Le dernier «grand» des Nordiques

Peter Forsberg, en 1994, à sa première et... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Peter Forsberg, en 1994, à sa première et seule campagne dans l'uniforme des Nordiques. Après la saison 1994-1995, qui avait été écourtée par un lock-out, l'équipe a déménagé au Colorado.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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<p>Kevin Johnston</p>

(Québec) Nous bouclons la boucle. Lorsqu'il sera intronisé au Temple de la renommée du hockey, lundi, Peter Forsberg sera le dernier porte-couleurs des Nordiques à être admis dans la cathédrale de notre sport national. Un honneur pleinement mérité pour celui que nous n'aurons eu le privilège de voir que pendant une moitié de saison avant qu'il ne quitte pour les pâturages plus verts du Colorado, en 1995.

Ce qui ne nous empêche pas de croire qu'il nous appartient un peu. C'est en portant le chandail fleurdelisé qu'il a donné ses premiers coups de lames dans la Ligue nationale de hockey. Et c'est bien identifié à la ville de Québec qu'il a hérité du trophée Calder, remis à la recrue par excellence du circuit Bettman après sa première campagne en Amérique.

C'est drôle comme le temps file. Je vois encore son visage de chérubin s'illuminer lorsque les Flyers l'ont repêché en première ronde en 1991. Nous étions à Buffalo, c'était l'année où les Nordiques avaient sélectionné, bien malgré lui, Eric Lindros. Nous étions bien sûr fort occupés à tenter de recueillir les propos du grand récalcitrant, mais il fallait aussi garder un oeil sur le déroulement de la journée.

Pat Falloon (San Jose), Scott Neidermayer (New Jersey), Scott Lachance (Islanders) et Aaron Ward (Winnipeg) avaient trouvé preneur avant Forsberg. Mais personne ce jour-là n'aurait pu prévoir la suite des choses. Un an plus tard, il passait aux Nordiques dans la mégatransaction Lindros avec cinq autres joueurs, deux choix de première ronde et 15 millions de beaux dollars US. Dire qu'aujourd'hui, la majorité des hommes de hockey hésiteraient à réaliser une transaction un pour un Lindros/Forsberg, préférant garder le Suédois.

Devenu «propriété» de la formation québécoise, le jeune a tout de suite suscité beaucoup d'intérêt. Pas question, cependant, de le voir de ce côté-ci de l'Atlantique avant quelques saisons. Pierre Pagé, dg à l'époque, a tout tenté. Mais Forsberg tenait à faire son apprentissage dans sa Suède natale. Et quel apprentissage. Évoluant dans le gros circuit de son pays dès ses 17 ans, il a explosé sur la scène internationale au Mondial junior de 1993. Évoluant sur le même trio que deux potes de son patelin - Markus Naslund et Niklas Sundstrom -, il a totalisé 31 points en seulement sept matchs. Pas assez, cependant, pour empêcher le Canada de remporter l'or.

Un but sur un timbre

L'automne suivant, votre humble serviteur a eu le privilège d'aller rencontrer Forsberg chez lui à Ornskoldsvik. Nous étions sur place pour préparer un long reportage qui allait servir de pièce maîtresse pour le lancement de notre cahier spécial dominical de l'époque, le Maximum Sports. Le hasard a cependant voulu que le jour où nous sommes débarqués en Suède, Pierre Pagé s'y amenait lui aussi pour négocier son premier contrat professionnel. Un hasard qui a bien servi les lecteurs du Soleil.

Je me vois encore assis sur un banc de parc au centre de saut à ski surplombant le village en compagnie de Forsberg. Nous y avions jasé de tout et de rien pendant une couple d'heures. Il n'avait pas de secrets, il s'est donné comme un livre ouvert. Oui, il voulait signer. Mais à la condition de pouvoir terminer la saison avec son club, le MoDo. Et surtout, participer aux Jeux de Lillehammer.

Et c'est là que la légende de Forsberg a commencé à prendre forme. La Suède a mis la main sur l'or tant convoité. Et c'est «Peter the Great» qui a permis aux siens de l'emporter avec son but marqué en tirs de barrage aux dépens de Corey Hirsch, du Canada. But spectaculaire immortalisé sur un timbre poste.

Le Soleil comme taxi

Forsberg n'a jamais eu l'occasion de se présenter à Québec au printemps 1994 parce que les Nordiques ont été écartés des séries. C'est donc quelques mois plus tard qu'il s'est amené chez nous. Informé de son itinéraire de voyage par un collègue suédois, je me suis pointé à l'aéroport pour recueillir ses premiers propos en sol québécois. Le plus drôle, c'est que personne d'autre, pas même les Nordiques, n'étaient au courant de son arrivée. C'est donc le journaliste du Soleil qui lui a servi de taxi pour le conduire à l'hôtel, où logeait l'équipe pendant le camp d'entraînement qui ne se mettait en branle que quelques jours plus tard.

On connaît la suite. Le camp a bel et bien débuté, mais pas la saison. Un conflit de travail allait nous priver de hockey jusqu'en janvier. Mais l'attente en a valu la peine, les Québécois terminant au premier rang de l'association de l'Est.

C'est contre les Flyers de Lindros que Forsberg a joué son premier match. Il s'est fait secouer le pommier à quelques reprises par le gros 88, mais il s'en est bien tiré. Après deux matchs, il avait déjà amassé trois passes. Son premier but, il l'a marqué à sa troisième sortie. Sauf qu'il a ensuite connu un passage à vide de cinq rencontres qui lui a valu une visite au bureau de Marc Crawford. Il a vite compris le message de son entraîneur qui lui avait dit d'arrêter de penser aux autres et de faire «SON» affaire sur la patinoire. Fallait pas le lui dire deux fois.

À partir de là, plus rien n'allait l'arrêter. Sauf les blessures qui ont mis fin prématurément à sa carrière étoilée.

****

Forsberg ou Lindros?

Ironiquement, Peter Forsberg fait son entrée au Temple de la renommée alors que certains médias de Toronto se demandent si Eric Lindros, celui contre qui il a été échangé, devrait y être lui-même admis. On avance que les deux hommes ont des statistiques semblables - Forsberg a 885 points (249-636) en 708 matchs tandis que Lindros en a 865 (372-493) en 760 rencontres -, ce qui est vrai. On dit que Lindros a gagné le trophée Hart (joueur par excellence) comme Forsberg, ce qui est vrai.

Mais à partir de là, il n'y a plus de comparaison possible. Forsberg a un Calder (recrue de l'année) et un Art Ross (meilleur compteur) sur une tablette de son bureau. Forsberg a gagné deux Coupes Stanley, deux médailles d'or olympiques, deux championnats du monde. Sans compter ses autres exploits sur la patinoire.

Forsberg représente bien ce que doit être un membre du Panthéon. Il a été un atout pour son sport sur plusieurs fronts. Quant à Lindros, malgré des médailles d'or et d'argent olympiques et deux championnats au Mondial junior, juste le fait d'avoir refusé de se présenter aux clubs qui l'ont sélectionné, autant dans le junior (Sault-Sainte-Marie) que chez les pros (Québec), fait de lui un joueur qui a déshonoré son sport en ne se conformant pas aux règles.

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