Le purgatoire de Lindros prend fin

Sergei Makarov et Eric Lindros ont participé vendredi... (AFP, Bruce Bennett)

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Sergei Makarov et Eric Lindros ont participé vendredi à une séance de photographies en prévision de leur intronisation au Temple de la renommée du hockey.

AFP, Bruce Bennett

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<p>Kevin Johnston</p>

(Québec) CHRONIQUE / La septième fois fut la bonne pour Eric Lindros. Boudé par le comité de sélection du Temple de la renommée du hockey à ses six premières années d'admissibilité, le grand 88 aura vu sa patience finalement récompensée lorsqu'il fera son entrée officielle dans le grand hall du Panthéon, lundi. Et en analysant froidement son cheminement dans le monde du hockey, force est d'admettre que même si sa carrière n'a pas été aussi étincelante qu'elle aurait dû l'être, il y a sa place.

Oui, vous avez bien lu. J'ai été très critique de Lindros depuis le jour où il a pris la décision de refuser de se présenter aux Nordiques, l'équipe qui l'a sélectionné au premier rang en 1991. À peu près tout le monde associé de près ou de loin aux Fleurdelisés - les dirigeants, les joueurs, les partisans et, oui, les journalistes - avaient pris ça personnel. Une claque au visage de notre ville, un dur coup à nos valeurs.

À l'époque, ses parents Bonnie et Carl en menaient large. Surtout Bonnie, plus visible et plus volubile que son mari Carl, qui se voulait une présence silencieuse. Bien avant que la chicane prenne, j'avais rencontré les Lindros et fiston Eric à trois ou quatre reprises. La première fois, au Mondial junior de Finlande en janvier 1990. Et dès cette entrevue initiale, je savais que le jeune n'était pas l'ado typique.

On savait qui menait...

À seulement 16 ans, Lindros avait mérité sa place dans l'équipe nationale pilotée par Guy Charron. Un seul l'avait fait à cet âge avant lui, un dénommé Wayne Gretzky. On avait déjà commencé à le surnommer «The Next One». Je me souviens de Bonnie, vêtue d'une veste de daim avec des franges à la cowboy, promener le conseiller Rich Curran à vitesse grand V partout à Helsinki. On savait qui menait.

Et lorsque j'ai finalement réussi à parler à Eric en tête-à-tête (c'était facile à l'époque, seulement trois journalistes canadiens étaient sur place), il m'avait surpris par son assurance teintée d'arrogance. J'ai osé lui demander ce qu'il avait à prouver à un si jeune âge. «Je n'ai rien à prouver à personne», avait-il répondu en soutenant mon regard. «Si je suis ici, c'est qu'on a décidé que j'y avais ma place. Je vais jouer à ma façon et ça va aller». OK, Eric. Merci et bonne chance.

Tout était beau

Quelques mois plus tard, Lindros menait les Generals d'Oshawa à la Coupe Memorial. En faisant la tournée du circuit ontarien pour voir les meilleurs espoirs de la cuvée 1990 à l'oeuvre, je surveillais Mike Ricci, des Petes de Peterborough, qui jouaient justement contre Lindros et les Generals. Ce dernier avait eu le dessus, même s'il n'était admissible qu'en 1991.

L'année suivante, celle de son repêchage, je suis revenu à Oshawa et j'avais eu une longue conversation avec son père Carl et lui. C'était tout juste avant que le froid entre le clan et les Nordiques s'installe. À ce moment-là, tout était beau. Les Fleurdelisés, avec encore quelques mois à jouer, étaient déjà désignés comme ceux qui allaient terminer derniers. Et les Lindros m'avaient juré cette fois-là qu'ils n'auraient aucune objection à jouer à Québec. Mensonges, relations publiques positives? Toujours est-il que tout a changé une couple de semaines plus tard.

Ses parents ont toujours parlé du marché trop petit de la Vieille Capitale. Une seule fois, Bonnie a mentionné que l'unilinguisme francophone pourrait être intimidant pour son jeune de 18 ans. Puis, il y a eu cette aversion avec Marcel Aubut. Depuis plusieurs années, c'est la seule raison évoquée. Une fois sa carrière terminée, Lindros a marié une Québécoise avec qui il a trois jeunes enfants qui occupent tout son temps.

Son refus de se présenter à Québec a provoqué l'une des plus spectaculaires transactions de l'histoire de la LNH. Six joueurs des Flyers, dont Peter Forsberg - lui-même intronisé au Temple de la renommée -, deux choix de première ronde et 15 millions $US. Une transaction qui allait assurer l'avenir de l'Avalanche du Colorado pour une dizaine d'années.

Lindros est devenu, pendant ses huit saisons dans l'uniforme des Flyers, un joueur dominant. Une brute sur deux lames, rapide, gros, grand et habile. Sa carrière n'a pas été longue, d'ailleurs celle de Forsberg non plus. Et leurs statistiques se ressemblent. La différence, c'est que le Suédois a gagné deux Coupes Stanley en plus des trophées Calder, Hart et Art Ross.

Moins bien entouré que Forsberg, transaction pour obtenir ses droits oblige, Lindros n'a pas gagné le gros trophée. Il a mis la main sur le Hart lors de la saison écourtée de 1994-1995. Il a par contre remporté deux médailles d'or au Mondial junior, une médaille d'or olympique en 2002 et une médaille d'argent olympique en 1992. Sans oublier le titre de la Coupe Canada de 1991, à 18 ans.

Haine et enfantillage

Lindros a finalement été victime de son style agressif. Il a donné beaucoup plus de coups qu'il en a reçu, mais dans tous les chocs encaissés ou distribués, c'est la boîte crânienne qui écopait. Le coup fatal est survenu lors du septième match de la finale de l'Est alors que Scott Stevens des Devils l'a épinglé en plein centre de la patinoire. C'était au printemps 2000 et je couvrais le tournoi de la Coupe Memorial remporté par l'Océanic de Rimouski.

J'étais bien installé devant un écran géant dans un pub de Halifax en compagnie d'un groupe de journalistes de Québec et de Rimouski. Eh oui, nous avions accordé une ovation à Stevens. Enfantin, direz-vous? Oui. Mais on le détestait tellement, le grand 88.

Sauf qu'il faut également savoir être rationnel dans nos évaluations. Lindros a payé pendant six ans le fait d'avoir levé le nez sur l'establishment du hockey. Il avait boudé Sault-Sainte-Marie dans le junior et Québec dans la LNH. Laisser un joueur choisir où il veut jouer, avant qu'il soit admissible à l'autonomie, est inacceptable. Mais une fois qu'il sautait sur la patinoire, il dominait. Il n'a pas dominé longtemps, mais il a quand même sa place au Temple de la renommée du hockey.

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