La commandite, nerf de la guerre pour les athlètes olympiques

Apposer son nom en bas d'un contrat est... (Archives AFP, Geoff Robins)

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Apposer son nom en bas d'un contrat est loin de procurer la même dose d'adrénaline qu'un bon résultat dans une course. Mais Charles Philibert-Thiboutot reconnaît qu'il s'agit aussi d'une consécration: «Le sport devient officiellement ton gagne-pain.»

Archives AFP, Geoff Robins

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(Québec) Le 16 août, quand Charles Philibert-Thiboutot s'installera sur la ligne de départ du 1500 mètres au Stade olympique João-Havelange de Rio, la marque des espadrilles qu'il chaussera ne sera pas le fruit du hasard. C'est précisément le logo qu'il aura aux pieds qui lui permet de vivre de son sport.

L'athlète olympique de Québec ne courait que depuis quelques années et s'apprêtait à joindre l'équipe d'athlétisme du Rouge et Or, en 2010, lorsque l'équipementier Asics l'a approché pour la première fois. Pour s'assurer qu'il chausse les couleurs de la multinationale japonaise, on lui proposait quatre paires d'espadrilles gratuites et quelques morceaux de vêtements.

Pas grand-chose, mais tout de même de quoi se péter les bretelles, à 19 ans, quand on est un coureur amateur évoluant au Canada.  Aujourd'hui, la compagnie peut se réjouir d'avoir repéré le Québécois à un jeune âge.

Charles Philibert-Thiboutot a rapidement gravi les échelons, dominant outrageusement le circuit universitaire canadien avant de s'épanouir sur la scène internationale en 2015 avec de bons résultats aux Jeux panaméricains et aux Championnats mondiaux sur 1500 m, sans compter une participation au mythique «Dream Mile» d'Oslo, en Norvège.

Or, dans le sport amateur, quelques résultats sur les plus grandes scènes peuvent valoir à un athlète d'être courtisé par toutes les grandes marques. «Deux ou trois bonnes courses font une bonne saison, et ça fait vraiment une différence», explique le coureur. 

Son contrat avec Asics a évolué au fil des ans. Il a obtenu des clauses bonis en argent en 2013, puis le 1er janvier, un «vrai contrat de coureur de calibre international» de cinq ans.

Apposer son nom en bas d'un contrat est loin de procurer la même dose d'adrénaline qu'un gros résultat dans une course internationale. Cela ne fait pas la une des journaux. N'empêche, du propre aveu de Philibert-Thiboutot, la signature du contrat fut une consécration dans sa carrière d'athlète amateur. «Le sport devient officiellement ton gagne-pain.» 

Du podium à la rue

D'autres compagnies associent désormais leur nom au coureur de Québec. On l'a vu dans la dernière année dans des publicités du lait au chocolat et du détaillant Sportium. «Mais ce qui te fait vivre de ton sport, surtout en athlétisme, c'est t'associer avec une grosse compagnie comme équipementier», explique Philibert-Thiboutot.

S'ajoutent des subventions de différents programmes d'excellence, mais celles-ci sont liées aux performances. Une grosse blessure «peut presque mettre un athlète à la rue». Philibert-Thiboutot n'a plus ce tracas. Son contrat est garanti, indépendamment des aléas de sa carrière. 

L'automne dernier, quand est venu le temps de négocier ledit contrat, les bons résultats des derniers mois donnaient au Québécois des options. «Comme dit mon agent, il fallait battre le fer pendant qu'il était chaud.»

L'agent en question avait déjà négocié pour des athlètes de calibre similaire avec Nike, Adidas et autres géants de ce monde. Si Philibert-Thiboutot avait désiré s'associer à un de ces gros noms, cela n'aurait pas été trop compliqué. «Sauf qu'avec ces gigantesques compagnies-là, à part si tu t'appelles LeBron James, tu es un numéro.»

