Le plaisir perdu de David Gill

Athlète de l'année à l'Université Laval en 2005,... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Athlète de l'année à l'Université Laval en 2005, le coureur de demi-fond David Gill a quitté l'équipe nationale d'athlétisme en 2008.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Lorsqu'il a quitté l'équipe nationale d'athlétisme, en 2008, David Gill n'a pas seulement tourné la page sur sa carrière de coureur demi-fond. Il a aussi rayé de sa vie la course à pied telle qu'il l'avait toujours pratiquée.

«Je ne suis plus capable de courir seul parce que je n'ai plus de plaisir à le faire», explique l'athlète de l'année à l'Université Laval en 2005. «Pour courir maintenant, il faut que je sois avec des gens et sur un terrain qui me motive. Je ne peux pas être sur une piste ou sur la route. Il faut que je sois en trail. Là je peux courir pendant deux ou trois heures et avoir du fun. Pourtant, je sais que ça paye de faire de la course. Pourquoi c'est comme ça? Je ne sais pas. Peut-être que c'est parce que j'en ai trop fait.»

Gill n'est pas inactif pour autant. L'énergie qu'il mettait à courir, il l'investit dans d'autres activités. Après avoir pris sa retraite, il s'est initié à l'escalade sportive. Et depuis quelques années, il passe ses hiver sur ses skis de fond et il se donne au maximum dans les pistes des Sentiers du Moulin. 

«J'aime toujours autant me faire mal et me défoncer. Quand je courais, ma plus grande satisfaction était de m'améliorer. La victoire, c'était la cerise sur le sundae. Si on m'avait demandé de choisir entre battre mon chrono ou finir premier, j'aurais toujours répondu améliorer mon temps... sauf aux Jeux olympiques. C'est pour ça que je préférais aller aux compétitions les plus fortes. Pas pour gagner, mais pour m'améliorer. J'aime me battre contre moi-même. C'est peut-être pourquoi j'ai commencé à jouer au golf.

Même s'il n'est pas mélancolique de ses années avec le Rouge et Or, Gill aime bien s'y replonger. À l'Université Laval, sa vie d'athlète était simple et il se sentait valorisé et apprécié. «Le fait d'être constamment sur le podium et dans les honneurs et d'avoir beaucoup de visibilité m'a aussi permis de profiter d'un carburant auquel seuls les meilleurs ont droit et qui rend la vie d'un athlète de haut niveau plus facile parce que tu es toujours motivé.

«Aujourd'hui, il faut que je fasse des efforts pour continuer à m'entraîner. Heureusement, je demeure passionné de l'activité physique et j'aime toujours le processus vers la santé.»

Gill n'a eu aucune difficulté à clore le chapitre sur sa carrière d'athlète de pointe. «J'avais travaillé assez fort et assez fait les bonnes choses au bon moment pour être capable de tourner la page sans regret. Y a-t-il des choses que j'aurais pu faire différemment et qui auraient pu m'aider? Oui. Y a-t-il des choses que j'aurais aimé faire de plus? C'est sûr. Mais quand je me regarde dans le miroir, je suis très zen parce que je connais la raison pour laquelle je n'ai pas fait tout ce que je voulais. Je n'avais pas les qualités génétiques nécessaires. J'ai donc optimisé mon potentiel... ou presque. 

«Je crois que j'aurais pu prendre part aux JO et participer à une demi-finale. Pour ça, il aurait fallu que moi, un gars de volume, j'aille m'entraîner à Guelph avec un coach de volume. Mais j'ai suivi les gars de l'équipe nationale en Colombie-Britannique et je me suis entraîné avec un coach de sprint. J'ai ainsi raté l'occasion d'avoir la petite coche qui me manquait pour aller à Pékin.»

Entrepreneur

Détenteur d'une maîtrise en administration des affaires, Gill a fondé sa propre entreprise en 2006. Au départ, TotalCoaching devait être une page Web sur laquelle serait affiché un programme d'entraînement pour les jeunes. Rapidement, le menu offert en ligne a grossi. Les programmes d'entraînement se sont multipliés et les participants ont pu avoir accès à un journal personnel. En 2009, TotalCoaching est devenu un logiciel pour les entraîneurs personnels afin de les aider à diriger leurs clients.

