Marc Fortier: la carrière de rêve du petit gars d'en face

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Marc Fortier réside toujours à Québec, même s'il est le directeur général des Saguenéens de Chicoutimi.

Michel Tremblay

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(Québec) Pendant 18 ans, il a trimballé son équipement de hockey aux quatre coins de l'Amérique du Nord et de l'Europe, émerveillé chaque jour par la chance qui l'habitait. Encore aujourd'hui, dans ses souliers de directeur général des Saguenéens de Chicoutimi, les yeux de Marc Fortier s'illuminent comme ceux d'un gamin juste à y penser. «J'ai eu une carrière de rêve», dit-il en retraçant son parcours sur les patinoires de la planète hockey.

De Windsor, où il est né, jusqu'à Ajoie (Suisse), où il a accroché ses patins, Marc Fortier aura joué le rôle du petit gars d'en face, celui qui personnifiait Guy Lafleur tous les soirs, dans la rue d'à côté. La différence, c'est qu'un jour, l'ancien joueur des Nordiques de Québec est devenu le coéquipier du légendaire «Démon blond».

Voilà pourquoi on ne connaît pas d'ennemi à Marc Fortier! Le joueur ne s'est jamais pris pour un autre, même s'il a atteint la Ligue nationale. L'homme est toujours resté l'enfant qui rêvait de jouer dans la LNH, ce qu'il a fait pendant sept ans avec les Nordiques, les Sénateurs d'Ottawa et les Kings de Los Angeles.

«Je ne me suis jamais considéré comme une vedette parce que je jouais dans la LNH. J'ai toujours essayé de représenter les petits gars qui auraient rêvé le faire. Même quand j'étais le coéquipier de Guy Lafleur, de Michel Goulet ou de Wayne Gretzky, je me voyais comme le voisin d'en face qui serait juste content d'obtenir leur autographe. Je n'ai jamais eu de prétention, j'ai toujours été ébloui par les grands joueurs que je côtoyais, ce qui m'a permis de garder les deux pieds sur terre», disait-il récemment, attablé à proximité de la salle d'entraînement qu'il administre avec d'autres partenaires au Complexe sportif de L'Ancienne-Lorette.

Pourtant, sa feuille de route n'est pas anodine. Choix de troisième ronde des Sags en 1983, il les représentera dignement pendant quatre ans, au point de voir son numéro 20 être accroché au plafond du Centre Georges-Vézina. À sa dernière saison, en 1986-1987, sa récolte de 201 points, dont 135 passes, s'inscrit encore comme la plus productive de l'histoire de l'équipe.

«Je n'étais pas renommé pour mon coup de patin, mais on me définissait comme étant un joueur complet. Je voyais bien le jeu, j'étais offensif. Ma dernière saison, à 20 ans, a été déterminante. Mon entraîneur, [le regretté] Gaston Drapeau, m'utilisait plus souvent qu'à mon tour...», rappelle celui qui partageait la même pension que Marc Bergevin, l'actuel dg du Canadien, à son arrivée à Chicoutimi.

Un risque payant

Invité au camp des Sabres de Buffalo à 19 ans, il préfère revenir dans le junior pour jouer le tout pour le tout. Le risque en vaudra la chandelle, puisque Québec, Montréal, Pittsburgh et encore Buffalo lui feront de l'oeil, quelques mois plus tard. Après l'analyse de chaque organisation, il opte pour les Nordiques.

«En cinq ans, je n'ai jamais passé une saison complète dans la LNH ou dans les mineures. Mais je n'ai aucun regret, car mon passage à Québec a changé ma vie. J'ai encore les Nordiques tatoués sur mon coeur, ça m'a ouvert des portes», dit le père d'un fils de 18 ans et d'une fille de 15.

Après un détour par Ottawa et une envolée vers Los Angeles, où il joue brièvement avec la bande à Gretzky en 1992-1993, il répond ensuite à l'appel de l'Europe, où il y passera les 11 dernières années de sa carrière, la majorité du temps avec les Eisbären (Ours polaires) de Berlin. Là-bas, il s'alignera aussi avec l'équipe canadienne senior, remportant la Coupe Spengler à deux reprises.

Fortier n'a jamais touché à la Coupe Stanley ni à la Coupe Memorial, qu'il aimerait bien ajouter à sa collection, même s'il reconnaît qu'elle est peut-être la plus difficile à gagner. «Il faudra trouver un moyen d'y aller par la grande porte», précise-t-il à propos du tournoi qui aura lieu à Québec, en mai prochain, et non pas à Saguenay comme l'espérait son organisation.

C'est qu'à son retour à Québec, où il réside toujours malgré sa fonction de dg avec les Sags, il s'est trouvé du boulot dans le hockey, le temps de découvrir sa véritable passion. Sans expérience, il a abouti derrière le banc de Saint-Georges, dans la Ligue nord-américaine - «ce qui n'était peut-être pas la meilleure idée pour faire ses débuts...» -, puis celui d'un club junior AAA. Il a ensuite été dépisteur au Québec pour l'Avalanche, avant d'être nommé directeur de la centrale de recrutement de la LHJMQ, ce qui l'a mené jusqu'au poste qu'il occupe depuis trois ans.

«Je suis un ancien joueur, j'ai amassé de bons chiffres, et oui, ça procure un certain respect et une crédibilité aux yeux de plusieurs. Mais ensuite, c'est ta compétence qui fait foi de tout. Il faut savoir l'entretenir, et si tu fais seulement des niaiseries, tu peux la perdre très vite», dit-il, aussi humble qu'à l'époque où il jouait.

