La Coupe Memorial 2006, une guerre de tranchées... médiatique

Patrick Roy soulevant la Coupe Memorial le 28... (Photothèque Le Soleil)

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Patrick Roy soulevant la Coupe Memorial le 28 mai 2006. Les Remparts de Québec avaient défait en finale les Wildcats à Moncton devant leurs partisans.

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(Québec) Entrés à la Coupe Memorial en tant que finalistes de la LHJMQ en 2006, les Remparts n'avaient rien à perdre au moment d'amorcer le tournoi à Moncton, une semaine après s'y être inclinés en finale de la Coupe du Président. Ils étaient néanmoins déterminés à mettre la main sur le symbole de la suprématie au hockey junior canadien. Une fin qui justifiait tous les moyens... Même une guerre médiatique!

Bien que résolus à venger leur défaite en finale de la Coupe du Président, où ils avaient encaissé trois défaites crève-coeur en prolongation, les Remparts avaient amorcé le tournoi de la Coupe Memorial du mauvais pied, s'inclinant 3-2 devant les Petes de Peterborough.

«On n'était pas favoris. On n'avait pas gagné de matchs dans les séries contre Moncton dans leur aréna. Le premier match contre Peterborough, on l'a perdu. Et honnêtement, on avait connu un bon match», raconte Patrick Roy. «On avait eu une quarantaine de lancers, mais leur gardien de but avait tout arrêté. C'est sûr qu'à ce moment-là, j'ai senti qu'il y avait de la pression sur l'équipe. Il fallait trouver une manière de distraire l'adversaire. Surtout Moncton.»

Voyant la situation se corser pour ses hommes et se souvenant du cirque médiatique qui avait entouré - et distrait - l'Océanic de Sidney Crosby à London l'année précédente, Roy a fait en sorte de tourner tous les projecteurs vers lui. Sa cible de choix? Le gardien des Wildcats, Josh Tordjman, qui était, selon les propos qu'il avait tenus aux médias de l'époque, «dû pour donner des mauvais buts».

«On savait qu'en gagnant notre match contre Moncton, on allait directement en finale. Alors, c'était une belle opportunité. Mais c'est sûr que j'ai été un peu critiqué pour avoir été dur envers Tordjman, mais je me disais qu'il avait 20 ans... Et à la fin, ce n'est pas écrit sur le trophée! Tout ce qui est écrit sur le trophée, c'est que les Remparts de Québec ont remporté la Coupe Memorial en 2006», laisse tomber Roy.

Ted Nolan n'avait pas apprécié les pointes du 33 envers son portier. «C'est insipide et sans classe de parler des jeunes comme il le fait», avait rétorqué l'entraîneur-chef des Wildcats. La tactique avait néanmoins fonctionné. Après s'être inclinés contre Peterborough, les Remparts avaient tour à tour battu Vancouver 6-3 et Moncton 4-3, pour passer directement en finale contre les Wildcats, qu'ils ont défaits 6-2.

«Ils étaient gonflés à bloc. On les avait battus dans le dernier match de la ronde préliminaire. C'était une bonne équipe. C'est certain que Cédrick [Desjardins] a joué un rôle excessivement important. Surtout en début de match, où il a fait des arrêts-clés. Et on a été très opportunistes. [...] Des fois, surtout dans un match décisif comme ça, ce n'est souvent pas la manière, mais le résultat qui compte», juge Roy.

difficile de répéter

La manoeuvre médiatique de l'ancien copropriétaire des Remparts n'avait pas pour seul objectif de déranger l'adversaire, concède-t-il aujourd'hui. Elle visait également à profiter au maximum d'une occasion qui risquait de ne jamais se représenter.

