Les espoirs envolés de l'athlétisme russe

La «tsarine» de la perche Yelena Isinbayeva ne... (AFP, Alexander Kisilev)

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La «tsarine» de la perche Yelena Isinbayeva ne pourra pas décrocher un troisième titre olympique à Rio.

AFP, Alexander Kisilev

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Agence France-Presse
Moscou

Pour la première fois dans l'histoire de la lutte antidopage, des sportifs sont massivement sanctionnés, interdits des Jeux de Rio, non pas au vu d'un contrôle positif, d'un passeport anormal, d'une enquête ou d'aveux, mais pour leur appartenance à une nation et à un système...

Après une performance décevante aux Jeux de Londres... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Après une performance décevante aux Jeux de Londres en 2012, le russe Sergey Shubenkov a décroché l'or aux championnats du monde en 2015. 

Photothèque Le Soleil

Isinbayeva, Kuchina, Shubenkov : les étoiles de l'athlétisme russe visaient l'or aux Jeux olympiques de Rio. Seule Darya Klishina, unique athlète repêchée, continue à se préparer pour les Jeux. 

Jeudi, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a annoncé le rejet de l'appel de la Russie de faire annuler la suspension des membres de son équipe olympique d'athlétisme par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF).

Le TAS a rejeté l'appel de 68 athlètes russes qui tentaient de faire renverser la suspension de l'IAAF à la suite des révélations entourant le dopage érigé en système et les tentatives pour le dissimuler.

Cependant, la décision du TAS ne signifie pas que l'enjeu est réglé pour autant. Le Tribunal a rappelé que le Comité international olympique (CIO) n'est pas obligé de respecter sa décision, puisque c'est lui qui est responsable de l'organisation des jeux.

Le CIO a indiqué qu'il «étudiera et analysera chaque élément du jugement» et rendra sa décision finale sur la participation des athlètes russes «au cours des prochains jours».

Isinbayeva, la tsarine de la perche

À 34 ans, la double championne olympique de saut à la perche rêvait de finir sa carrière en beauté à Rio avec une troisième médaille d'or lors de ses cinquièmes Olympiades. Première femme à avoir effacé la barre des cinq mètres et toujours détentrice du record du monde avec 5,06 m, Yelena Isinbayeva n'était pas nommément visée par les accusations de dopage, au contraire de plusieurs de ses compatriotes.

Mais la native de Volgograd ne s'envolera pas pour Rio, le Tribunal arbitral du sport ayant rejeté son appel, tout comme ceux d'une soixantaine d'athlètes russes. «Merci à tous d'avoir enterré l'athlétisme. C'est purement politique», a déclaré jeudi à l'agence de presse russe TASS la perchiste, à l'annonce de la décision du TAS.

«Oui, nos espoirs se sont envolés», a-t-elle ensuite ajouté sur le réseau social Instagram. «Que tous ces sportifs étrangers "propres" poussent un soupir de soulagement et gagnent en notre absence leurs pseudo-médailles d'or», a-t-elle conclu, amère.

La pilule est d'autant plus dure à avaler qu'Isinbayeva espérait également être élue au sein de la commission des athlètes du CIO, à l'occasion d'un vote traditionnellement organisé pendant les Jeux. Cet avenir lui semble également ôté.

Kuchina, l'espoir de l'athlétisme russe

À 23 ans, Mariya Kuchina symbolise la relève de l'athlétisme russe. Déjà détentrice d'une impressionnante collection de médailles en saut en hauteur - or aux championnats du monde en 2015 et aux championnats du monde en salle en 2014, argent aux championnats d'Europe -, elle n'a pas encore participé à l'aventure olympique.

Considérée comme le grand espoir de la nouvelle génération d'athlètes russes, cette native du Caucase russe s'était dite «très en colère» à l'annonce de sa suspension, désormais confirmée par le TAS.

Shubenkov, le souvenir du boycott de 1984

«Quelle putain de honte», a commenté, énervé, le coureur de haies Sergey Shubenkov. «Eh bien, bravo, profitez bien de votre sport "propre", a-t-il lancé, ironique et amer, sur Instagram.

À 25 ans, Shubenkov s'était entraîné sans relâche en vue des JO dans sa ville sibérienne de Barnaoul, près des monts Altaï, rejetant une offre pour se préparer aux États-Unis.

