Les sprinteurs, des voyous?

Lorsque l'intensité monte d'un cran, comme lors d'un... (AFP, Jeff PACHOUD)

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Lorsque l'intensité monte d'un cran, comme lors d'un sprint, il arrive que les bonnes manières prennent le bord. Chaque coureur n'a qu'un objectif en tête, soit être le premier à traverser la ligne d'arrivée. Jeudi, c'est Marcel Kittel (à droite) qui a eu le dernier mot lors de la sixième étape du Tour.

AFP, Jeff PACHOUD

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Mathieu Gorse
Agence France-Presse
Vesoul

Gagner une étape du Tour de France au sprint, c'est tout un art. Dans lequel les coureurs peuvent bien souvent oublier les bonnes manières pour devenir des «voyous».

À Vittel mardi, Arnaud Démare, le vainqueur, l'avait senti. «On savait que ça allait être un sprint où ça allait frotter. [...] C'était sûr que ça allait être un sprint qui pouvait être très sale», a-t-il dit après l'étape.

Il ne croyait pas si bien dire : deux chutes dont la dernière après un coup de coude du champion du monde Peter Sagan sur l'homme aux 30 victoires d'étapes, Mark Cavendish. Deux coureurs considérés comme des «mauvais garçons».

Le premier a été exclu - sa requête en appel a été rejetée par le Tribunal arbitral du sport, mercredi -, le second, qui a fini dans les barrières, a dû abandonner, l'omoplate droite fracturée. La dernière exclusion pour comportement dangereux dans un sprint remontait à 2010. L'Australien Mark Renshaw avait été puni pour... des coups de tête répétés au Néo-Zélandais Julian Dean.

«C'est comme au foot. Il y en a qui mettent la semelle et d'autres qui ne la mettent pas», sourit Marc Madiot, gérant de la FDJ de Démare.

Adrénaline pure

Dans ce moment d'adrénaline pure, les coureurs, lancés à 60 km/h, ne pensent qu'à une chose : lever les bras. Qui plus est sur le Tour de France. Et sans se soucier de la bonne éducation.

«Dans un sprint, on est obligés de se faire respecter et, oui, parfois il faut montrer qu'on n'a peur de rien, parfois mettre le coude», souligne l'ancien coureur Sébastien Chavanel.

«Est-ce que Sagan n'a pas fait ça pour faire comprendre à Cavendish : "Il n'y a pas de place, pourquoi tu t'engages?" Et dans l'autre sens, Cavendish y va pour dire : "Je suis là"», poursuit l'ancien «lanceur» de Bryan Coquard ou Nacer Bouhanni.

Quitte à être un «voyou»? Le terme avait été utilisé en 1991 par le Belge Johan Museeuw pour qualifier l'attitude de Djamolidine Abdoujaparov dans le sprint final de l'étape Dijon-Reims.

Surnommé «l'Express de Tachkent», le coureur ouzbek, vainqueur de neuf étapes dans la Grande Boucle, était connu pour faire des vagues dans les dernières lignes droites. Impliqué dans plusieurs chutes, il avait notamment été à l'origine de celle restée célèbre lors de l'arrivée du Tour sur les Champs-Elysées en 1991.

«Les sprinteurs évoluent dans le chaos, mais je crois qu'aucun ne veut véritablement tricher. On est parfois un peu voyou. [...] Mais on se fixe quand même des limites à ne pas dépasser : donner un coup de tête, un coup de coude, faire un gros écart pour provoquer une chute», assure l'ancien sprinteur Frédéric Moncassin dans Libération, jeudi.

«Il n'y a pas de limite», poursuit pour sa part Chavanel. «La seule, c'est l'accrochage.»

Fan d'Abdoujaparov, le frère de Sylvain juge que «dans le sprint, on est que sur de l'émotion. C'est difficile de dire je suis un enfant calme, on pense qu'à une chose, c'est gagner. Donc à un moment donné, c'est pas possible de dire "tout va bien".»

Mais «heureusement, il y a plein de sprints où il n'y a pas grand-chose à dire», estime Yvon Sanquer, le gérant de Cofidis, dont le sprinteur Nacer Bouhanni estime que sa route a été coupée mardi par Démare à Vittel.

Enfants de choeur ou voyous? Vendredi, à Nuits-Saint-Georges, après le dernier sprint prévu de la semaine, le bilan pourra être fait. La Bourgogne des grands crus attend en effet le Tour dans le final de la septième étape qui relie sur 213,5 kilomètres Troyes à Nuits-Saint-Georges.

Marcel Kittel célèbre sa victoire d'étape en franchissant... (Photo Jeff Pachoud, AFP) - image 2.0

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Marcel Kittel célèbre sa victoire d'étape en franchissant la ligne d'arrivée.

Photo Jeff Pachoud, AFP

Kittel, la locomotive des parcours plats

Et de deux pour Marcel Kittel. L'Allemand a remporté la sixième étape du Tour de France, jeudi, à Troyes, devant le champion de France Arnaud Démare dans un sprint cette fois sans victime. Les vainqueurs des deux premiers sprints massifs du Tour 2017 ont donc pris les deux premières places au terme des 216 km qui ont laissé la hiérarchie inchangée, avec Chris Froome détenant toujours 12 secondes d'avance sur son coéquipier Geraint Thomas et 14 sur Fabio Aru.

Kittel a commencé le vélo à l'âge de 12 ans. «C'est mon père qui m'a ouvert la porte du cyclisme», dit le natif d'Arnstadt, la cité où le grand Jean-Sébastien Bach a écrit plusieurs chefs-d'oeuvre. «Je sais qui était Bach, mais ce n'est pas ma musique préférée. Je n'écoute pas de classique.» Le coureur de 29 ans est fiancé à Tess von Piekartz, une volleyeuse néerlandaise de haut niveau. Le couple a déménagé en Suisse, à Bâle, où la jeune femme a été recrutée par le club local. Elle a tenté de convaincre son homme de s'essayer au volley. Le résultat est sans appel : «Il n'a aucun talent pour ce sport».

Si les qualités de Kittel s'expriment surtout dans les sprints d'arrivée, de préférence dans les grands tours (11 étapes du Tour, 4 du Giro, 1 de la Vuelta), son palmarès comporte des victoires dans plusieurs courses par étapes. Le point commun? Ces épreuves, courtes (moins d'une semaine), se déroulent sur des parcours plats  : Tour de Zélande 2011, Tour de Picardie 2013, Tour de Dubaï 2016 et 2017. Le gabarit de l'Allemand, qui dépasse les 80 kilos, lui interdit toute ambition dans les côtes ou les cols.

Au classement des coureurs allemands le plus souvent victorieux, Kittel s'est rapproché du détenteur du record, Erik Zabel (12). À égalité avec André Greipel, qui a toujours gagné au moins une fois à chaque fois qu'il prend le départ du Tour.  AFP




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