Carl Brennan: au-delà du mur

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Carl Brennan, entraîneur de la ligne offensive du Rouge et Or de l'Université Laval, entouré des ses «gros bonshommes».

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Gros, grands et forts, les membres de ligne à l'attaque paraissent invincibles. Réservés et même effacés, ils donnent l'impression que rien ne peut les atteindre. Et pourtant.... Carl Brennan en sait quelque chose, car il les connaît bien, lui qui travaille depuis une vingtaine d'années avec ces joueurs affectueusement appelés les «gros bonshommes».

«J'en ai 12 cette saison. Moi, je n'ai pas d'enfants. Ces gars-là sont mes 12 fils. Et j'apprécie ce lien-là. Oui, ils donnent l'impression d'être des gros toughs. Mais en dedans, ce sont des êtres humains et ils ont des sentiments. Quand tu arrives à percer leur carapace, à bien les connaître et à avoir leur confiance, ils te disent des choses qui peuvent t'aider à les comprendre et à les aider», confie Carl Brennan, l'entraîneur de la ligne offensive du Rouge et Or de l'Université Laval.

Les succès d'une ligne à l'attaque dépendent de l'habileté de ses cinq membres à ne faire qu'un. Et ceux-ci doivent faire preuve d'une grande résilience. «Ça prend une certaine personnalité pour dire : "Moi je n'en ai pas de statistiques. Mes stats, c'est quand le quart-arrière reste debout et que les porteurs de ballon courent". On ne parle jamais des gars de la ligne offensive en temps normal. On le fait quand ça va mal en attaque.»

Brennan a expliqué que si les o-line étaient appelées à travailler à l'unisson lorsqu'ils étaient sur le terrain, ils étaient tout aussi unis à l'extérieur. «C'est vraiment spécial, ils sont toujours ensemble. On en vient même à se demander s'ils arrivent à se séparer quand ils retournent chez eux. Je crois que plus forts sont les liens entre les gars et meilleure ta ligne est.»

Un gars de hockey

Brennan n'avait jamais joué au football avant d'entrer au cégep St. Lawrence. «J'étais un gars de hockey. À ma dernière année midget, je jouais alors à l'école, au civil, et l'hiver dehors avec mes amis. Et je me suis tanné. J'ai décidé de tout abandonner en rentrant au cégep. Je me suis dit que je me concentrerais sur les études.»

Approché par Mike Labadie, qui désirait pouvoir compter sur ses services dans son équipe de football, Brennan ne se laissa pas courtiser bien longtemps. Il a évolué deux saisons pour les Lions, où il a partagé son temps sur les deux lignes. Il a terminé son séjour dans les rangs collégiaux avec les Condors du cégep Beauce-Appalaches du circuit AAA.

C'est alors qu'il étudiait à l'université d'Ottawa qu'il s'est initié au coaching avec l'équipe de la polyvalente Mont-Bleu. Revenu dans la Vieille Capitale deux ans plus tard, on le retrouve chez les Alérions du Petit Séminaire de Québec et le Blizzard du Séminaire Saint-François. Nommé entraîneur-chef des Alérions en 1995, il fait ses débuts comme entraîneur de la ligne offensive du Rouge et Or - un travail à temps partiel - l'année suivante.

«J'avais toujours voulu travailler dans le milieu du sport. Mais je n'avais jamais pensé que je pourrais gagner ma vie avec ça, le coaching. C'est au fil des années et de mes expériences que j'ai commencé à croire que ça pourrait être possible. Et c'est après m'être joint au Rouge et Or que je me suis dit que c'est ce que je voulais faire.»

Même s'il refuse d'en prendre le crédit, l'entraîneur de 50 ans a été l'un des responsables de la venue de Glen Constantin avec le Rouge et Or, en 1996. Les deux s'étaient connus en Beauce avant de travailler ensemble avec Équipe-Québec. Ils étaient demeurés en contact quand Constantin avait quitté le Québec afin de travailler avec les Cougars de l'Université de Houston.

«La nouvelle de l'arrivée d'une équipe à l'Université Laval l'avait amené à me poser des questions. Il voulait savoir où le projet s'en allait et mon feeling à propos de celui-ci. Je lui ai parlé de l'engouement des gens de Québec pour le football et du dynamisme du groupe de messieurs Tanguay et Filion. Je pense que c'est peut-être ce qui l'a incité à revenir. Et quand il a décidé d'accepter de travailler pour le Rouge et Or, il a facilité mon arrivée avec l'équipe.»

Et le hockey? Plus de 30 ans après avoir découvert le football, Brennan avoue qu'il n'est presque plus passionné par son «amour de jeunesse». «Je vais voir les Remparts à l'occasion parce que j'aime encore assister à des matchs live. Mais je ne m'intéresse plus vraiment à ce qui se passe au niveau professionnel. Quand j'étais jeune, j'écoutais tous les matchs et je connaissais tous les joueurs et leurs statistiques. Maintenant, je commence à suivre la LNH quand les séries débutent.»

Le prix à payer

Aux yeux de Carl Brennan, les connaissances et l'expérience en football acquises au fil des ans et sa passion pour le coaching ont un prix. «Je ne peux plus, comme le font la grande majorité des gens, écouter une rencontre juste pour le plaisir», a-t-il lancé. «Quand mes chums venaient voir des matchs à la maison, je ne pouvais m'empêcher de commenter les jeux, de nommer les types de formations utilisées par les défensives et de dire ce qui allait se passer. Ça les tannait vraiment. Et maintenant avec les systèmes d'enregistrement numérique, c'est encore pire. Est-ce que c'est plat? Non. Quand je veux juste avoir le plaisir de regarder un sport, je vais en voir un que je connais un peu moins. Et quand j'écoute la Coupe Grey ou le Super Bowl, j'ai du plaisir à regarder le spectacle de la demie.»

