Linda Marquis: 30 ans d'intégrité

À 55 ans et à l'aube d'une 30e... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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À 55 ans et à l'aube d'une 30e saison comme entraîneure-chef de l'équipe de basketball féminin du Rouge et Or de l'Université Laval, Linda Marquis aimerait léguer son programme, quand le moment sera venu, à quelqu'un qui partage ses valeurs. Pour ceux qui s'interrogent, la coach n'a pas fait «d'alpinisme», notre photographe a plutôt profité du fait que le panier avait été abaissé pour inviter l'entraîneure à y prendre place.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) «Peut-être que ça fait 30 ans parce que je travaille avec les personnes. Si je travaillais juste avec les numéros et les bannières, ça ferait longtemps que j'aurais arrêté», réfléchit tout haut l'entraîneure-chef Linda Marquis, lors d'une rare pause dans son horaire chargé.

Linda Marquis pose avec Hélène Harvey (coordonnatrice des... (Fournie par le  R et O) - image 1.0

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Linda Marquis pose avec Hélène Harvey (coordonnatrice des sports à l'Université Laval) et le légendaire joueur de basketball Wilt Chamberlain.

Fournie par le R et O

Marquis lors du Championnat canadien de balle au... (Photo fournie par le R et O) - image 1.1

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Marquis lors du Championnat canadien de balle au mur tenu à Québec en 1980. À noter qu'elle portait le short de l'équipe du Québec de basketball pour laquelle elle s'alignait.

Photo fournie par le R et O

En plus de guider ses 12 joueuses vers le Championnat canadien qui se tiendra à Québec en mars 2015, Marquis enseigne le basket aux futurs profs et vient d'être nommée gardienne de l'admissibilité pour 310 athlètes d'une dizaine de clubs du Rouge et Or.

«Tôt dans ma carrière, j'ai défini ma façon de faire et je suis restée conséquente avec mes paroles. Je coache pour gagner, mais pas au détriment de mes valeurs. Même après 30 ans, je continue à dire la même phrase quand je recrute : "Si tu viens à Laval, ce n'est pas pour un bac en basket''», affirme-t-elle, les yeux brillants derrière ses lunettes.

À peine moins rouquine qu'à ses débuts, la femme de 55 ans est la troisième plus ancienne parmi les 46 pilotes actuels en basketball féminin universitaire au Canada. Marquis a été adjointe avec l'équipe canadienne aux Jeux olympiques de 2000, a dirigé au Mondial junior de 2007 et deux fois à l'Universiade, 2005 et 2009. Élue à deux reprises entraîneure de l'année au Canada et sept fois au Québec, sa fiche à la barre du Rouge et Or montre 516 gains et 301 revers.

Les quatre dernières campagnes ont été moins roses à l'UL avec plus de défaites que de victoires (50-62). Trois ans sans participer au championnat canadien et première exclusion des éliminatoires sous sa direction en 2012.

«Dans les estrades, certains m'ont déjà congédiée!» s'exclame-t-elle. «Mais c'est difficile de renvoyer un coach quand son taux de diplomation est à peu près de 99,9 % en 30 ans. Et on a gagné un championnat provincial sur deux [14 sur 29, 11 depuis 2000]», constate celle qui a voulu démissionner dès sa cinquième campagne, après un revers amer en finale québécoise.

Athlète naturelle

Quatrième d'une famille de cinq enfants établie près de l'hôpital Laval, dans Sainte-Foy, Marquis a grandi dans le sport. Son père a joué au hockey pour les As de Québec. Sa mère a commencé le golf à 65 ans et seules des douleurs à l'épaule ont réussi à lui faire remiser ses bâtons, l'an dernier, à 85 ans. Papa, 88 ans, frappe encore la petite balle blanche.

«Je jouais au hockey et au baseball avec mes frères. Mon père a été voyageur de commerce et il partait toute la semaine, alors on passait la fin de semaine avec lui à faire du sport. On chantait dans la chorale et après, on allait jouer au football!» se remémore celle qui s'est vite révélée être une athlète naturelle.

Troisième secondaire, Collège Notre-Dame-de-Bellevue. Une amie l'invite aux sélections de l'équipe de basketball. Piqûre instantanée. Deux ans plus tard, même quand les religieuses décident de retirer l'équipe de la ligue parce que les pensionnaires rentrent trop tard, «j'allais dans le gymnase tous les midis avec ma petite jupe et mon veston pour lancer des ballons».

Cégep de Sainte-Foy, puis Université Laval, où l'étudiante en éducation préscolaire et primaire reçoit le titre d'athlète féminine par excellence en 1980. L'année où elle gagne le Championnat canadien de balle au mur, à Québec, en plus de s'affirmer à la balle rapide.

Une année à occuper «l'emploi le plus exigeant que j'ai jamais eu de ma vie!» à la garderie Monsieur Grosse Bedaine de Beauport, avant d'entamer une maîtrise à l'Université McGill. «Je n'en avais pas fini avec le basket», laisse-t-elle tomber.

Elle joue deux ans pour les Martlets, puis oeuvre comme adjointe une autre saison. Le coach de McGill était nul autre que Hubert Lacroix, aujourd'hui président-directeur général de Radio-Canada/CBC.