«Je ne me suis jamais considéré comme une... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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«Je ne me suis jamais considéré comme une vedette parce que je jouais dans la LNH. J'ai toujours essayé de représenter les petits gars qui auraient rêvé le faire» - Marc Fortier, qui a joué pour les Nordiques, les Sénateurs et les Kings 

Le Soleil, Erick Labbé

Onze jours qui deviendront onze ans

Au jeu Quelques arpents de pièges, il pourrait être le sujet d'une question comme celle-ci : «J'ai été le coéquipier de Joe Sakic, de Michel Goulet, des frères Stastny, de Guy Lafleur, de Wayne Gretzky et de Luc Robitaille. Qui suis-je?»

Marc Fortier se pince encore lorsqu'il énumère les joueurs qui ont occupé le même vestiaire que lui au cours de son passage dans la LNH.

S'il dit avoir encore les Nordiques tatoués sur le coeur, l'ancien numéro 9 n'oubliera jamais son transfert à Los Angeles. À la fin de son aventure à Québec, il s'était trouvé un poste avec le club d'expansion d'Ottawa en 1992-1993, mais dès la mi-saison, les Sénateurs l'échangeaient aux Kings. Il disputera six matchs à Los Angeles avant qu'une blessure ne l'empêche de vivre l'épopée jusqu'en finale de la Coupe Stanley contre le Canadien lors de la fameuse série du clin d'oeil de Patrick Roy.

«À mon premier match avec les Kings, on m'avait mis à la droite de Gretzky et Jari Kurri, admettons que ça part bien les choses avec une nouvelle équipe, il y a pire que ça...», souligne celui qui n'a ensuite jamais rejoué un match dans la LNH.

Il passera la saison suivante avec le club-école des Kings à Phoenix (les Roadrunners), dans la Ligue internationale, où il cumulera 100 points, dont 39 buts. «Je n'étais pas le genre de joueur recherché par l'entraîneur-chef des Kings à l'époque, Barry Melrose. À Phoenix, on voulait me garder comme joueur non affilié [aux Kings], mais à 28 ans, je n'étais pas trop intéressé à passer le reste de ma carrière dans les ligues mineures.»

L'appel de Patrick Lebeau, un joueur de l'Estrie, changera la trajectoire de son parcours sportif. Basé à Zurich, en Ligue nationale A de la Suisse, Lebeau était à la recherche d'un centre pour l'aider à produire comme tout joueur «étranger» doit le faire en Europe. Tournant le dos au climat idéal de l'Arizona, Fortier atterrit dans la partie allemande de la Suisse. Le choc culturel le frappe de plein fouet.

«Dès mon arrivée là-bas, au mois d'août, il n'y a pas une semaine où je ne téléphonais pas à Phoenix pour savoir si je pouvais revenir. À chaque appel, j'étais toujours sur le point de partir. À la période des Fêtes, je devais me brancher et j'ai décidé de rester. Je pensais partir de l'Europe après 11 jours, j'y ai finalement passé 11 ans. Je suis content d'avoir réalisé mon rêve d'évoluer dans la Ligue nationale, mais j'ai eu vraiment beaucoup de plaisir à jouer en Europe.»

Un homme et des villes

CHICOUTIMI

«Ma ville d'adoption a été importante pour moi, elle fut mon tremplin dans le hockey. S'il n'y avait pas eu mon passage avec les Saguenéens, je n'aurais peut-être pas joué dans la LNH. Les gens m'ont adopté et toujours considéré comme étant un des leurs, même si je n'étais pas originaire de la région. Je leur en serai toujours reconnaissant.»

QUÉBEC

«J'ai beaucoup voyagé dans ma vie, et Québec reste à mes yeux la plus belle ville au monde. Si j'avais une liste des villes où c'est le plus plaisant de vivre, elle viendrait tout en haut. J'y ai développé des amitiés pour la vie. Québec, c'est aussi les Nordiques, qui restent encore tatoués sur mon coeur.»

BERLIN

«J'ai découvert une culture différente. Il s'agit de l'endroit où j'ai joué le plus longtemps, ç'a été un séjour très enrichissant. J'avais l'impression d'y être plus qu'un joueur de hockey, et comme équipe, nous avons aidé une partie de la population à s'épanouir. J'ai été le capitaine des Eisbären [Ours polaires] pendant quatre ans, j'ai développé des liens et en apprenant à parler allemand, il n'y a jamais eu aucune barrière des langues entre moi et les amateurs.»

Au coeur d'une rivalité berlinoise

Il avait connu la rivalité Canadien-Nordiques et ne pensait jamais en vivre une autre aussi intense. En débarquant à Berlin quelques années après la chute du mur, Marc Fortier a découvert que celle entre les deux équipes de la capitale allemande dépassait le cadre sportif.

«À mon arrivée, on pouvait encore faire une distinction entre les parties Est et Ouest de Berlin. Les Eisbären [Ours polaires] n'avaient jamais aligné de joueurs nord-américains, contrairement aux Capitals, mais cela commençait à changer. Je me souviens lorsqu'on a éliminé les Capitals, on aurait dit que ça avait permis aux gens de l'Est de s'épanouir, David venait de battre Goliath. Il y avait même une clôture dans les estrades pour séparer les supporteurs des deux équipes, des paniers à salade pour arrêter les plus violents», se rappelle Fortier, qui fut le capitaine des Ours polaires pendant quatre ans, lui qui avait appris l'allemand, une langue qu'il maîtrise toujours.

Aujourd'hui, les Eisbären forment l'unique équipe de Berlin et ont remporté 7 des 10 derniers championnats de la Budesliga allemande. Avant la chute du mur, ils portaient le nom du SC Dynamo, un club qui a outrageusement dominé le championnat de l'Allemagne de l'Est avec 12 titres en 15 ans. Il s'agissait d'une ligue... à deux équipes!

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