Lorsqu'il veut vraiment décrocher du football, il écoute de la musique. «J'aime un peu de tout», mentionne Brennan, qui avoue avoir un faible pour les vieux classiques du rock comme Genesis et Peter Gabriel et le rock plus musclé de Metallica. Il a ajouté qu'il aimerait beaucoup voir en spectacle Bruce Springsteen, les Rolling Stones et même Sarah McLachlan.

«En vieillissant, je ressens non seulement de la... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 3.0

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«En vieillissant, je ressens non seulement de la fierté à remporter des championnats avec mes joueurs de ligne, mais j'en ai aussi en voyant ce qu'ils sont devenus dans la vie et ce qu'ils apportent à la société» - Carl Brennan, entraîneur de la ligne offensive du Rouge et Or 

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Rien n'arrive pour rien dans la vie

Il n'y a rien qui arrive pour rien, a insisté Carl Brennan. C'est parce qu'il avait perdu son emploi au pensionnat du Séminaire Saint-François qu'il a commencé des démarches lui ayant finalement valu un job dans la Ligue canadienne. Référé par Dany Maciocia, il s'est retrouvé avec les Stampeders.

«Ce qui est dur chez les pros, ce sont des contrats d'un an», explique Brennan. «C'est comme si tu avais toujours un fusil sur la tempe. À Calgary, ils ont changé de propriétaires après ma première année. Je me suis retrouvé à Regina, puis j'ai été à Edmonton où nous avons raté les séries deux ans de suite. Il fallait que du monde paie. J'ai été congédié. C'est la loi du sport professionnel. Quand tu acceptes ce métier-là, il faut que tu acceptes ce qui vient avec.»

Difficile pour un coach issu des rangs universitaires de diriger des joueurs professionnels? «Tout dépend avec qui tu dois travailler et d'où sont originaires les joueurs. Pour un Américain, Carl Brennan de l'Université Laval, ça ne veut pas dire grand-chose. Mais pour un Canadien, c'est différent.»

L'entraîneur de la ligne offensive du Rouge et Or a indiqué que le meilleur moyen de changer les perceptions était les victoires. Et à partir du moment où les joueurs sentent qu'un coach est compétent, celui-ci n'a pas de problème. «Il faut que tu sois capable de les mettre dans ces situations qui vont leur permettre de performer et de leur donner des outils qui vont les aider à le faire. Si tu as moins d'expérience, les gars vont embarquer avec toi si tu es travaillant.»

Six ans après son retour avec le Rouge et Or, Brennan n'a aucun regret lorsqu'il pense à son passage chez les pros. «Est-ce que j'aurais pu faire des affaires différemment? Oui. Mais avoir oeuvré quatre ans chez les pros, être revenu ici en 2008 puis avoir été invité au camp des Lions [de la Colombie-Britannique] le printemps dernier fait que je suis plus la même personne, ni le même coach.»

La stabilité

Brennan pourrait-il retourner chez les pros un jour? Il répond qu'il ne peut fermer la porte à un retour dans la LCF, ajoutant que tout le monde a des aspirations et cherche à relever des défis. «Je crois que c'est lorsque les opportunités se présentent que tu te dois de commencer à y penser. Si on me contactait, je n'aurais pas le choix d'écouter ce que l'on aurait à me dire. Mais je ne cherche pas un emploi à tout prix.

«Pour m'en aller, ça me prendrait un contrat de deux ou trois ans. Je n'accepterais pas un contrat d'un an. Je n'ai pas de doute que je pourrais faire le travail. Mais partir avec un contrat d'un an et à la fin de celui-ci me faire mettre à la porte et me retrouver vis-à-vis de rien... non. Et je suis un gars de Québec, j'y suis heureux et j'y gagne bien ma vie ici. J'ai 50 ans et j'ai besoin de stabilité. Je suis excessivement chanceux et reconnaissant d'avoir pu revenir avec le Rouge et Or. Et je suis privilégié de gagner ma vie avec ma passion.»

Rêve-t-il d'occuper un jour un poste de coordonnateur ou même d'entraîneur-chef? Pour le moment, il est très heureux de son job d'entraîneur de la ligne offensive du Rouge et Or. Ce qui lui importe, c'est de faire son travail du mieux qu'il le peut et d'aider les jeunes à devenir de meilleurs joueurs de football et de meilleures personnes.

«C'est là-dedans que je crois. Quand j'ai commencé à coacher, je voulais gagner des championnats et développer des joueurs. Mais en vieillissant, je ressens non seulement de la fierté à remporter des championnats avec mes joueurs de ligne, mais j'en ai aussi en voyant ce qu'ils sont devenus dans la vie et ce qu'ils apportent à la société. Et j'ai toujours beaucoup de bonheur à rencontrer des anciens ou à recevoir de leurs nouvelles.

«Je suis privilégié, car j'ai la chance de voir certains de mes joueurs graduer chez les pros», a indiqué Brennan, qui a dirigé à un moment de leur carrière à Laval les Pascal Cheron, André Trudel, Pascal Baillargeon, Alexandre Gauthier, Luc Brodeur-Jourdain, Pierre Lavertu, etc. «C'est certain que je suis extrêmement fier d'eux, mais je le suis autant des gars qui avaient moins de talent, mais qui à force de travail et de sacrifices ont beaucoup progressé et sont allés au bout de leurs limites.»

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