Louis Bouchard, le visionnaire du ski de fond

Louis Bouchard pensait faire carrière en foresterie. Il... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Louis Bouchard pensait faire carrière en foresterie. Il est aujourd'hui à la tête du Centre national d'entraînement Pierre-Harvey. On le voit ici lors d'un entraînement à la fin d'octobre.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Un jour, son idole lui a suggéré de s'impliquer comme entraîneur de ski de fond. Il l'a pris au mot. Aujourd'hui, Louis Bouchard entreprend sa 15e saison à la tête du Centre national d'entraînement Pierre-Harvey, nommé en l'honneur de celui qui a transformé sa vie à l'aide d'une petite phrase lancée afin d'encourager un jeune homme sorti des pistes par la maladie. Le hasard de la génétique l'amènera ensuite à travailler en compagnie d'Alex, le fils de l'athlète des neiges. Depuis 2006, ils forment un duo inséparable parmi le groupe tricoté serré du CNEPH et de l'équipe nationale de ski de fond.

Voilà maintenant 25 ans que Louis Bouchard occupe un poste d'entraîneur, d'abord avec la relève de Québec, ensuite avec l'élite régionale et provinciale et maintenant avec les meilleurs fondeurs nationaux et internationaux. Le jeune homme qui pensait faire carrière en foresterie est aujourd'hui une sommité dans un sport qui s'invite dans les plus belles montagnes enneigées du globe!

«Quand j'ai commencé, je ne savais pas que j'en ferais mon métier. Mais en 1989, quand je préparais les jeunes pour qu'ils se joignent à l'équipe régionale Skibec, je me suis aperçu que j'avais plus de plaisir en ski qu'en foresterie», racontait-il, récemment, avant de s'envoler pour l'Europe en compagnie d'Alex Harvey en prévision du début de la saison de la Coupe du monde. La première étape aura d'ailleurs lieu la fin de semaine prochaine, en Finlande.

Jusque-là, l'enfant de Baie-Saint-Paul ayant grandi à Sainte-Foy participait à des courses provinciales, rêvant de suivre les traces de son idole, Pierre Harvey. Mais à la fin de l'adolescence, le réveil est brutal. On lui diagnostique un cancer à la cuisse, c'est le début d'une course... qu'il remportera.

«Tout le monde possède son histoire, la mienne, c'est d'avoir été amené au coaching à cause de la maladie. À 16 ans, j'étais en pleine innocence, tout ce que je voulais, c'était de ne pas perdre mes cheveux. Dans ce temps-là, j'étais "heavy metal", les cheveux longs étaient ma confiance pour séduire les filles...», raconte l'homme de 43 ans avec le sourire.

Mais voilà, pour guérir du sarcome qui le frappe, des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie sont nécessaires. Pendant cette année de traitements aux intervalles de deux semaines, son objectif est de réduire le nombre de jours d'effets secondaires.

«À 16 ans, tu réalises la gravité de la maladie quand les gens qui t'entourent sont chagrinés et inquiets. Personnellement, j'ai eu la totale [au niveau des traitements] et j'ai beaucoup appris de cet épisode. Cela a eu un effet positif parce qu'il m'a poussé à l'endroit où j'étais naturellement bon, ça m'a amené au coaching!»

Bouée de sauvetage

Privé de la compétition, il s'implique à sa façon en donnant un coup de pouce aux entraîneurs, notamment en livrant les temps de passage aux athlètes. Pierre Harvey remarque alors ce jeune passionné, qui se trouve sur le bord des pistes malgré ses problèmes de santé.

«Pour moi, Pierre Harvey, c'était gros. À 12 ans, j'allais le voir à l'aéroport habillé en ski de fond avec mon costume du club des Grandes Prairies de Saint-Romuald... Quand il m'a dit : "Pourquoi tu ne coacherais pas, il en manque", j'ai pris ça comme du cash. Ça peut-être été ma bouée de sauvetage. Sans le savoir, il m'a donné de l'espoir, il m'a inspiré.»

Bouchard sera associé pendant 10 ans au club Skibec, y développant sa vision du coaching. En 1999, on lui offre le poste d'entraîneur-chef du CNEPH. Pendant un an, celui qui a obtenu sa certification du programme des entraîneurs de l'Institut national du sport du Québec dirigera les deux groupes. À partir de 2000, il se consacre exclusivement au Centre national.

À force d'essais et d'erreurs, mais avec une passion sans borne, il orchestre un changement de mentalité et on adhère à ses idées, qui auront pour effet de reconnaître l'élite de la discipline et de tout mettre en oeuvre pour favoriser l'excellence.

Une course qui a tout changé

La victoire est toujours grisante. Depuis qu'il fait équipe avec Alex Harvey, Louis Bouchard en compte son lot. Mais rien ne peut battre ce moment précis où l'on réalise que les choses peuvent changer, que tout devient possible!

Slovénie, 2006. La ville de Kranj, quatrième en importance au pays, est l'hôte du Championnat mondial junior de ski de fond. Espoir canadien, Harvey s'y pointe même s'il cogne à la porte de ses 16 ans et qu'il concède quatre ans aux favoris, dont le fameux Petter Northug Jr, destiné à devenir le meilleur fondeur de son époque.