Le bureau-mère d'Asics au Canada est à Sherbrooke. La compagnie a adopté Philibert-Thiboutot tôt dans sa carrière. «Ce n'est pas juste une compagnie, c'est presque personnel. Il y a des gens chez eux que je considère comme des amis. Même contractuellement, je sais qu'ils veulent mon bien, qu'il n'y aura pas de clauses cochonnes dans ce que je signe.»

Aurait-il pu obtenir un encore plus gros contrat s'il avait attendu après sa participation aux Jeux de Rio? Peut-être, mais encore une fois, tout est une question de risque versus revenu assuré. À sa sortie de l'université, il avait déjà patienté pour signer un contrat, confiant que le meilleur était à venir. Attendre davantage n'en valait pas la chandelle pour celui qui aurait eu une pression additionnelle sur les épaules jusqu'aux Jeux. 

Épreuve phare

Le 1500 m, avec le sprint et le marathon, est une épreuve phare de l'athlétisme. Pas besoin d'être champion du monde, donc, pour tomber dans l'oeil des commanditaires. Une lutteuse ou un haltérophile doivent être plus patients. Philibert-Thiboutot se sait déjà chanceux de pratiquer la bonne discipline. Dans la délégation olympique canadienne, tous ne vivent pas de leur sport. 

Quand Philibert-Thiboutot s'installera au départ le 16 août, il le fera en sachant que peu importe le résultat, la course demeurera sa vie jusqu'au JO de Tokyo, en 2020.

Plus sévères aux États-Unis

S'il avait évolué sur le circuit universitaire américain, Charles Philibert-Thiboutot aurait dû attendre de quitter l'université pour avoir un quelconque commanditaire. Les règlements NCAA sont excessivement sévères sur le statut amateur versus professionnel. «Si tu fais une course dans la rue et que tu gagnes 10 $, tu peux perdre ton éligibilité», illustre le Québécois. «Le Sport interuniversitaire canadien a quelques règles, mais elles s'apparentent davantage à celles du football, où un joueur ne peut signer avec une équipe professionnelle, puis revenir à l'université. Ça ne nous empêche pas d'être commandités.»

C'est ce qui explique pourquoi la sensation du sprint canadien, Andre De Grasse, a dû renoncer à compétitionner avec l'Université de la Californie du Sud (USC), cet hiver, pour signer pour la coquette somme de 15 millions $ avec Puma, le plus lucratif premier contrat de l'histoire de l'athlétisme.

Reservé aux commanditaires de Jeux

Même si une compagnie soutient un athlète financièrement à l'année, elle ne peut s'associer publiquement à lui comme athlète olympique, à moins qu'elle soit aussi commanditaire des Jeux. 

C'est la fameuse règle 40, que plusieurs athlètes et compagnies trouvent particulièrement frustrantes à l'ère des médias sociaux.

De 10 jours avant les JO à cinq jours après, l'athlète ne peut plus remercier ses commanditaires publiquement. Le commanditaire, lui, peut féliciter son athlète pour sa performance, mais jamais en mentionnant les Jeux olympiques ou une série de mots dans leur champ lexical.  

Si le commanditaire ne respecte pas le règlement, l'athlète est mis à l'amende et peut même, dans le cas d'une grosse offense, voir son résultat annulé. «Apparemment, le CIO a des agents engagés uniquement pour surveiller ça», explique Charles Philibert-Thiboutot.

Au 1500 mètres, il bénéficie d'une bonne visibilité durant sa saison régulière, surtout en Europe. Sauf que des athlètes d'autres disciplines moins suivies ont comme unique couverture d'envergure les Olympiques. 

Pour ces derniers, «le peu de visibilité et de reconnaissance que tu peux donner est pendant les JO, et tu ne peux pas le faire. C'est plate pour les compagnies qui investissent dans nos athlètes, parce que bien souvent, ce n'est pas un gros retour pour eux. C'est presque de la charité.»

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