«Tu ne sais pas quand tu vas retourner à la Coupe Memorial. Surtout dans la philosophie que Jacques [Tanguay] et moi, on s'était donné d'avoir un club compétitif année après année. Je savais que ce serait difficile de répéter. Il nous manquait toujours un élément ou deux. On a quand même eu des bons moments, mais il était hors de question de sacrifier l'avenir, de se retrouver dans les bas-fonds de la ligue, pour ensuite remporter la Coupe Memorial», a noté le pilote, dont le «rêve était de faire vivre le Colisée et d'avoir un rôle dans la communauté».

Sa troupe de 2006 lui aura permis de vivre des émotions encore plus grandes, à sa saison recrue comme entraîneur-chef. Ayant pris une avance de 4-0 dans la finale, elle avait vu Moncton couper le déficit de moitié, avec deux buts de Keith Yandle, avant d'assurer sa victoire avec deux autres filets.

«Tu peux faire tout ce que tu veux comme entraîneur, mais à la fin de la soirée, ce sont les joueurs qui font le travail. Ce sont eux qui ont trouvé une façon de stopper l'hémorragie en marquant les cinquième et sixième buts. Ça fait bien paraître l'entraîneur, mais à la fin de la soirée, on sait très bien que ce sont les joueurs qui ont joué le rôle important.»

Et preuve qu'en fin de compte, les rivalités demeurent sur la glace, Nolan n'en a pas voulu longtemps à Roy. La saison suivante, il devenait entraîneur-chef des Islanders de New York et offrait un poste à son adversaire du printemps précédent!

«Ted savait ce que je faisais. C'est sûr qu'il ne voulait avoir aucune distraction pour son équipe et ça en était devenu une. Et peut-être même pour lui. Cet hiver, je l'ai revu à Buffalo, et ç'a très bien été. Il m'avait même appelé, quand il a été nommé entraîneur-chef des Islanders de New York, pour que je me joigne au groupe d'entraîneurs adjoints. Ça démontre à quel point, ça s'était fini tout de suite après ça et qu'on est passés à autre chose», conclut l'entraîneur-chef de l'Avalanche du Colorado.

«Sois un mur»

L'une des images fortes de la finale de la Coupe Memorial 2006 demeurera le temps d'arrêt demandé par Patrick Roy avec 16 minutes à faire. Après avoir vu les Wildcats réduire à 4-2 l'avance des Remparts en moins de trois minutes, il rappelle son gardien Cédrick Desjardins (photo) et lui parle «dans le masque». Mais que lui avait-il dit?

«J'avais dit à Cédrick qu'il avait été un joueur-clé pour nous tout le long de la saison. Je lui avais dit de se concentrer sur un arrêt à la fois. Mettre tout de côté. On remettait les pendules à zéro. Il fallait qu'il retrouve son focus et qu'il se concentre sur ce qui restait à faire et non pas sur ce qui venait de se passer», s'est rappelé Roy.

Alors que le Colisée de Moncton s'enflammait, le message n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Desjardins a carburé jusqu'à la fin du match, remporté par les Remparts 6-2. «Dans le fond, il m'a donné un vote de confiance. Pat, c'est un gardien de but du Temple de la renommée. Qu'est-ce qu'il peut dire dans un moment comme celui-là? Des mots simples et adéquats : "Tu es la raison pour laquelle on est là. Sois un mur."»

De retour devant sa cage, le portier a effectué un arrêt-clé devant Brad Marchand, qui s'était présenté seul devant lui, en échappée, puis un second, sur un «deux contre un» des Wildcats. «Ç'a fait virer le vent de bord. [...] Je ne sais pas quel effet le temps d'arrêt a eu sur le banc, mais, personnellement, j'avais les genoux qui claquaient. J'étais sur les nerfs un peu. Et le temps d'arrêt m'a permis de recommencer à aller de l'avant. Pat, c'est son expérience qui avait parlé», a fait remarquer le gardien de l'organisation des Rangers de New York.

«Personnellement, ç'a été l'un des matchs les plus excitants de ma carrière. J'avais vécu ce que c'était, l'année d'avant, avec l'Océanic, de se rendre en finale et de perdre. Je ne voulais pas que ça se reproduise. C'était mon test final dans le junior», a soutenu Desjardins, qui a conclu le tournoi de la Coupe Memorial avec une moyenne de 3,76 et un taux d'arrêts de ,881. 

