R et O football: il y a 15 ans naissait une dynastie

Le 27 novembre 1999, Daniel Fleury (22) et... (Photothèque Le Soleil)

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Le 27 novembre 1999, Daniel Fleury (22) et le R et O remportaient la première des huit Coupes Vanier de l'équipe, un triomphe qui a marqué les esprits comme une guerre épique.

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(Québec) C'est jour de Coupe Vanier. samedi après-midi, à Montréal, les Carabins affrontent les Marauders de McMaster pour le titre de champions universitaires canadiens. Absence remarquée du Rouge et Or, qui a gravé le nom de l'Université Laval huit fois sur le trophée en 15 ans. Retour sur le premier succès historique de 1999, le jour où tout devenait possible.

Le passé contre l'avenir. Tradition contre renouveau. Anglos contre francos. Le bien contre le mal, ou vice-versa, selon le coin du Canada. Le 27 novembre 1999, le triomphe du Rouge et Or arraché en plein Skydome de Toronto, 14-10 aux dépens des Huskies de l'Université Saint Mary's de Halifax, a marqué les esprits comme une guerre épique.

Pourtant, la veille du fameux match, les généraux des deux armées n'avaient pas hésité à franchir la ligne de front pour conclure une trêve d'un soir. Famille oblige. «Mon fils Taylor, qui avait alors neuf ans, avait regardé un film avec les fils de Jacques Chapdelaine», révèle Blake Nill, une décennie et demie plus tard.

«Matt, Justin et Taylor étaient restés dans la chambre d'hôtel des Nill pendant que ma fille, Kaela, faisait la gardienne. Cela permettait aux papas d'assister au banquet des festivités», confirme Chapdelaine.

Aujourd'hui à la tête du club de football des Dinos de l'Université de Calgary, Nill a amorcé sa carrière d'entraîneur-chef à Saint Mary's. Sous sa gouverne, les Huskies ont levé la Coupe Vanier à deux reprises, en 2001 et en 2002. Mais en 1999, il était trop tôt.

C'était au tour du Rouge et Or. Pourtant un programme encore naissant qui n'en était qu'à sa quatrième campagne officielle. Chapdelaine, maintenant aux commandes du Clan de l'Université Simon Fraser, à Burnaby (C.-B.), avait pris soin de préparer ses joueurs pour ce «voyage d'affaires». C'était le leitmotiv de l'équipe. «On n'était pas là pour faire du tourisme et prendre des photos», rappellent les joueurs de l'époque.

Chapdelaine et ses adjoints savaient leurs jeunes impressionnables. Pour redescendre sur terre, rien de mieux qu'un pique-nique. «Pour le dernier entraînement léger de la veille, notre seul entraînement au Skydome, on avait apporté des sandwichs Subway et des boissons gazeuses sur le terrain, raconte le coach.

«Les gardes de sécurité étaient fâchés! Mais c'était notre petite façon rebelle de prendre possession du terrain. On ne voulait pas se voir comme une équipe visiteuse. C'était important de le faire à notre façon», explique celui qui demeure à ce jour le seul entraîneur-chef gagnant d'une Coupe Vanier à avoir aussi son nom sur la Coupe Grey de la LCF comme entraîneur en chef ou adjoint.

«Tout ça était immense, on n'avait jamais vu ça!» confirme Francesco Esposito, alors joueur-clé de l'unité défensive. «Le jumbotron, tu as beau ne pas vouloir le regarder, c'est un aimant! Glen [Constantin] et Jacques ont fait un boulot extra pour nous préparer à l'amplitude de ce qu'on allait vivre», dit celui qui coordonne le football à l'Académie Saint-Louis, école secondaire privée de Québec.

Un décès qui a soudé l'équipe

À l'évocation de ce samedi de novembre 1999, les souvenirs foisonnent. Nill raconte que la veille, son ancien coach, ami et alors analyste à RDS Jacques Dussault était venu le trouver à son hôtel. L'air grave, Dussault lui avait prédit une défaite de ses Huskies par 40 ou même 50 points.

Chez le Rouge et Or, on se remémore l'ascension vers le sommet. L'élimination crève-coeur de l'année précédente, une finale québécoise disputée sur deux jours. À la sixième semaine, la victoire convaincante à McMaster (49-6) qui a tout relancé, après deux revers.

Le décès du père de Mathieu Bertrand, la veille du dernier match régulier. Le quart-arrière étoile avait accompagné ses coéquipiers sur le terrain le samedi, ses coéquipiers l'avaient accompagné aux funérailles le lundi. Épreuve d'entre toutes qui les a soudés.

S'en est suivi l'implacable poussée d'après-saison contre Concordia (42-16), Ottawa (38-6) et Saskatchewan (27-21), avec à peine 350 spectateurs de moins au petit stade du PEPS que la semaine suivante dans l'immense Skydome.

