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Pierre Lavoie: celui qui fait bouger le Québec

«Je veux que les gens mangent équilibré, mais... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

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«Je veux que les gens mangent équilibré, mais équilibré, ça veut aussi dire se payerune gâterie de temps en temps. Il ne faut pas que ça devienne un mouvement radical. Je ne suis pas parfait pantoute! J'aime le bon vin. Et en auto, je roule trop vite. Je me fais arrêter et je paie mes tickets» - Pierre Lavoie

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(Québec) Pierre Lavoie passe son samedi à vélo. Rien de neuf pour cet auteur d'une trentaine d'ultratriathlons. À la différence qu'aujourd'hui, il roule avec 6000 cyclistes réunis dans le coin de Montmagny pour son Grand défi. Travailleur d'usine, ex-fumeur et hockeyeur frustré, il lui aura fallu la mort de deux de ses enfants pour trouver sa vocation et transformer le pire malheur en un véritable mouvement social. Portrait de l'homme qui fait bouger le Québec et bientôt le monde.

Troisième jour sur quatre du septième Grand défi Pierre Lavoie (GDPL). Pédaler 1000 km de La Baie à Montréal, en passant par... Rimouski. Aujourd'hui, La Pocatière-Bécancour, par la route 132. La plupart des 1000 participants se relaient, en équipe de quatre ou cinq. Mais pas Lavoie. Lui le fait au complet. Du début à la fin. Il est comme ça. Persévérant. Ou têtu, c'est selon.

Cela en inspire 5000 de plus à se joindre au peloton pour les 135 km de La Boucle. L'un des huit autres programmes mis sur pied par l'équipe du GDPL. Un organisme sans but lucratif qui tient bureaux à Chicoutimi et à Boucherville, emploie 25 personnes à temps plein et brasse un budget annuel de 10 millions $. Ses activités mobilisent en outre 2000 bénévoles.

La lumière jaune

À la fois convaincu et convaincant. Non seulement Lavoie est-il porteur du bon message, mais il le communique très bien. «Je suis mécanicien automobile de métier. J'ai mes classes, en plus!» lance avec fierté l'homme de 51 ans, qui vit du travail de conférencier depuis 2005.

Il explique : «À la fin des années 70, début 80, on changeait des moteurs en tabarnouche. Quand la petite lumière rouge allumait dans le dash, les gens s'arrêtaient sur le bord de la route et le moteur s'arrêtait. Le moteur était sauté. J'en ai changé en maudit des moteurs dans les années 80!

«Aujourd'hui, on a mis des lumières jaunes pour avertir. Même qu'on a des senseurs qui arrêtent le moteur avant qu'il y ait un problème. Tu vas au garage : ''Mon char ne part plus!'' C'est parce qu'il y a un système de protection et qu'il y a un petit problème, c'est pour éviter un plus gros problème. Aujourd'hui, il ne se change plus de moteurs dans les garages au Québec. On fait de la prévention.

«Dans le système de santé, essaie de te faire vérifier si tu es au jaune, tu ne le sauras jamais! Quand tu vas avoir des problèmes, que tes lumières rouges vont allumer, là, on va te prendre en charge. Mais je suis mécanicien et je peux te dire que quand ta lumière rouge s'est allumée et que ton moteur s'est arrêté, j'ai beau réussir à le repartir, ton moteur ne sera plus jamais comme avant.

«On aimerait avoir un système de santé qui vérifie quand tu es au jaune, pour ne pas se rendre dans le rouge, pour nous prévenir avant d'être dans le rouge. Un système préventif plutôt que curatif. Mais au Québec, seulement 2 % du budget de la santé va en prévention. Il faut stopper l'hémorragie», illustre le charismatique personnage.

Les cubes font des petits

En mai, 440 000 enfants et leur famille de 1455 écoles primaires du Québec, de 135 écoles primaires hors Québec et de 501 CPE et garderies ont changé des 15 minutes d'activité physique en Cubes énergie. Cette année, 103 410 021 quarts d'heure ont été courus, dansés, sautés.

Les Cubes font même des petits dans toutes les provinces canadiennes. Ainsi qu'à Montpellier, en France, où les jeunes s'activent pour le Grand Défi Vivez Bougez. Parents du Québec, attendez-vous bientôt à compter les Cubes de glace, l'hiver prochain.

Lavoie compare son action à l'implantation du recyclage dans nos écoles, il y a une trentaine d'années. De nos jours, plus personne ne considère le respect de l'environnement comme une simple mode. «Dans cinq ans, il y aura une norme sociale. L'employeur devra faire des efforts pour la santé de ses employés. Le maire devra répondre aux demandes des familles, dont les enfants qui ont fait des Cubes en ce moment seront devenus ados», croit-il.

Gare au gourou

En contrepartie, il craint la stigmatisation des obèses, des fumeurs et autres abonnés au Lipitor. «Ces gens-là ne l'ont pas reçu dans leur éducation. On doit les accompagner sans préjugé», insiste Lavoie.

«Je viens d'une famille défavorisée, j'ai été élevé dans un HLM. J'ai fumé la cigarette pendant sept ans, ce n'est pas un hasard. Pourtant, je suis déterminé dans la vie. Mais j'étais influencé par un environnement défavorable. Chacun a ses réalités.»

