Boutet

À 20 ans, Sylvain Boutet a renoncé à... (Le Soleil, Yan Doublet)

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À 20 ans, Sylvain Boutet a renoncé à une carrière au hockey. Mais il est depuis resté associé à ce sport qui l'attire encore sur la patinoire pour garder la forme.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Ancien capitaine des Cataractes et médecin des Remparts, Sylvain Boutet a longtemps été le symbole du mariage possible entre les études et le hockey junior. Même s'il a gardé un léger pincement au coeur à l'idée d'avoir renoncé à une carrière sur la patinoire, son geste rationnel d'aller en médecine aura teinté sa vie! Nous l'avons rencontré en marge de la Classique hivernale entre Québec et Shawinigan, disputée samedi à Saint-Tite.

Étrangement, c'est une rencontre fortuite avec un joueur de la LNH qui avait réconforté Sylvain Boutet dans sa décision de choisir la médecine au détriment du hockey.

- Tu es chanceux de faire carrière dans la LNH et de jouer avec les Nordiques, avait dit Boutet à Normand Rochefort.

- Je ne suis pas sûr d'être aussi chanceux que ça, peut-être l'es-tu plus que moi, lui avait répondu l'ex-joueur des Nordiques en apprenant que Boutet étudiait en médecine.

Pourtant, cette profession n'était pas celle qu'anticipait ce fils d'un directeur d'école. Au départ, c'est l'éducation physique qui l'intéressait, tout en jouant au hockey.

Sylvain Boutet a joué deux ans avec le Couillard de Sainte-Foy à l'origine de la Ligue midget AAA, pionnière sur le plan de la conciliation du sport et des études. Premier choix des Dynamos de Shawinigan, il préférera terminer sa cinquième secondaire à Québec avant de s'installer là-bas à 17 ans, estimant qu'il était plus facile de faire du hockey en étant au cégep.

Il est arrivé à Shawinigan en 1978-1979 au moment où le club amorçait une reconstruction. Les Dynamos venaient de connaître la pire saison de l'histoire avec seulement trois victoires. Il a vécu l'an 1 des Cataractes, dirigés par Ron Racette, «un entraîneur intense, mais totalement intègre et honnête avec ses joueurs».

Dès sa première saison, le volubile attaquant originaire de Charlesbourg est nommé capitaine et le sera pendant trois ans. Ses rivaux de l'époque se nommaient Raymond Bourque, Denis Savard, Guy Carbonneau, Dale Hawerchuk, Pierre Lacroix... La liste est longue.

Contrairement à la légende, il n'a jamais eu besoin de réclamer un congé pour étudier. Et dans son temps, les voyages les plus longs étaient à Chicoutimi et à Cornwall. «Je n'ai jamais couché sur la route avec l'équipe. Au plus tard, on rentrait à 2h du matin. Mon truc, c'était de dormir habillé, j'étais prêt pour le lendemain matin», dit-il en confessant ne pas avoir aimé l'école jusqu'à ce qu'il trouve sa branche.

Un «Bob Gainey» souriant...

Centre défensif, physique et énergique, il avait aussi du caractère. Son profil ressemblait à celui de Bob Gainey, l'humour en prime. À la fin de son stage junior, il était répertorié 135e espoir au pays. Ignoré au repêchage de la LNH, il a malgré tout reçu des invitations de Québec, de Hartford et de Washington. Mais déjà, il avait trouvé sa voie.

«À ma troisième année, j'ai subi plusieurs blessures, des fractures [nez et bras], reçu des points de suture. J'allais souvent à l'hôpital et sans trop savoir pourquoi, je m'y sentais bien. Je discutais avec le radiologiste, les infirmières et je disais à mes parents que j'aimerais être un médecin, mais que je n'avais pas les notes pour ça. Ils m'ont dit: "Ben voyons Sylvain, si tu veux en être un, tu vas le faire, c'est juste toi qui décide".»

Il tente d'améliorer ses notes à sa dernière année de cégep, mais doit passer un an en éducation physique avant de faire son entrée à la faculté de médecine de l'Université Laval. Il pratique depuis 26 ans, dont les derniers mois dans sa clinique privée Medic Axion ouverte à la suite de son insatisfaction du secteur public, et pour y faire, notamment, plus de suivi personnalisé et de médecine du sport.

Il a renoncé au hockey à 20 ans, mais reste associé à ce sport qui l'attire encore sur la patinoire pour garder la forme. Il a été le médecin des Harfangs de Beauport pendant deux ans jusqu'à la naissance de ses fils. Il s'est joint aux Remparts à leur renaissance en 1997. Depuis, la LHJMQ l'a nommé coordonnateur des médecins, un poste qui n'a eu qu'un titulaire à ce jour.