L'athlète, qui était passé complètement à côté des JO à Londres en 2012, sorti en demi-finale du 110 m haies pour sa première participation olympique, s'était repris en août 2015 et avait claqué 12 sec 98/100e pour décrocher l'or aux championnats du monde.

Shubenkov est le deuxième sportif de sa famille à être privé de JO : en 1984, sa mère, l'heptathlonienne soviétique Natalya Shubenkova, avait dû renoncer aux JO de Los Angeles à cause du boycott de l'URSS et des pays du bloc socialiste en représailles au boycott quatre ans plus tôt des JO de Moscou par les Occidentaux.

Klishina, seule à Rio

La sauteuse en longueur de 25 ans sera vraisemblablement la seule athlète russe à Rio. Pourquoi? Parce qu'elle est installée en Floride depuis 2013 et que la Fédération internationale d'athlétisme a estimé que sa vie aux États-Unis l'a préservée du système de dopage mis en place par la Russie selon l'Agence mondiale antidopage.

Son statut d'unique chance russe de médaille n'est pas simple. Klishina a, en effet, dû affronter des torrents de haine dans son pays.

«Des gens ordinaires ont vu quelque chose de criminel là-dedans [la décision de l'IAAF] et ont commencé à m'accuser d'être une ennemie du peuple», avait raconté à l'AFP la double championne d'Europe en salle (2011, 2013).

Son tort? D'avoir pèle-mêle rompu la solidarité avec les athlètes privés de Rio, d'avoir remercié l'IAAF, bourreau de l'athlétisme russe, ou d'avoir été prête à concourir sous un drapeau autre que le drapeau russe.

Non retenue pour les Jeux de Londres 2012, elle n'avait fini que 7e des Mondiaux 2013 et aura la lourde tâche de porter seule les espoirs de tout un pays.

Si le président du CIO, Thomas Bach, a annoncé qu'elle pourrait concourir sous drapeau russe, l'IAAF a néanmoins déclaré souhaiter la voir participer sous couleur neutre.

Quant à la possibilité de suspendre toute la délégation russe, le comité exécutif du CIO a mentionné mardi qu'il «explorera toutes les options légales», mais avait ajouté qu'il attendrait la décision du TAS avant de rendre sa décision finale. Le CIO a prévu une autre rencontre dimanche afin de discuter de l'enjeu. Avec AP

L'athlétisme: sport de prédilection des Russes 

L'ancien président de l'Agence mondiale antidopage (AMA), John Fahey, croit qu'il devrait s'agir d'une décision «claire et catégorique» : la Russie ne devrait pas avoir la permission de prendre part aux Jeux olympiques de Rio.

Fahey a déclaré jeudi que la Russie devrait «définitivement ne pas aller» à Rio et a affirmé que l'intégrité des Olympiques de 2016 et des Jeux suivants était en péril.

«C'est de la corruption très répandue. Ce n'est pas individuel, ce n'est pas un groupe, pas un sport, a commenté Fahey. C'est une conspiration de l'État par l'entremise du ministère des Sports, de l'organisation antidopage, des services de sécurité et du laboratoire anciennement accrédité de Moscou.

«Ils ont tous conspiré dans cette affaire. Le seul moyen par lequel vous pouvez soutenir les athlètes propres qui prendront part aux compétitions, c'est de faire valoir que la tricherie ne sera pas tolérée.»

Le conseil exécutif du Comité international olympique (CIO) se rencontrera en téléconférence dimanche pour décider si la Russie, hôte des Jeux d'hiver de Sotchi en 2014, pourra participer aux Jeux olympiques d'été, le mois prochain.

Le CIO étudie présentement ses options quant à l'imposition d'une interdiction générale à la suite du rapport de l'enquêteur de l'AMA, Richard McLaren, qui accuse le ministère des Sports du pays d'avoir supervisé le dopage de ses athlètes.

Le rapport de McLaren a mis en lumière un programme de dopage étatique, qui impliquait 28 sports d'été et d'hiver, et qui s'étendait de 2011 à 2015. L'enquête a révélé que 312 tests positifs n'avaient pas été rapportés à l'AMA à la suite des recommandations du ministre des Sports. Les services de renseignement russes étaient aussi impliqués.

Tatiana Grigorieva, une sauteuse à la perche originaire de la Russie qui a gagné l'argent pour l'Australie aux Jeux de Sydney en 2000, a déclaré à Fox Sports Australie qu'elle était d'accord avec l'interdiction complète, ajoutant «qu'il est clair maintenant que le système est pourri».  AP

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