Arrêter de fumer constitue son plus grand exploit. «Il faut éviter d'être accusateur, poursuit-il. Je comprends les fumeurs et je respecte les gens qui ont de la misère. Mais je leur dis : "Vous avez la responsabilité d'éduquer vos enfants.'' Là-dessus, je suis intransigeant.»

Pas question pour lui de devenir un gourou. Il se permet de temps à autre un arrêt aux arches jaunes. «L'autre jour, j'étais avec mon plateau et une madame me dit : "Je ne pensais jamais voir Pierre Lavoie chez McDo!'' J'ai dit : "Regardez mes choix, on peut faire des bons choix aussi.''

«Je veux que les gens mangent équilibré, mais équilibré, ça veut aussi dire se payer une gâterie de temps en temps. Il ne faut pas que ça devienne un mouvement radical. Je ne suis pas parfait pantoute! J'aime le bon vin. Et en auto, je roule trop vite. Je me fais arrêter et je paie mes tickets», confie-t-il.

Faire de la politique sans être politicien

S'il se présentait aux élections, Pierre Lavoie serait élu demain matin. Il a eu des offres, les a refusées. «Je préfère garder une influence sur les décideurs. Peu importe le gouvernement en place, on a toujours cette influence», explique-t-il en toute modestie. «J'ai réalisé que quand tu rencontres un ministre, il ne t'écoute pas, il ne te regarde pas. Il regarde par-dessus ton épaule combien de gens t'appuient. Et quand il voit une armée, tu as de l'influence sur lui.»

Les grands changements partent d'abord des citoyens, martèle-t-il. «Si la population n'est pas prête, dit Lavoie, le maire, les députés, le gouvernement ne feront pas de changements. Si un gouvernement impose des affaires, il se fait sacrer dehors aux prochaines élections.»

Le mouvement des saines habitudes de vie s'avère irréversible, selon lui. Certains élus à l'affût sautent déjà dans le train. Denis Coderre, maire de Montréal, a perdu du poids et fera la dernière étape du 1000 km, demain. Fier Saguenéen, Lavoie a aussi servi un conseil à Jean Tremblay : «Quand vous parlez de religion, ça divise les gens. Mais si vous parlez santé, ça rassemble tout le monde», essaie-t-il de convaincre le premier magistrat de Saguenay.

Le ski de fond, une passion

Pierre Lavoie pédale, court, nage. Mais son sport préféré, c'est le ski de fond. Au pas classique. Élevé à L'Anse-Saint-Jean avec deux frères et une soeur par une mère divorcée, impossible pour lui de s'inscrire au hockey. Pas d'argent pour l'équipement, pas d'auto pour se déplacer. «J'ai passé mon adolescence à regarder mes amis jouer à l'aréna», dit-il, avouant en avoir gardé une grande frustration. Un professeur d'éducation physique l'aura accroché lors d'une séance d'initiation au ski de fond. Il s'y est remis des années plus tard avec un plaisir fou, «le même sentiment que quand j'étais petit. J'ai tripé et ça me fait encore ça aujourd'hui!» Il admire Pierre Harvey et élabore un projet d'initiation au ski de fond dans les écoles qui aurait comme porte-parole Alex Harvey, fils de Pierre et quadruple médaillé en Championnats du monde

Traverser le lac entre amis

Comme tous les gamins de son coin, Pierre Lavoie a toujours rêvé de traverser le lac Saint-Jean à la nage. Ça se passera le 22 août, un mois après la Traversée officielle des pros. «Quand je fais des ultratriathlons, il y a des amateurs. Quand je fais le 1000 km à vélo, il n'y a pas de chronomètre. La traversée du lac, ça prendra 15, 16 heures, l'important, c'est de traverser la ligne, comme l'Everest», explique celui qui nagera avec une quinzaine d'amateurs. Pas de collecte de fonds. Juste nager 32 km entre Péribonka et Roberval. Il y a deux semaines, l'athlète de 51 ans a bouclé le demi-Ironman de Raleigh en 4 heures 30, premier de sa tranche d'âge. À l'automne, il courra les marathons de Montréal et de Toronto.

La petite histoire d'un grand défi

Pierre Lavoie et Lynne Routhier ont eu quatre enfants. Les deux du milieu ont succombé à l'acidose lactique, maladie génétique propre au Saguenay. Laurie (1993-1997) avait quatre ans, Raphaël (1998-2000), 20 mois. «Enlève un des deux, le Grand défi n'existe pas. Notre fille était décédée, c'était derrière nous. Si Raphaël n'était pas né avec l'acidose lactique, jamais je n'aurais pris mon vélo pour faire le tour de ma région», évoque celui qui a pédalé 650 km en 24 heures en 1999. Puis encore en 2000, en 2002 et en 2005, toujours au profit de la recherche sur l'acidose lactique.

En 2005, des écoliers insistent pour l'accompagner. D'accord pour 1 km. Il partage l'idée dans d'autres écoles et obtient un franc succès. Les Cubes énergie naissent sous l'appellation Devoir actif. Le premier Grand défi provincial voit le jour en 2009. L'an dernier, 2,2 millions $ ont été distribués dans les écoles et 325 000 $ aux maladies génétiques orphelines. Leurs deux autres enfants s'appellent Bruno-Pierre, 25 ans, et Joly-Ann, 11.

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