«Ce que je fais maintenant à temps plein, c'est diriger le développement informatique du logiciel et faire le support technique auprès des clients et des coachs. On a des clients d'une quarantaine de pays. Nos gros marchés sont l'Angleterre, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.»

Très impliqué à faire la promotion de la santé et des saines habitudes de vie auprès des jeunes des Premières Nations alors qu'il compétitionnait, Gill oeuvre toujours pour cette cause qui lui tient à coeur. Il collabore ainsi avec la Commission de la santé et des services sociaux. Et même s'il a pris sa retraite d'athlète, il profite toujours du même aura auprès des gens qu'il rencontre.

«J'ai un petit malaise avec ça. Quand j'étais athlète, c'est quelque chose que j'assumais. Mais là, j'ai l'impression que le moment est passé et que je mérite de moins en moins ce qu'on me donne. En même temps, je suis content qu'il y ait encore de la magie autour de mon nom. C'est un capital qui m'aide à passer mon message quand je vais livrer des programmes pour les saines habitudes de vie. C'est l'idée de donner des conférences et d'être placé sur un piédestal qui me plaît moins. J'ai l'impression que je n'ai pas d'affaire là. J'ai toujours aimé les honneurs, mais je ne veux pas les voler.»

Questions/réponses

Q Personnalité marquante?

R Blaise Dubois, qui a fait une grosse différence dans le plaisir que j'avais tous les jours et dans le sérieux avec lequel j'approchais ma carrière. Aussi Fabien Basset et les gens qui m'ont entouré à l'Université Laval et qui valorisaient la course et ce que je faisais. Et ma blonde, bien sûr.

Q Compétition marquante?

R Les championnats canadiens universitaires SIC de 2005 où j'ai complètement dominé les 600, 1000 et 1500 m. Et parce que je sentais que les performances allaient être là, j'avais emmené ma famille et j'avais engagé un photographe pour tout immortaliser. J'ai à peu près 1000 photos de la compétition.

Q Ce qui te manque le plus?

R Le thrill et la satisfaction de surpasser un objectif. Je continue à me surpasser. Mais quand tu le fais dans l'environnement dans lequel j'étais au niveau universitaire, alors qu'il y a des gens qui s'attendent à ce que tu performes et que tu es devant des spectateurs, ta satisfaction passe comme par un amplificateur. C'est ce sentiment amplifié là qui me manque.

Q Dans 20 ans?

R Je vais avoir atteint une sécurité financière, pas la richesse, et je vais avoir pris ma retraite. Je vais être super proche de mes enfants. On va se voir à tous les jours. Pour moi, la famille est très importante. Et je vais faire du sport et les choses qui me passionnent.

Q Vieillir, ça te dérange? 

R Je me fais tellement plaisir dans ma vie présentement que j'ai l'impression que tout ça passe trop vite. Et ça m'amuse un peu de voir que je ne suis plus capable de faire ce que je faisais quand j'étais plus jeune. Je pense que la performance, c'est relatif, et que faire 2m10 sur 800 m à 65 ans, c'est tout aussi valorisant que réaliser 1m47 sur 800 m à 28 ans.

Q Un objectif?

R Continuer à vivre le reste de mes jours la vie que je vis présentement. J'ai la chance, entre autres à cause de ma compagnie et de la manière et du moment où je l'ai bâtie, de ne pas vraiment avoir à me priver de rien. Je ne parle pas au niveau financier. C'est surtout au niveau de ma qualité de vie, alors que j'ai les moyens et un horaire qui me permettent de faire les activités que je veux tout en passant beaucoup de temps en famille.

Q Des sports que tu ne feras jamais?

R Le vélo de route. Je trouve ça extrêmement lassant. Mais si deux-trois chums me proposaient d'aller faire avec eux une épreuve extra difficile, je dirais oui sans hésiter. 

Q Ce qui te manque le moins?

R L'aqua-jogging. C'est la méthode utilisée afin de continuer à t'entraîner quand tu es blessé et que tu ne peux plus courir. C'est tellement ennuyant. Tu es dans la piscine, tu n'avances pas et le temps passe très lentement.




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