«On allait vers l'inconnu, comme des enfants qui vont voir le père Noël», illustre François Chapdelaine, quart-arrière appelé à remplacer Bertrand au quatrième quart. Le pivot partant avait été sonné sur une course. Son remplaçant a pris la relève avec brio. Quinze ans plus tard, les deux fistons de François Chapdelaine jouent au mini-Rouge et Or, l'été. François et Jacques Chapdelaine ne sont pas parents.

Dix-huit autocars de partisans

Plusieurs blessés à signaler dans le fameux match. Dont le demi de coin finissant Daniel Fleury, entorse sévère à la cheville. Il était néanmoins revenu au jeu, mais pas avant l'entrée en scène d'un troisième botteur de dégagement pour le Rouge et Or cette journée-là, Sébastien Robillard, après Bertrand et Fleury.

À la suite de la rencontre, le coach Chapdelaine est entré dans chacun des 18 autocars remplis de partisans venus de Québec, pour les remercier. «Il s'y passait des choses qui dépassaient les paramètres légaux, mais bon...» s'esclaffe-t-il.

«Le plus dur, c'est de créer une culture de victoire», estime celui qui vient de conclure une première campagne de 2-9 à Simon Fraser, en NCAA II. «Je leur dis ici la même chose que je disais en arrivant à Laval: "Vous avez le droit d'être déçus, mais vous n'avez pas le droit d'être découragés."»

Il se réjouit de voir que plusieurs de ses anciens protégés sont devenus entraîneurs. On lui a aussi rapporté la survie à travers les âges de quelques éléments de son système offensif.

«Le nerf de la guerre a toujours été le recrutement et c'est toujours plus facile de recruter avec des victoires. Ç'a été la première grosse victoire», résume Fleury, maintenant directeur des sports à l'Académie Saint-Louis. «On a laissé notre trace.»

Pascal Robitaille, porté par des partisans le 20... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Pascal Robitaille, porté par des partisans le 20 novembre 1999 après la victoire du Rouge et Or, 27-21, contre les Huskies de la Saskatchewan. Une semaine plus tard, il effectuera un jeu clé dans la victoire des siens à la Coupe Vanier.

Photothèque Le Soleil

Quand le vent a tourné

Pénalité. Sac du quart. Le Rouge et Or se retrouve acculé à sa ligne de 1 avec un deuxième essai et 19 verges à franchir! À un pas de voir Saint Mary's inscrire un touché de sûreté et prendre les devants 9-7, au deuxième quart. Mais en roulant sur sa gauche, Mathieu Bertrand décoche plutôt une passe de 50 verges à Pascal Robitaille. «C'est le gros jeu qui nous a brisé les reins», estime aujourd'hui Blake Nill, alors entraîneur des Huskies. Deux jeux plus tard, Stéphane Lefebvre décampe sur 41 verges pour faire 14-7 en faveur de Québec, après le converti. Le vent venait de tourner. «Après la saison 1998, Jacques Chapdelaine m'avait dit: "Pascal, tu ne seras jamais partant pour moi"», se remémore le receveur de passes devenu pompier et nouvellement papa. Robitaille a pourtant connu une excellente dernière campagne, en 1999, menant l'équipe avec 32 attrapés pour 471 verges de gains. «Je n'étais pas peu fier de l'avoir fait mentir», se félicite-t-il encore.

Sur son miracle de presque un demi-terrain: «Sur ce jeu-là, j'étais rarement le joueur visé. Mais quand je me suis retrouvé seul et que j'ai réalisé que Mathieu m'avait vu, ça m'a semblé une éternité avant que le ballon arrive à moi. Ça s'est passé au ralenti. Puis quand je l'ai attrapé, c'est comme si tu passais de mute au volume au fond. J'ai trébuché après trois ou quatre pas et je suis tombé près de notre banc. Je me souviens que Bernard Gravel, ancien joueur devenu entraîneur, sautait partout.»

****

C'est pas moi...

L'ailier défensif Francesco Esposito a été glorifié pour avoir fait échapper le ballon au quart-arrière sur la dernière tentative offensive des Huskies, à une minute de la fin. Le Rouge et Or reprenait le précieux et confirmait sa victoire. On lui a remis le prix du joueur défensif par excellence de la rencontre. Mais tout le mérite revient au secondeur Martin Bédard, insiste Esposito.

«J'ai fait une erreur monumentale, sur ce jeu. J'ai pris une chance à l'intérieur pour atteindre le quart, mais je l'ai laissé s'échapper! Si Martin n'avait pas quitté son angle de couverture pour le ramener, je n'aurais jamais réussi ce jeu», répète-t-il. Le demi-défensif Yves Thériault a ramené le ballon perdu sur 28 verges jusqu'à la ligne de 25 de Saint Mary's. Sur le jeu précédent, le demi de coin Daniel Fleury avait tout juste raté une interception.

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