Un dollar chanceux

Parfois, un simple dollar suffit pour rallier toute une équipe. C'est ce qui est arrivé aux Diables rouges, en 2006. Entrés favoris dans les séries avec les Wildcats (1ers, 107 pts) et les Saguenéens (3es, 106 pts et 51 victoires), les Remparts (2es, 106 pts et 52 victoires) avaient amorcé la première ronde sur le mauvais pied contre les Foreurs d'Éric Lavigne. Après une défaite de 6-3 au Colisée Pepsi, la troupe de Patrick Roy tirait de l'arrière 3-0 après 40 minutes de jeu dans le deuxième match.

«Après la deuxième période, je me suis levé dans la chambre et j'ai montré à tout le monde mon dollar chanceux», confie Brent Aubin, qui évolue aujourd'hui à Wolfsburg, dans la première ligue allemande. «Il avait appartenu à Gina Kingsbury, qui l'avait avec elle lorsqu'elle a remporté sa médaille d'or aux Jeux olympiques.»

Comment ce lucky loonie s'était-il retrouvé en la possession de l'ancien capitaine des Remparts? C'est un préposé de l'aréna Dave-Keon qui l'avait d'abord refilé à la hockeyeuse, alors résidente de Rouyn-Noranda, puis récupéré après la victoire canadienne à Turin en février 2006 pour ensuite le remettre à Aubin. L'ancien des Huskies avait été acquis quelques mois auparavant par Patrick Roy.

«Personne d'autre que moi ne devait le toucher. Je l'avais placé sur le sigle de l'équipe, au centre du vestiaire et il était resté là tout le match. On est finalement revenus de l'arrière 3-3. C'est moi qui ai marqué le filet égalisateur en fin de match», a raconté Aubin, au sujet de «l'un des buts les plus importants de [sa] carrière». Le Colisée Pepsi, qui s'était mis à se vider en début de troisième, s'était de nouveau rempli pour la prolongation, même «qu'il y avait plus de monde qu'en début de troisième», affirme Aubin.

Le dollar chanceux - Aubin le transportait dans un sac Ziploc! - a continué de porter chance aux Remparts jusqu'en finale de la Coupe Memorial. Il a toutefois été perdu lors des célébrations d'après-match. «Après qu'on ait gagné, je ne sais pas où il s'est retrouvé. Ce n'est que trois ou quatre jours plus tard que j'y ai repensé. Je n'ai jamais su ce qui lui était arrivé!» Rendu là, ce n'était plus très grave... Le dollar chanceux avait rempli sa mission! 

Des personnalités colorées

En prenant la relève d'Éric Lavigne au début de la saison 2005-2006, Patrick Roy a hérité d'un groupe réputé pour ses personnalités colorées, à commencer par sa vedette offensive Alexander Radulov. La saison avait d'ailleurs été marquée par plusieurs incidents, comme l'arrestation du capitaine Simon Courcelles, pour conduite en état d'ébriété, et l'expulsion de Mathieu Melanson d'un entraînement, pour manque d'effort, à la veille des séries. C'est l'acquisition de Brent Aubin, aux Fêtes, qui avait  soudé l'équipe.

«Mathieu, je me suis amusé beaucoup à le challenger, parce qu'il répondait bien à ça. C'était un gars qui, lorsqu'on le poussait, trouvait toujours la manière d'aller chercher le gros but. Radulov, c'est sûr que c'était un gars qui avait besoin d'attention. C'était un gars qui avait besoin de se sentir important. À partir du moment où j'ai gagné sa confiance, le reste s'est mis à bien aller», a estimé Roy au sujet de ses deux buteurs, qui avaient respectivement inscrit 25 et 21 buts dans les séries de la Coupe du Président.

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