Les conseils du doc

Le Soleil a profité de l'entrevue avec le docteur Sylvain Boutet pour lui demander ce qu'il fallait surveiller lors de la Classique hivernale, samedi à Saint-Tite.

ENGELURES

«Ça va dépendre de la température, la Ligue devra se pencher là-dessus s'il fait - 40 °C avec le facteur éolien. Souvent, ce sont les extrémités qui sont le plus à risque, alors c'est notre priorité. À la différence d'un match à l'intérieur, c'est qu'avec un menton gelé, les joueurs vont moins sentir la douleur s'ils reçoivent un coup. Pour le reste, c'est négligeable, il n'y a pas plus de danger qu'aller en raquette ou en ski de fond.»

HABILLEMENT

«La cagoule visage [passe-montagne] est essentielle parce que 40 % de la perte de chaleur se fait par la tête. Pour ceux qui joueront moins, des grands manteaux du Rouge et Or seront disponibles. Idéalement, on voudrait que les gars retournent au sec après chaque période, mais cela coûterait trop cher en sous-vêtements.»

GRIPPE

«Je ne suis pas un alarmiste, mais j'ai lu récemment que les virus se reproduisaient plus rapidement dans le refroidissement des voies aériennes, ce qui expliquerait peut-être pourquoi il y a plus de rhumes en hiver. Il n'y a cependant personne qui va dire qu'on va tous "attraper" la grippe en jouant un match dehors.»

ALIMENTATION

«La préparation pour ce match ne change pas, les joueurs conserveront leurs habitudes de nutrition. Ce que l'on recommande pour des activités à l'extérieur, c'est d'éviter les boissons alcoolisées, mais je ne pense pas qu'un joueur disputera la Classique en état d'ébriété. Dans le fond, ce conseil s'adresse plus aux spectateurs parce que l'alcool augmente le risque d'hypothermie. Buvez du chocolat chaud!»

Un commissaire à l'écoute

À sa façon, Sylvain Boutet s'est monté une belle collection. Il a remporté des championnats comme joueur (midget AAA), père (Tournoi pee-wee) et médecin (Coupe Memorial). «Ça me fait une belle trilogie, je suis comblé», dit avec fierté celui qui n'a jamais coupé les ponts avec le hockey.

Chaque année au temps des Fêtes, il organise sa propre classique hivernale. Chez lui, l'activité physique est essentielle. Si ses trois fils (Charles-Éric, Étienne et Jasmin) ne suivront pas les traces des parents (sa femme Élaine Gagnon est aussi médecin), ils ont marché dans les pas du père en jouant au hockey.

Jasmin s'aligne avec le Drakkar de Baie-Comeau, tandis qu'Étienne dispute sa première saison avec les Redmen de McGill après un an chez les pros et cinq dans le junior. Enfin, Charles-Éric a remisé ses lames compétitives après une expérience de deux ans dans un prep school américain pour faire des études en génie des matériaux, lui aussi à McGill. Le hasard ne faisant jamais les choses à moitié, Jasmin pourrait se retrouver au même endroit s'il n'était pas retenu comme joueur de 20 ans sur la Côte-Nord, l'an prochain.

«La LHJMQ a été bonne pour moi, je suis content que mes fils aient emprunté le même chemin. L'important, c'est de se rallier à une cause et donner une signification à sa vie, le hockey junior en est une. Je peux comprendre les joueurs de persévérer, il s'agit d'une vie intense, émotive, médiatisée, spectaculaire. L'an prochain, les Remparts vont jouer dans le nouvel amphithéâtre, tu ne peux pas dire non à ça.»

La LHJMQ avant-gardiste

S'il comprend les jeunes de s'accrocher à leur rêve, il poursuit son travail de sensibilisation en invitant les joueurs plus moyens à prendre le temps de compléter des études universitaires avant de s'envoler vers l'Europe ou tenter de percer via les ligues mineures. À ce titre, il est appuyé par le commissaire, Gilles Courteau.

«J'ai toujours eu une alliance de longue date avec lui. Lorsque je jouais dans le junior, il était le statisticien des Remparts. Je l'ai toujours connu, même quand les locaux de la LHJMQ étaient à Charlesbourg et que je participais au comité des joueurs-étudiants. Une fois que je suis devenu médecin, c'est à moi qu'il faisait appel pour une opinion médicale. La LHJMQ est avant-gardiste, ne serait-ce que pour le programme d'aide aux joueurs, celui contre les produits dopants, etc. Gilles est capable d'écouter, et à titre de médecin, c'est important parce qu'il répond à nos recommandations.»

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