Harvey prend le départ d'une course de 20 km et se retrouve vite dans un groupe de tête d'une quinzaine de coureurs. Mais dans une descente, il ne peut éviter une bosse et chute.

«Jusque-là, les autres entraîneurs de l'équipe disaient qu'il allait bien, même très bien. Lorsqu'il tombe, c'est la panique, surtout qu'on s'imaginait qu'il était en train de faire la meilleure course de l'histoire du Canda au Mondial junior. Il faut savoir qu'avant la venue d'Alex, un top 30 équivalait à un gros party jusqu'à 4h du matin...»

Calme, Harvey se relève, reste concentré, se remet à skier à bon rythme et remonte les positions pour franchir le fil d'arrivée en 17e position, à une minute et 50 secondes du vainqueur, le Northug en question.

«Selon moi, il s'agit de l'une des plus belles réalisations d'Alex depuis le début de sa carrière, ça valait une médaille. Il faut savoir qu'il était quatre ans plus jeune que les meilleurs. Il ne s'agissait peut-être que d'une 17e place, mais dans ma tête, il s'est passé quelque chose. À partir de là, on pouvait y croire, on réalisait que tout était possible. Nous avons vécu de bons moments ensemble, il y en aura d'autres, mais celui-là reste inoubliable parce qu'il amorçait la transition dans notre approche.»

Depuis, Harvey a accumulé les succès, comme un titre mondial au sprint par équipe (2011), une médaille d'or au championnat des moins de 23 ans, une première victoire en Coupe du monde (2012), une quatrième place aux Jeux olympiques (2010), une multitude de top 3 sur le circuit, une troisième place au cumulatif de la dernière saison, etc.

«Alex est un phénomène. Il est une exception au plan physiologique, mais il est aussi exceptionnel au niveau psychologique. Il veut gagner toutes les courses, personne ne l'intimide. Je me souviens de lui avoir déjà suggéré de sauter une course afin d'être plus reposé pour la suivante. Il avait accepté en ajoutant que je le faisais jouer sur le banc quand même...»

L'importance de l'équipe

Quelques années avant que l'étoile de l'équipe nationale ne débarque au CNEPH, Bouchard avait amorcé le virage et fait comprendre à tous les intervenants que le sport d'élite devait être perçu comme une profession. Si Harvey reste le visage du centre, l'équipe n'en est pas moins importante.

«Ma vision du centre est que l'on peut remporter des médailles grâce au groupe d'athlètes mais aussi par la personnalisation de l'entraînement.Je suis le coach d'Alex, c'est vrai, mais je suis surtout celui d'un groupe duquel Alex fait partie. Le compromis, c'est que je l'accompagne en Europe. Peu importe l'athlète, je n'ai pas peur de faire des envieux, car la réussite passe par les deux sens», précise celui qui mise sur deux adjoints. Ensemble, ils parviennent à déterminer assez rapidement quels athlètes sont de calibre international et à les encadrer en conséquence.

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Louis Bouchard en trois thèmes

>> Un bel endroit

«J'aime me retrouver à Livigno, en Italie, et à Davos, en Suisse. La température est plaisante, les villes sont chaleureuses. J'ai visité plusieurs endroits, même les montagnes de Sotchi, aux Jeux olympiques, étaient belles... Je ne veux pas parler des pires endroits pour skier, mais lorsque les courses se déroulent dans un champ, comme en Slovénie, ce n'est pas très beau.»

>> Le top 3

«Actuellement, je considère qu'Alex en fait partie avec Dario Cologna [Suisse] et Petter Northug Jr [Norvège] parce qu'ils sont des skieurs complets, ils peuvent gagner sur toutes les distances et dans les deux styles (libre et classique), ils sont polyvalents. Je dirais que présentement, Dario est une menace à chaque course. Northug peut aussi sortir une bonne course, mais sa vie est un peu instable depuis un certain temps. Outre l'épisode de conduite en état d'ébriété [il a été reconnu coupable], je ne trouve pas qu'il agit en leader avec son équipe nationale contrairement à Alex, par exemple, qui joue bien son rôle. Dans le groupe, c'est lui qui dit "go" et "stop", il est expressif et aime avoir du plaisir.»

>> L'envers de la médaille

«Qui pourrait se plaindre de faire de la technique avec Alex Harvey en Suisse? En moyenne, les entraîneurs font ce job pendant quatre ou cinq ans, c'est rare qu'on reste aussi longtemps que moi. Quand j'ai décidé de plonger dans ce métier passionnant, j'étais marié, mais après trois ans à toujours voyager, je me suis séparé. Ça fait maintenant 10 ans que je suis avec ma blonde [Isabelle] et son fils [Olivier], le contexte est favorable parce qu'elle m'a connu alors que je fais cela. Je peux partir deux mois, revenir, repartir, mais je reste en contact avec la famille et le centre, peu importe où je me trouve.»

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