Des glandes de singe à l'EPO, le dopage a toujours existé

Roi du 100 m aux Jeux de Séoul... (Archives AP)

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Roi du 100 m aux Jeux de Séoul en 1988, le Canadien Ben Johnson a rapidement perdu son trône lorsque des traces de stanozolol, un stéroïde anabolisant, ont été détectées dans son organisme.

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Mariëtte Le Roux
Agence France-Presse
Paris

Depuis que le sport de compétition existe, les athlètes comptent sur les fortifiants les plus divers - certains peu ragoûtants, d'autres carrément dangereux - pour remporter des médailles, sans se soucier de leur santé.

Pour booster leur testostérone, les Grecs anciens mangeaient des testicules de mouton, tandis que le médecin gladiateur Claudius Galen prescrivait du sabot bouilli d'ânes abyssins, aromatisé avec des pétales de rose. «Outre l'utilisation de la strychnine, les athlètes de l'Antiquité ont aussi utilisé le haschich, la cola, des stimulants à base de cactus et des champignons, avec un succès variable», écrivait en 2006 Yush Lee, un juriste californien auteur de recherches sur la loi et le dopage.

Dès la fin du XIXe siècle, l'arsenal de dopage des sportifs inclut la cocaïne et l'héroïne, les deux substances pouvant être associées - on parle aujourd'hui de speedball -, comme l'atteste le décès d'un cycliste lors d'une course en 1886 après avoir pris ce mélange.

En 1904, Thomas Hicks a couru le marathon olympique après avoir absorbé un cocktail de cognac et de strychnine, ce dernier composant étant utilisé autrefois pour tuer les rongeurs. Il a gagné la course, mais a failli en mourir.

Dans les années 30, un club de soccer britannique vantait pour sa part les injections d'extraits de glandes de singe.

Prêts à mourir dans les cinq ans 

«Le dopage a vraisemblablement toujours existé, ce n'est pas quelque chose de nouveau», souligne Carsten Lundby, un expert en dopage sportif à l'Institut de physiologie de l'Université de Zurich.

Pour de nombreux athlètes professionnels, dit-il, «le désir de gagner» l'emporte sur les risques pour la santé ou la honte de figurer dans le peloton des tricheurs déshonorés, à l'instar du cycliste Lance Armstrong ou du sprinter Ben Johnson.

Interrogés lors d'un sondage réalisé dans les années 80 et 90, la moitié des athlètes d'élite se déclaraient prêts à prendre une drogue indétectable pour gagner, même si elle devait les tuer dans les cinq ans.

La même attitude existe, selon M. Lundby, face à la drogue favorite des cyclistes, l'érythropoïétine (EPO), qui stimule la production de globules rouges transportant l'oxygène. Utilisés aux fins de dopage, l'EPO et d'autres produits similaires, dont beaucoup ne sont pas encore enregistrés pour un usage médical, peuvent augmenter le risque de maladie cardiaque, d'accident vasculaire cérébral et de caillots sanguins.

Le problème ne semble pas près de disparaître, comme vient de le montrer le scandale du dopage d'État en Russie. Selon le sociologue du sport Fabien Ohl, de l'Université de Lausanne, «il est illusoire de penser qu'on va pouvoir se débarrasser du dopage», même si pour l'instant les experts relèvent que la course aux nouveaux produits dopants semble au point mort.

La plupart des produits utilisés aujourd'hui - EPO, transfusions sanguines, hormones de croissance et stéroïdes - existent en effet depuis des décennies. Quant au «dopage génétique», qui pourrait constituer la prochaine menace, il ne s'est pas encore matérialisé, selon les observateurs.

Utilisées depuis des dizaines d'années pour augmenter les niveaux d'oxygène et les performances physiques, les transfusions sanguines restent très difficilement détectables, rappelle Lundby.

L'espoir du passeport biologique

Pour beaucoup, le meilleur espoir d'assurer une égalité des chances sur le terrain de jeu ne repose pas sur de nouvelles techniques scientifiques, mais sur le passeport biologique de l'athlète introduit il y a quelques années pour répertorier les niveaux de substances chimiques dans le sang et dans les urines et détecter les écarts tout au long d'une carrière. Ce système, qui permet de conserver les données pendant toute une carrière de sportif, a rendu le dopage sanguin beaucoup plus difficile, mais pas complètement impossible.

En réaction au passeport, les tricheurs se sont adaptés. Sans parler du dopage mécanique ou technologique, comme les moteurs cachés dans les vélos, ils sont notamment passés au «microdosage», en prenant de plus petites quantités d'une substance, mais plus régulièrement.

«Bien sûr, on pourrait dire que l'antidopage a perdu cette manche», relève Fabien Ohl. Mais pour lui, «c'est tout de même mieux que les athlètes prennent des microdoses au lieu de fortes doses, plus risquées pour eux».

271 athlètes russes acceptés à Rio

Le Comité international olympique (CIO) a approuvé jeudi la participation de 271 athlètes russes aux Jeux de Rio. La liste originale soumise par la Russie comportait 389 noms. Le CIO avait demandé aux fédérations sportives internationales de décider quels athlètes russes pourraient participer aux Jeux de Rio, à la suite d'un rapport d'un enquêteur de l'Agence mondiale antidopage faisant état d'un système de dopage commandité par l'État, en Russie. La décision finale revenait cependant à un comité du CIO, formé de trois membres et conseillé par un arbitre indépendant. Plus tôt en journée, le président du CIO, Thomas Bach, avait défendu encore une fois la décision du comité de ne pas bannir la Russie des Jeux, malgré les demandes de l'Agence mondiale antidopage. Il a expliqué que les athlètes ne pouvaient pas être punis pour les mauvais agissements de leur gouvernement. «Nous devions suivre les règles de la justice, et la justice doit être indépendante de la politique. On ne peut répondre à une infraction par une autre infraction. C'est une destruction de la justice. Nous devions respecter les principes de base de la loi naturelle.»  AP

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