De retour à Québec, la femme de 25 ans propose ses services à Robert Descheneaux, directeur des sports de l'UL et entraîneur-chef du basket féminin. «On a dîné ensemble le lendemain et il m'a engagée!» lance-t-elle, encore surprise 30 ans plus tard.

Dose de confiance

Grande admiratrice de la golfeuse suédoise Annika Sorenstam et du basketteur français Tony Parker, elle tente maintenant d'insuffler aux joueuses la confiance qu'elle n'a pas eue lors d'un camp avec l'équipe canadienne senior. «À cause de la langue, de la mentalité, il faut que tu sois solide entre les deux oreilles», explique l'ancienne garde de pointe, se souvenant être rentrée avec les yeux au beurre noir.

«Je me suis retranchée moi-même de cette équipe-là en me disant que je n'étais pas à la hauteur. Si un coach m'avait dit :"Tu n'es pas loin, lâche pas'', ç'aurait fait la différence. Mais je n'ai pas eu ça. Je n'ai pas été assez forte non plus. Alors je me suis dit que j'allais donner confiance aux filles du Rouge et Or en coachant.

«Je ne suis pas leur amie», prévient-elle. «Je garde une distance pour pouvoir leur dire leurs quatre vérités. Ce n'est pas toujours gentil, mais c'est honnête. Sauf qu'elles savent que je peux être leur mère par intérim ou leur grande soeur. Je suis là pour les défendre», dit-elle, quelques jours après avoir accompagné à l'hôpital la centre Rachel Blouin-Brochu, victime d'une appendicite.

Ritchie sa dauphine?

Elle ne compte pas célébrer ses 40 ans de carrière. Mais Linda Marquis espère perpétuer son héritage, sans pour autant imposer une remplaçante. «Il est important pour moi que ça ne tombe pas dans les mains de n'importe qui. Je serais déçue qu'elles gagnent, mais qu'il n'y ait pas une fille qui ait un bac», assure-t-elle.

Son adjointe Monique Parent lui reste fidèle, ayant dirigé l'équipe de 1977 à 1980. Et voilà que Sonia Ritchie revient sur le banc en cette année de Championnat canadien au PEPS. Ritchie a déjà épaulé Marquis il y a quelques années, après 13 ans à la tête de l'équipe féminine AAA du Cégep de Sainte-Foy.

«Si je partais et que Sonia décidait d'accepter le poste, je serais contente parce que je connais sa philosophie et ses méthodes de travail. Mais est-ce qu'elle est là parce que je pense partir? Non!» s'esclaffe celle qui réfléchit à sa retraite, même si ce n'est pas pour demain.

«À force de me faire questionner, je vieillis, je n'ai plus la même énergie, alors je me pose des questions. Ce sera un deuil important à faire, la transition sera difficile, mais il va falloir que je la fasse. Ça va être déchirant.»

Elle amorce bientôt un marathon de 28 jours consécutifs de boulot. «Qui veut embarquer pour un contrat comme ça?» se demande Marquis. Un régime de vie qui l'a peut-être empêchée d'avoir des enfants, admet-elle, «mais il aurait fallu que j'arrête de coacher». Ce qui, avec du recul, lui semble contre-nature.

«Il faut que tu aies le conjoint parfait. J'ai des collègues qui l'ont trouvé, mais d'autres ont fait des dépressions. Il y a beaucoup moins de femmes parce que c'est un job de fou, ça c'est sûr! Il faut être solide mentalement», atteste celle qui a déjà dit non aux Gee-Gees d'Ottawa, il y a une dizaine d'années, ainsi qu'aux Martlets de McGill, jadis.

17
Pourcentage de femmes parmi les entraîneurs-chefs dans le sport interuniversitaire canadien en 2013. - Au Québec, c'était 15 %. C'est aussi le nombre de femmes en charge sur 46 équipes de basketball féminin, soit 37 %.

Deux joueuses marquantes

Deux joueuses reviennent souvent dans l'entretien avec Linda Marquis. L'une représente le passé glorieux du programme, l'autre un futur souhaité aussi rempli de succès.

Isabelle Grenier (1998 à 2003)

«C'est la meilleure qu'on a eue, pas de doute. Elle a fait l'équipe nationale, elle était l'une des meilleures passeuses au pays», explique Marquis, à propos de celle qui a été nommée joueuse par excellence au Québec à deux reprises. Les deux femmes ont gardé contact. Chantal Denis (1987-1992), qui a joué pro en Suisse, et Marie-Michelle Genois (2006-2011) font aussi partie de l'équipe d'étoiles personnelle de la coach.

Sarah-Jane Marois (2014 à ...)

«On commence ensemble, mais elle va probablement être parmi les trois meilleures que j'aurai coachées. Elle était avec l'équipe canadienne junior, je pense qu'elle va faire l'Universiade et ce sera à elle de décider pour la suite», fait valoir l'entraîneure, se réjouissant déjà des plans d'études de maîtrise échafaudés par sa garde recrue. Aussi brillante sur le terrain qu'en classe, Marois a déjà sauté une année scolaire.

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